vendredi 21 novembre 2008
Concession du Terminal container : Getma international dans une mauvaise passe

La société Getma International qui a bénéficié de la concession du Terminal à conteneurs du port de Conakry voit ses activités compromises, par la levée de boucliers provoquée par cette signature. Dorénavant, on s’attend à un arbitrage du  président de la République, pour savoir si oui ou non notre port va tomber dans les mains d’hommes d’affaires sulfureux, qui risquent de mettre au chômage des dizaines de travailleurs guinéens.

En signant la convention relative à la concession du Terminal container en septembre dernier avec la société Getma International, le ministre des Transports, M. Cheick Touré était loin d’imaginer qu’il posait là un acte qui risquait de l’éclabousser, pendant longtemps. Surtout que l’opinion dans son ensemble ne semble pas approuver la démarche. Les observateurs sont surtout choqués par le fait que le Terminal à container échoit à une Société à Actions Simplifiées (SAS), l’équivalent à une SARL en Guinée. Le signataire de la dite convention représente aussi NCT NECOTRANS et non GETMA INTERNATIONAL qui est pourtant l’adjudicataire de la convention. Ce qui risque de provoquer des complications à notre pays, en cas de recours ou de poursuites judiciaires. A cela il faut ajouter les tares que comporte cette convention sur le plan technique. Il y est mentionné que la construction du nouveau terminal avec un quai à 13m de tirant d'eau, permettra de recevoir des navires de dernière génération. Chose quasiment impossible, étant donné ‘’ que l'amplitude maximale de la marée varie entre 2 à 3m au PAC, il y aura un chenal et un bassin à 12.5m dans le meilleur des cas, c’est-à-dire à marée haute. Il faudra attendre la marée haute et faire accoster les navires de dernière génération, ce qui risquera d’entraîner un délai d'attente de ces derniers en rade. » Ce point de vue d’un expert montre à quel point le cahier de charges n’a pas été conçu avec une bonne expertise. Les observateurs regrettent aussi le fait que le dragage du chenal et la construction d’une digue de protection pour le nouveau quai, n’aient été, nulle part, mentionnés dans la convention. Cela voudrait simplement dire que le concessionnaire laisse ces travaux à la charge du PAC et de l'Etat guinéen. Des travaux dont le coût avoisinerait les 30 millions d'euros d'investissements. « La convention concède aussi la manutention bord, la consignation coque, les opérations d’empotage, de dépotage et de traitement des marchandises au concessionnaire…Ce qui entraîne de facto, un transfert de fonds de commerce des sociétés privées opérants au PAC, directement au concessionnaire. » Getma international aura ainsi un monopole sur l’emploi au niveau du port container. Ce sont 1900 emplois qui sont menacés par la dite convention, selon les conclusions de nos enquêtes. Après l’interview parue dans une des éditions du Démocrate, nous avons pris soin de vérifier les arguments de M. Dio Condé, en parcourant la copie de la convention signée. Il en ressort, plusieurs questions, auxquelles nous aimerions bien avoir des réponses de la part du Port, du ministère des Transports et du Concessionnaire. Entre autres questions : Pourquoi avoir concédé le terminal conteneurs et son extension à une société qui n’est pas de droit Guinéen ? Pourquoi faire une concession sur 25 ans et pas 10 ou 15 ans comme il a été le cas dans les autres ports Africains? Pourquoi avoir cédé les activités de manutention bord et de consignation coque au nouveau concessionnaire, L’Etat a-t-il ce droit ? N’est-ce pas une atteinte aux droits régaliens des armateurs ? Quels sont les risques y afférents en terme économique sur la République de Guinée, surtout au niveau du taux de fret ? Pourquoi avoir modifié le plan initial du 3e projet portuaire, en supprimant la digue de protection et les réalisations prévues ? Le paradoxe est que c’est le même ingénieur conseil qui agit aux noms du concédant et du concessionnaire et qui a réalisé ces deux (2) plans. Pourquoi avoir modifié ses plans ? À quelles fins ? Sans digue de protection, quel sera l’état du nouveau terminal à construire et qui sera concédé au Port, après les 25 ans de concession ? Qu’est ce que la nouvelle concession et le PAC préconisent en termes de dédommagements des préjudices aux opérateurs actuels du CTS, dans la mesure où il existe une convention entre ces opérateurs et le PAC depuis 1992 ? Quel sera le montant de ce préjudice pour le Port et l’Etat guinéen ? Pourquoi avoir fixé un ticket d’entrée à 15 millions d’Euros (payé en 2 tranches), alors que la valeur estimative actuelle du terminal existant est de 47 millions d’Euros selon le même ingénieur conseil ? Pourquoi dans l’article 15 de la convention en son sous article 15.4, la ristourne est de 25% des frais de stationnement, contre 50% actuellement pratiqué ? Pourquoi exonérer le concessionnaire de toutes taxes (hormis la TE & la RTL) dans les deux (2) phases d’investissement et d’exploitation ? En termes de performance, la lecture de l’article 11 nous intrigue. Pourquoi est ce que le concessionnaire n’est pas obligé d’atteindre les objectifs en termes de cadences, que 5 ans et 6 mois après ? Pourquoi une société privée facturerait-elle les comptes d’escales payés en devises, alors que le PAC est opérationnel dans ce sens. Y a- t-il pas de danger au niveau évasion monétaire ? On ne cessera jamais de le dire, cette convention ne fait pas l’affaire de la Guinée. Et il est encore temps d’y renoncer avant qu’il ne soit trop tard.

Mamoudou Bory Bah
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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