lundi 16 juin 2008
Conférence Internationale du Travail – 97e Session, Juin 2008

Discours de Clôture de la Vice-Présidente Travailleurs de la Conférence le 13 Juin 2008, Mme Rabiatou Sérah Diallo (Secrétaire Générale, Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée CNTG) 

Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur Général
Mesdames et Messieurs les délégués,

C’est avec beaucoup d’émotion et d’enthousiasme que je prends la parole dans cette auguste salle des Assemblées. Je saisis cette occasion pour remercier chaleureusement les travailleurs de mon pays, les leaders syndicaux en Afrique et dans le monde pour le choix porté sur ma modeste personne pour occuper la haute fonction de vice-présidente travailleur de notre 97ème session. Cette expérience, la première pour moi, fut des plus enrichissantes en raison de la parfaite collaboration qui a prévalu entre le Président de la Conférence, M. Salamin Jaen, le Vice-président employeur, M. Tabani et le vice-président gouvernemental, M. Tayeb Louh.

L’adoption unanime de la Déclaration de l’OIT sur la Justice Sociale pour une Mondialisation Equitable démontre de façon remarquable la capacité de l’OIT de réagir aux défis posés par la mondialisation. Cette Déclaration se place dans la lignée historique de la constitution de l’OIT, la Déclaration de Philadelphie et la Déclaration relative aux Principes et Droits Fondamentaux au Travail. Comme l’a souligné mon camarade Ebrahim Patel lors de l’adoption du texte en plénière : « Cette Déclaration reflète la conviction qu’une réalité différente est possible, qu’en lieu et place d’un monde fait d’inégalités de revenus, de niveaux élevés de chômage et de pauvreté, d’économies vulnérables aux chocs extérieurs, de la croissance du travail non-protégé et informel et de l’érosion de la relation de travail, nous pouvons construire un monde basé sur la justice sociale. »

Cette nouvelle Déclaration reconnaît que pour atteindre ce louable objectif nous devons rendre opérationnel le travail décent dans toutes ses composantes. Elle note que la liberté syndicale et le droit à la négociation collective sont particulièrement importants pour la réalisation des quatre objectifs stratégiques et souligne que l’égalité entre hommes et femmes et la non-discrimination doivent être considérées comme des questions transversales. Elle souligne la nécessité pour l’OIT de pouvoir examiner les politiques économiques, financières et commerciales à l’aune de leur impact sur l’emploi. Avec l’adoption de cette Déclaration les mandants ont indiqué clairement qu’ils souhaitent une OIT plus forte qui soit mieux à même de répondre aux besoins de ses mandants et qui lui permette d’interagir dans le système multilatéral afin de promouvoir la cohérence des politiques globales autour des objectifs de la justice sociale et du travail décent. Le Groupe des Travailleurs s’engagera avec conviction pour la mise en œuvre d’un plan d’action qui soit à la hauteur des ambitions de la Déclaration.

Outre la Birmanie, la Commission de l’Application des Normes a été saisie de 23 cas. Le Groupe Travailleurs se réjouit que la situation de la Colombie ait pu être discutée mais nous tenons à souligner que la méthode de comparution ne doit en aucun cas créer un précédent pour l’avenir. Le cas du Guatemala concernant les manquements à la Convention 87 a été jugé suffisamment sérieux pour justifier une mission à laquelle participeront les deux vice-présidents de la Commission. Dans les cas du Bangladesh et du Zimbabwe, la Commission a inclus  ses commentaires dans un paragraphe spécial afin de souligner sa grave préoccupation quant au respect par ces deux pays de la Convention 87. Notre Groupe déplore une nouvelle fois l’attitude du Zimbabwe qui, comme l’an dernier, a refusé de se présenter devant la Commission. Du haut de la Galerie, les représentants gouvernementaux ont pu entendre Lovemore Matombo, Président du syndicat ZCTU et plusieurs délégués travailleurs d’Afrique et d’ailleurs énumérer les uns après les autres les graves exactions commises par le Gouvernement à l’encontre des syndicalistes zimbabwéens. Je sympathise avec les travailleurs dans les pays en difficulté car nous, en Guinée, nous avons vécu et continuons de vivre les mêmes difficultés.

Notre Groupe aurait souhaité discuter du cas du Costa Rica pour la Convention 98. Nous regrettons vivement que le Ministre du Travail du Costa Rica ait refusé lors de cette Conférence de rencontrer une délégation travailleurs de haut niveau afin de discuter d’un projet de loi entérinant les associations solidaristes. Nous lançons un appel pour que le gouvernement collabore étroitement avec le BIT afin d’assurer que les nouvelles mesures législatives soient en conformité avec les conventions 87 et 98 de l’OIT. Dans le cadre de l’étude d’ensemble, notre Groupe réitère son soutien à la promotion de  la ratification de la Convention 94.

Les conclusions de la discussion générale sur les compétences en vue de stimuler la productivité, la croissance de l’emploi et le développement, soulignent le rôle de la formation pour affronter les changements mondiaux majeurs tels que les changements technologiques, climatiques ou encore la globalisation des marchés. Les conclusions se réfèrent aux pratiques d’externalisation responsables exigeant que les entreprises collaborent avec leurs sous-traitants ou leurs prestataires de services afin d’offrir un travail décent et des possibilités de formation et d’amélioration des compétences. La promotion d’une culture de la formation au sein des entreprises et l’importance de la formation tout au long de la vie, notamment grâce aux conventions collectives, sont également reconnues. Enfin les conclusions insistent sur le besoin d’étendre les politiques de développement des compétences aux travailleurs de l’économie informelle et aux travailleurs dont la situation de travail est atypique.

La discussion générale sur la promotion de l’emploi rural pour réduire la pauvreté qui s’est tenue dans un contexte marqué par la crise alimentaire ne pouvait mieux tomber. Les conclusions seront un outil utile pour les mandants afin de revitaliser leur travail dans les zones rurales, souvent marquées par le déni des droits syndicaux, l’usage du travail des enfants et le manque de protection sociale. Notre Groupe se félicite de la place centrale donnée au tripartisme dans les conclusions ainsi que l’importance accordée à la négociation collective dans la promotion des droits, le dialogue social et la bonne gouvernance dans les zones rurales. Nous nous réjouissons que les mandants se soient engagés à mettre un terme au travail des enfants dans l’agriculture et que les conclusions reconnaissent le rôle de l’éducation de base et gratuite pour parvenir à cet objectif. Finalement, nous nous félicitons de l’adoption de la résolution sur la crise alimentaire qui demande au BIT de s’assurer que les dimensions de la crise sur l’emploi soient examinées notamment le lien entre le prix des aliments et le travail décent. 

Le rapport global en vertu du suivi de la Déclaration s’est penché cette année sur la liberté d’association notamment les enseignements tirés de la pratique. Beaucoup reste à faire dans le domaine de la liberté syndicale et aucun pays n’est épargné, quel que soit le niveau de développement économique et social. Il reste du chemin à parcourir afin de garantir que les dispositions de la Convention 87 dont nous fêtons cette année le 60e anniversaire soient effectivement mises en œuvre. En tant que travailleuse, je peux affirmer, appuyant ainsi le rapport, que la ratification est nécessaire et constitue le point de départ de la mise en œuvre de la Convention n°87. Mais la ratification ne saurait à elle seule suffire. Une fois ratifiée la Convention doit s’appliquer de manière effective. Je tiens donc, et le groupe des travailleurs par ma voix, à encourager le Directeur Général à continuer d’œuvrer pour sa politique de ratification universelle des conventions 87 et 98 ainsi que pour un accroissement des moyens matériels et humains alloués à la liberté syndicale.

Monsieur la Président, la participation des femmes s’inscrit dans la même dynamique de la liberté syndicale. De ce fait,  j’invite les mandants de l’OIT à déployer des efforts constants afin d’assurer une participation effective des femmes dans les délégations à la Conférence.

La session annuelle de la Conférence reste pour nous travailleurs une Tribune unique d’expression au monde. Cette année elle a revêtu un caractère spécifique puisqu’il s’est agi d’une  année d’élection. Le nouveau Conseil d’Administration aura de nombreuses décisions à prendre pour assurer le suivi de cette conférence et répondre aux défis que pose aujourd’hui la mondialisation. Je ne doute pas qu’il sera à la hauteur de la tâche.  

Pour conclure, laissez-moi rendre hommage au travail de la greffière - Mme WRIGHT- BYLL - et à son équipe pour leur excellent travail et soutien. Je voudrais enfin me féliciter de la bonne collaboration des interprètes sans lesquels la communication serait difficile sinon impossible. Je ne peux oublier les fonctionnaires qui sous la direction de Monsieur Donati ont facilité la documentation. 


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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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