vendredi 1 avril 2011
Conjoncture - Conakry : "On factorise"… les repas !

« On factorise !» Voici deux mots consacrés qui ont actuellement pignon sur rue dans certains quartiers de la capitale guinéenne. C’est en effet la dernière trouvaille d’une catégorie de citoyens, devenus in fine victimes inexorables de la cruauté de la vie quotidienne en Guinée, provoquée par l’envol des prix des denrées de première nécessité. « On factorise» ? Entendez mettre entre parenthèses, le repas du matin, décaler de quelques heures celui de midi pour trouver du ‘’fargnè’’ – poudre semi granulée de manioc préparée, mais qui s’appelle dans le langage habituel ‘’attiéké’’ – dès la tombée de la nuit. C’est loin d’être une fiction. Plutôt une bien triste réalité de nombreux foyers. Une immersion inopinée dans un des quartiers les plus populeux et insalubres de Conakry – Bonfi routière – nous a édifiés.


Crainte d’une émeute de la faim

Autour d’une théière, des jeunes, près d’une dizaine de diplômés ou non, discutent de politique, mais surtout de conjoncture. Des discussions souvent entrecoupées de récits de tranches de vie vécues à l’école. « Notre château d’eau a soif, il croupit dans le noir. Notre scandale géologique et agricole a précipité notre peuple dans le précipice. Aujourd’hui, on a faim, on a soif, on n’est pas en sécurité dans les quartiers », fulmine Alfo, en débardeur et longue culotte en treillis donnant l’allure d’un jeune militaire. Désormais, ajoute-t-il amusé, sirotant sa tasse d’attaya « On est obligé de factoriser au risque de voir un lendemain sans factorisation. On a surtout peur d’une émeute de la faim.» Ce jeune d’une vingtaine d’années mais qui a l’air d’en avoir plus est un diplômé de gestion dont les démarches n’ont pas pu encore aboutir du côté de la Fonction publique. « J’ai tellement couru après les démarcheurs, j’ai tellement dépensé d’argent. Ils ont tous fini par me mentir. Aujourd’hui, chacun avance l’argument selon lequel tous les hauts cadres ont peur d’être corrompus au risque d’être découverts par le nouveau pouvoir », regrette Alfo, presque fataliste. Un petit tour dans les dédales de Bonfi routière, nous revoici avec le même groupe de jeunes désabusés. Les mêmes sujets, les mêmes préoccupations : la Guinée et ses problèmes entretenus. Des problèmes à partir desquels certains se fertilisent à souhait.

Au chemin du retour, des files en longue attente d’hypothétiques véhicules de transport en commun. Au moindre ralentissement, c’est la ruée. L’autre spectacle de la grande capitale guinéenne. Cette autre partie de la population applique-t-elle la même politique de ‘’factorisation’’ ? Certainement. C’est à se demander si un jour ou l’autre il n y aura pas en Guinée d’émeute de la faim. Sans déjà trop attendre, un passager à bord de notre ‘’quatre roues’’ quasiment déglingué tranche : « Les Guinéens sont un peuple courageux et volontariste. Ce peuple-là est donc un peuple résigné. Il s’adapte à toutes les circonstances.» Sage prédiction ou souhait tacitement exprimé pour vivre dans la paix et … l’indignité ?


Espoir d’un monde meilleur

Dans son discours d’investiture Alpha Condé avait dit que : « Les Guinéens doivent se donner la main pour assurer la grande marche de notre peuple vers la réalisation d’un destin commun, pour sortir la Guinée de la grande pauvreté et du sous-développement, ensuite de l’engager sur le chemin de la croissance économique. » Reste que l’espoir d’un monde meilleur cède au cauchemar. Tout cela ressemble à une utopie d’autant plus que le rêve du président guinéen « de faire faire à mon petit niveau de devenir le Nelson Mandela de la Guinée qui va unir les fils de la Guinée », s’effrite tous les jours avec la politique de bouc émissaires.

Visiblement très préoccupé par la hausse généralisée des prix des denrées alimentaires, le premier ministre Mohamed Saïd Fofana a lui invité mardi dernier les membres de son gouvernement à "redoubler d'efforts" pour répondre aux besoins de leurs compatriotes. En attendant, M. le Premier, certains ‘’factorisent’’… les repas. Et c’est presque – contre toute attente – dans les mœurs ! Comme quoi « le chemin de la croissance économique» dont parle Alpha Condé est encore long, escarpé et semé d’embûches ? Inquiétant.


L’œil de Guineeactu.com

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Vos commentaires
Camues, samedi 2 avril 2011
Hahahaaa,Mr M.B.D,ce n´est pas ce qui est vraiment,la Guinee,is back.Mais,sachez que votre question ne serais jamais repondu parcequ´elle est une realite.Schones wochen- ende.
KINGTUT, samedi 2 avril 2011
c`est ce qui arrive quand un peuple ne prend pas son destin en main; ce peuple mendiant assis sur de l`or mais qui creve de faim. le guinéen pense toujours que l`herbe est plus verte ailleurs. Honte à tous ceux qui osent transformer ce paradis en ténèbres
Ibra, samedi 2 avril 2011
Qu`ils crevent tous de faim car ils ont favoriser l`arrivé de A condé au pouvoir .On s`enfouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu
M.B.D, vendredi 1 avril 2011
A. Condé est incapable de gérer ce pays. Imaginez combien vont dépenser les femmes qui quittent d´autres quartiers pour aller acheter du riz à ENTAG. C´est ça qu´on appelle la "Guinée is back"
Aminata Barry, vendredi 1 avril 2011
Je ne peux pas comprendre,que des femmes quittent leur marchés respectifs pour venir jusqu`à Enta, s`aligner sous ce soleil de mars que tout le monde connait, pour acheter 2 ou 4 kg de riz. C`est purement et simplement inadmissible pour la guinée. Les proches de Alpha, dites lui de ne pas laisser les gens mourrir de faim. On est où? en 2010 oou 1971? C`est trop grave pour qu`on ferme les yeux et la bouche sur ce qui se passe en guinée.
Keoulenba, vendredi 1 avril 2011
Du courage Guineen! Quand la plaie commence a faire trop mal, c`est qu`elle est entrain de se cicatriser... J`ai seulement peur que dans la marmite de ALPHA on ne decouvrait que de l`eau bouillante plutard.
kindi, vendredi 1 avril 2011
Il ne faut pas blamer le gouvernement, ni Alpha Conde. Les guineens doivent travailler pour se nourire. En guinee beaucoou ne font que tendre la main. Joignez les deux mains pour faire quelque chose de potable. La guinee est devenue le pays des commercants, chaumeurs, et d`une jeunesse sans profession. Si les Touaregs n`ont pas faim, pourqu`oi les guineens?
satina, vendredi 1 avril 2011
de cette maniere on va crever ds ce pays ,on est revenu en 1970 ou quand tu potais des habits neufs tu es arreté par la milice ethnique du pharaon. chacun recoltera ce qu´il a choisi si dieu le veut ,beaucoup attendront leur demande d´un sac de riz plus de deux mois .surtout si ce sac doit arriver au dernier village de la foret .

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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