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Rue de la Faisanderie dans le 16e Arrondissement de Paris, ce dimanche 7 novembre 2010. Au siège de l’Ambassade de Guinée en France, la cohue est monstre. Plus de 5 000 Guinéens sont venus pour participer au second tour de l’élection présidentielle.
C’est le seul bureau de vote pour toute la France et la Suisse. Outre les Parisiens, qui sont au moins 4 000 inscrits, il y a tous ceux qui sont venus de province, de Genève, de Lausanne ou de Zürich.
Au premier étage de cet hôtel particulier du quartier des Ambassades, naguère propriété de Kéïta Fodéba, homme politique, mais aussi chorégraphe et poète guinéen, créateur des célèbres Ballets Africains, et qui en avait fait don à la Guinée, les électeurs se pressent par milliers pour voter. Il n’y a que cinq urnes et une seule file d’attente. C’est dire si la bousculade est inévitable.
Pourquoi un seul bureau de vote pour tant de monde ? C’est un projet savamment préparé pour empêcher les Guinéens à l’extérieur de participer au scrutin présidentiel, sachant qu’ils sont en majorité favorables à Cellou Dalein Diallo. C’est un signe évident que les organisateurs ont un parti pris clair et net pour l’autre candidat, qui doit remonter un handicap de 18% contre 43% des voix au premier tour.
Le bureau de vote est ouvert normalement de 8 heures à 18 heures. Il est clair, dès l’ouverture, que tout le monde ne pourra pas voter. Sauf si tout est mis en œuvre pour assurer un bon déroulement du scrutin, ce que l’ambassadeur, Mme Makalé Camara n’a pas fait. Elle a demandé à la police française de se tenir à l’écart et a fait appel à un service privé de sécurité, composé en majorité d’Ivoiriens, ce qui a irrité par-dessus tout les Guinéens.
La promiscuité est indescriptible. Ce n’est pas une queue. C’est une chenille à mille pattes. On avance centimètre par centimètre. Nous sommes serrés les uns contre les autres comme des sardines. Les femmes sont serrées, très serrées. C’est indécent. On aurait dû prévoir une autre file pour elles. Les heures passent, lentement. En trois heures trente d’attente, on n’est pas avancé de plus de vingt mètres. Le portail d’accès est encore loin, très loin. De guerre lasse, je quitte la queue sans avoir pu voter.
A 20 h 30, les gens du RPG menacent de ne pas signer les procès verbaux et quittent le bureau de vote. Ils savent que leurs partisans ont pratiquement tous voté. Il reste encore près d’un millier de personnes dans la queue. Elles ne pourront pas voter. Autant de voix perdues pour Cellou Dalein Diallo.
Dans tous les bureaux de vote sur le territoire guinéen, Condé Alpha et la « Bande des quatre » qui lui prête main forte ont donné des consignes à leurs assesseurs de ne pas signer les procès verbaux partout où les électeurs sont en majorité favorables à Cellou Dalein Diallo, dans le but d’invalider le scrutin dans ces circonscriptions. La Bande des quatre est notoirement connue. Ce sont Kiridi Bangoura, ancien ministre de l’Intérieur de Lansana Conté ; l’ex-premier ministre démissionnaire Louncény Fall ; l’ancien ministre des Finances de Conté, Ousmane Kaba ; et la griote Daraba Saran. Des personnages sur lesquels nul ne pariera un copeck tant ils sont décriés par l’opinion publique guinéenne.
Pouvons-nous compter sur le président de la Céni, le Malien Siaka Toumani Sangaré, pour servir d’arbitre dans ce second tour de l’élection présidentielle ? Pouvons-nous compter sur un arbitre neutre, ayant le sens de l’honneur et de la dignité ? Je ne le crois pas, car cet homme est un proche de Condé Alpha. De plus, dans tous les pays où il a supervisé des élections, c’est le dictateur ou le fils de celui-ci qui a été élu, comme par exemple en Mauritanie ou au Togo.
Condé Alpha et la Bande des quatre ne ménagent aucun effort pour semer la zizanie et le désordre, pour brouiller les cartes, pour finalement s’emparer du pouvoir en Guinée.
Pour mettre en échec ce projet machiavélique, il faut tout d’abord annuler le vote dans les deux circonscriptions de Siguiri et de Kouroussa où on a empêché les Peulhs de voter. Il revient à la Céni de prendre ses responsabilités dans ce sens.
Condé Alpha et la Bande des quatre feront tout pour dresser les Malinkés contre les Peulhs. Or, quoi qu’ils fassent, rien ne peut empêcher le processus de centrifugation des ethnies en Guinée de se poursuivre. Rien ne peut arrêter la marche inexorable vers l’édification de la nation guinéenne. Leur programme se résume en deux mots : réhabiliter Sékou Touré et exterminer les commerçants peulhs. Cela ne répond nullement à l’attente du peuple.
Moi qui écris ces lignes, j’ai plein de neveux malinkés. Autour de moi, je ne vois pas un seul Peulh, de toute condition sociale, qui n’ait de neveux malinkés. Tous ces neveux, qui parlent poular et connaissent la culture de leur mère, refusent le projet machiavélique de Condé Alpha et de la Bande des quatre de diviser les Peulhs et les Malinkés.
Les manœuvres de Condé Alpha et de la Bande des quatre échoueront lamentablement, car la volonté populaire de changement finira par s’imposer avec Cellou Dalein Diallo.
Alpha Sidoux Barry Directeur de publication de www.guineeactu.com
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