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 | Dre Adama-Rabi Youla-Baldé |
Récemment, à l’instar des autres associations, l’AGC a aussi organisé sa conférence sur la transition et les enjeux sociopolitiques en Guinée. Rencontre qui fut un succès, en termes de mobilisation et de participation de la communauté.
En cette période de changement, chaque Guinéen est interpellé à la recherche de solutions concrètes. A ce titre, en tant que guinéenne et militante engagée sur tous les fronts de lutte en vue de trouver une solution durable et une transition réussie, je me permets d’apporter ma modeste contribution à cette démarche.
Chacun doit se demander : que faire ou comment agir pour participer aux actions démocratiques et de développement dans notre pays, en cette période de transition.
Le vœu pieux de tous les Guinéens, est qu’au terme de ce processus transitionnel, des élections transparentes et démocratiques nous permettent la mise en place d’un Président de la République élu au suffrage universel, sans aucune effusion de sang.
Sans réinventer la roue sur ce qui a déjà été dit ailleurs, mes modestes contributions, pour l’avancement des idées en vue d’une transition réussie, sont :
1- Créer un ordre ou structure juridique suprême, en remplacement de la cour suprême, suspendue, avec tous les attributs et rôles de cette dernière.
Il serait en effet difficile de réviser les listes électorales, adopter la nouvelle constitution par référendum et organiser les élections législatives et présidentielles dans un délai assez court. La constitution étant suspendue, le CNT (conseil national de transition) doit mettre en place des règles, des lois, des règlements juridiques tenant lieu de constitution, en vue de mener à bien les élections futures.
2 - Le CNT doit être un organe ou une structure autonome, indépendant juridiquement, matériellement et financièrement.
Il doit être constitué par les représentants des partis politiques, des syndicats, de la société civile, les représentants des Guinéens vivant à l’étranger (près de 3 millions guinéens à l’étranger, ce qui est non négligeable) et des indépendants, qui doivent travailler en étroite collaboration avec les observateurs étrangers.
Le président du CNT doit être désigné par consensus. Guinéen engagé, connu pour ses compétences dans la gestion d’État, il doit avoir un esprit patriotique et rassembleur avec une intégrité morale sans reproche.
3 - Le Chef de l’Etat guinéen doit veiller à la bonne marche du conseil de transition(CNT) lors de la réalisation de son mandat.
4 - Mettre en place un CENI (conseil électoral national indépendant) réinventé, placé sous l’autorité du conseil national de transition (CNT, qui sera chargé d’organiser les élections.
Mais pour réussir cela, il faudra que plusieurs obstacles d’ordre technique, soient surmontés : le recensement des électeurs, la mise en place d’une liste électorale et la réécriture de la constitution. Pour asseoir les soubassements d’une démocratie véritable, il est impératif que les guinéens arrivent à résoudre ces préalables, sans quoi, nous ne pourrons mettre en place aucun système électoral transparent.
4 - Le CNDD doit demeurer responsable de l’armée. Il doit assurer la sécurité de la population civile, réformer et restructurer l’armée, afin que cessent toutes les formes d’abus. La lutte contre les narcotrafiquants, la corruption doit continuer, en collaboration avec le système judiciaire.
Le CNDD ne doit pas être juge et partie pour cela. Tous ses membres doivent être exclus du CNT.
5 - Mise en place des quotas féminins pour une meilleure représentativité des femmes en politique, en vue d’une élection juste et équitable.
A cet effet, je réitère encore une fois, qu’il serait important que des quotas féminins soient instaurés. La Guinée fait partie des pays où la représentation des femmes en politique est inférieure aux attentes internationales : à peine 20%. Cela donne l'impression que les femmes ne s'intéressent pas à la politique. Or, c'est la preuve que les hommes veulent toujours être les leaders.
La représentation des femmes peut être imposée par voie législative ou librement adoptée. Des quotas légaux doivent être imposés par voie constitutionnelle ou législative, habituellement dans le cadre d’une loi électorale. Tous les partis politiques doivent se soumettre aux quotas légaux et sont exposés à des sanctions, s’ils ne s’y conforment pas.
De nombreux pays ont des quotas légaux qui fixent le pourcentage de la représentation des femmes à une élection. Des sanctions juridiques fermes sont infligées, si les dispositions de la loi ne sont pas respectées, notamment, le rejet de listes électorales affichant un pourcentage de candidates, inférieur au seuil prévu par la loi. D’où l’importance de développer la conscience sociale générale dans notre pays.
Pour conclure, il faudrait souligner que la réussite d’une bonne transition passe par le respect d’un certain nombre de conditions de base :
- volonté réelle de la junte au pouvoir à collaborer avec toutes les parties impliquées dans le processus électoral,
- respect strict des engagements pris auprès de la population guinéenne, ainsi qu’auprès de l’opinion internationale,
- le recensement électoral doit se faire dans la transparence. Ce qui signifie qu’il faudrait laisser le CNT faire librement son travail,
- le CNDD doit assurer la sécurité des civils et leurs biens durant tout le processus électoral.
Dre Adama-Rabi Youla-Baldé, MD, Msc
Pour www.guineeactu.com
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