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Je ne vous apprends rien en vous disant que la Guinée a toujours été très mal gouvernée. Aujourd’hui, son « Président » autoproclamé ne sait plus où donner de la tête. Et pour cause ! Le capitaine Dadis qui touche à tout et donc qui ne va jamais jusqu’au bout, ne dort presque plus. Or, quelque soit la résistance d’un homme, il a besoin de récupérer. Staline dormait, Sékou Touré dormait aussi, sans éteindre les lumières. Il paraît que notre Dadis national qui vit dans la hantise d’une élimination ne dort que quelques instants avant ses audiences matinales. Ce n’est pas suffisant et ce manque de repos se fait ressentir sur ses décisions.
Regardez, par exemple, le projet du CNT qu’on nous prépare. Ce n’est même pas du TNT mais un pétard mouillé ! De qui se moque-t-on ?
Rappelons qu’au sommet de l’Etat se trouve une « dyarchie » bancale : le CNDD et, comme appendice, un gouvernement. Le premier est un organe inhabituel qui remplit 3 pouvoirs : exécutif, judiciaire, législatif. Vous noterez que leur ordre, propre à la Guinée, n’est pas innocent. En fait c’est tout simplement l’exécutif. Le second, c’est-à-dire le gouvernement, est tout aussi simplement l’exécutant ! Nous avons donc un exécutif et des exécutants mais pas de judiciaire, encore moins de législatif ! Vive la démocratie !
Maintenant, on nous promet un CNT qui n’est même pas une machine (supposée pouvoir fonctionner) mais un machin ambigu.
Théoriquement, cet organe d’appui du CNDD est un outil législatif mais, en réalité, ce n’est qu’un mécanisme consultatif qui n’agira que sur saisine, non pas du CNDD mais de son président (article 2) ! Vive encore la démocratie ! Le CNT ne donnera que des avis à Dadis (article 8) et n’aura aucune autre compétence. Pas de proposition, pas d’initiative ! Un club de conseillers en plus. Sur ses 117 membres prévus, les partis politiques qui ont tout de même vocation à gouverner n’en auront que 15, soit moins de 13% de l’effectif. Parait-il qu’il y aura des imams, probablement ceux qui avaient prié pour la pérennité du système Conté.
Dieu, c’est le moment ou jamais d’aider la Guinée à sortir du foutoir !
On achète un hélico d’occasion à prix d’or alors que ce n’est pas une priorité. Il n’est peut-être pas encore livré mais il bourdonne dans les oreilles de tout Guinéen ! Puissent ses hélices chasser les « honorables » conseillers de Dadis !
On brade le port autonome de Conakry à un Chaloub qui nous mène en chaloupe. Je vous livre, pour rappel, un extrait de l’interview accordée par Dadis à « Jeune Afrique » en janvier 2009 :
« J.A. : Quelles sont vos priorités pour redresser la Guinée?
Dadis : Par souci de méthode, je vais commencer par un état des lieux, un audit général pour connaître la santé de notre économie. Inutile de dire que les fautes de gestion seront punies. Tous les contrats de l’administration vont être revisités. La concession du Port autonome de Conakry à Getma International, par exemple, va être purement et simplement annulée. En dépit d’un audit mené par FFA Ernst & Young, qui déclare ce contrat manifestement défavorable à l’État, le gouvernement sortant s’est entêté à brader notre port. Pour servir quels intérêts? Nombre de ressources de notre pays ont été cannibalisées pour engraisser des fonctionnaires véreux. Nous allons renégocier tous les contrats miniers pour rétablir l’équilibre au profit de la Guinée. Nous n’avons rien contre les entreprises qui ont investi dans notre pays, mais nous voulons sauvegarder nos intérêts. »
Je pense que Dadis aurait dû mettre un peu d’eau (fût-elle salée) dans son vin mais il y a mis plutôt du « dolo » ou de l’eau-de-vie ! Pour beaucoup de nos dirigeants, l’appétit vient, pas simplement en mangeant mais souvent en buvant ! Aujourd’hui, des militaires qui ne s’éclairaient qu’à la bougie roulent dans de grosses voitures climatisées. Ils ne lâcheront pas facilement prise. Pour eux, c’est l’occasion historique de faire son beurre.
On envoie des délégations à l’étranger qui ramènent au pays une belle moisson d’anecdotes ridicules. Ainsi, de retour de Bruxelles, les Toto et compagnie n’auraient pas été reçus à l’Elysée par manque de temps ! Quand les Guinéens comprendront-ils que la « mamaya » est une denrée trop domestique pour être exportable ? C’est comme le mont Gangan ; pour l’escalader, il faut se rendre en Guinée. L’Elysée a, certes, un jardin mais pas pour de « grands enfants » et ne réceptionne pas de bataillon, même un « 14 juillet » ! On nous fait honte.
Des diaspos démunis débarquent sans bonnet à Conakry mais reviennent avec des casquettes démesurées ! Personne n’est dupe dans ce climat où n’importe qui s’autoproclame (l’exemple ne vient-il pas d’en haut ?) à la tête de n’importe quoi ! Cependant que certains, à l’intérieur du pays, attendent qu’on leur remplisse la tasse ! Sacrés Guinéens !
Aujourd’hui, Dadis se prépare fébrilement à la succession de jure (c’est déjà de facto) de Conté. Depuis décembre 2008 il conduit, en ignorant les aires de repos. Avec l’effet cumulatif de la fatigue, l’inexpérience (il conduit sans permis !) et la peur des gens d’armes qui l’ont à l’œil et veulent lui prendre le volant, il ne dort plus ! L’accident qu’il redoute risque d’arriver. Ce qui n’est pas rassurant pour les passagers, les Guinéens. Dans ces conditions, il ne serait plus l’homme de la situation. Je constate (devrais-je m’en féliciter ?) que ses plus ardents défenseurs sont maintenant habités par le doute.
A titre personnel, j’avoue que cette histoire d’hélico et du port de Conakry me donnent le tournis. Dadis avait pourtant des atouts majeurs en main mais il est sur le point de tout gâcher. Sous nos yeux, un dictateur n’est-il pas sur le point de naître ?
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo Directeur de guineenet.org partenaire de www.guineeactu.com
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