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« On factorise !» Voici deux mots consacrés qui ont actuellement pignon sur rue dans certains quartiers de la capitale guinéenne. C’est en effet la dernière trouvaille d’une catégorie de citoyens, devenus in fine victimes inexorables de la cruauté de la vie quotidienne en Guinée, provoquée par l’envol des prix des denrées de première nécessité. « On factorise» ? Entendez mettre entre parenthèses, le repas du matin, décaler de quelques heures celui de midi pour trouver du ‘’fargnè’’ – poudre semi granulée de manioc préparée, mais qui s’appelle dans le langage habituel ‘’attiéké’’ – dès la tombée de la nuit. C’est loin d’être une fiction. Plutôt une bien triste réalité de nombreux foyers. Une immersion inopinée dans un des quartiers les plus populeux et insalubres de Conakry – Bonfi routière – nous a édifiés.
Crainte d’une émeute de la faim
Autour d’une théière, des jeunes, près d’une dizaine de diplômés ou non, discutent de politique, mais surtout de conjoncture. Des discussions souvent entrecoupées de récits de tranches de vie vécues à l’école. « Notre château d’eau a soif, il croupit dans le noir. Notre scandale géologique et agricole a précipité notre peuple dans le précipice. Aujourd’hui, on a faim, on a soif, on n’est pas en sécurité dans les quartiers », fulmine Alfo, en débardeur et longue culotte en treillis donnant l’allure d’un jeune militaire. Désormais, ajoute-t-il amusé, sirotant sa tasse d’attaya « On est obligé de factoriser au risque de voir un lendemain sans factorisation. On a surtout peur d’une émeute de la faim.» Ce jeune d’une vingtaine d’années mais qui a l’air d’en avoir plus est un diplômé de gestion dont les démarches n’ont pas pu encore aboutir du côté de la Fonction publique. « J’ai tellement couru après les démarcheurs, j’ai tellement dépensé d’argent. Ils ont tous fini par me mentir. Aujourd’hui, chacun avance l’argument selon lequel tous les hauts cadres ont peur d’être corrompus au risque d’être découverts par le nouveau pouvoir », regrette Alfo, presque fataliste. Un petit tour dans les dédales de Bonfi routière, nous revoici avec le même groupe de jeunes désabusés. Les mêmes sujets, les mêmes préoccupations : la Guinée et ses problèmes entretenus. Des problèmes à partir desquels certains se fertilisent à souhait.
Au chemin du retour, des files en longue attente d’hypothétiques véhicules de transport en commun. Au moindre ralentissement, c’est la ruée. L’autre spectacle de la grande capitale guinéenne. Cette autre partie de la population applique-t-elle la même politique de ‘’factorisation’’ ? Certainement. C’est à se demander si un jour ou l’autre il n y aura pas en Guinée d’émeute de la faim. Sans déjà trop attendre, un passager à bord de notre ‘’quatre roues’’ quasiment déglingué tranche : « Les Guinéens sont un peuple courageux et volontariste. Ce peuple-là est donc un peuple résigné. Il s’adapte à toutes les circonstances.» Sage prédiction ou souhait tacitement exprimé pour vivre dans la paix et … l’indignité ?
Espoir d’un monde meilleur
Dans son discours d’investiture Alpha Condé avait dit que : « Les Guinéens doivent se donner la main pour assurer la grande marche de notre peuple vers la réalisation d’un destin commun, pour sortir la Guinée de la grande pauvreté et du sous-développement, ensuite de l’engager sur le chemin de la croissance économique. » Reste que l’espoir d’un monde meilleur cède au cauchemar. Tout cela ressemble à une utopie d’autant plus que le rêve du président guinéen « de faire faire à mon petit niveau de devenir le Nelson Mandela de la Guinée qui va unir les fils de la Guinée », s’effrite tous les jours avec la politique de bouc émissaires.
Visiblement très préoccupé par la hausse généralisée des prix des denrées alimentaires, le premier ministre Mohamed Saïd Fofana a lui invité mardi dernier les membres de son gouvernement à "redoubler d'efforts" pour répondre aux besoins de leurs compatriotes. En attendant, M. le Premier, certains ‘’factorisent’’… les repas. Et c’est presque – contre toute attente – dans les mœurs ! Comme quoi « le chemin de la croissance économique» dont parle Alpha Condé est encore long, escarpé et semé d’embûches ? Inquiétant.
L’œil de Guineeactu.com
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