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Le 25 Juillet 1993, mon vol Air France AF764 atterrit aux alentours de 17h 45, heure locale, à l’aéroport international de G’Bessia-Conakry. Toute ma famille est là qui m’attend et nous récupérons mes bagages puis nous débouchons bientôt sur le parking qui jouxte les hangars du site.
La première chose qui me frappe et me porte au firmament d’une joie indicible, c’est le temps. Il fait légèrement gris, mais il…ne pleut pas.
Non, il ne pleut pas! Il n’y a pas une seule goutte d’eau. Nulle pluie!!! Rien!!!!! Un 25 Juillet…
Je jure que les lignes suivantes sont authentiques, même si c’est au grand dam des agriculteurs et agents de la Société d’Exploitation des Eaux de Guinée (S. E. E. G.) pour ne serait-ce que la nappe phréatique.
En effet, sachant les terribles méfaits et autres conséquences de la saison des pluies, du moins dans la région de Conakry, durant toute l’heure du vol qui me ramenait de Bamako vers mon pays, durant toutes ces minutes, durant des milliers de secondes, j’égrenais une muette mais profonde prière pour que, durant tout mon séjour de deux semaines, il n’y eût pas la moindre goûte d’eau sur la capitale.
Eh bien, aussi incroyable, aussi extraordinaire que ces écrits puissent paraître, il n’est pas tombé une seule goutte d’eau, pas la moindre bourrasque, pas une tornade, pas une pluie torrentielle, rien, aucune goutte d’eau donc! Précisément du 25 Juillet au 13 Août 1993.
Pour mémoire les années 1964-1965 ont vu Conakry battre des records de pluviométrie avec environ 5.000m/m d’eau sur la ville. Je ne veux pas m’adonner à des équivalences avec ce qui tombe durant la même période sur, mettons, Niamey, Bobo-Dioulasso, N’Djamena…
Au moment de cette rédaction (Novembre 2008), par exemple la station de radio R. F. I. se fait l’écho de 42°C à Conakry. Et ce depuis de nombreux mois. Dans une ville de plusieurs millions d’habitants qui doivent vitalement :
- boire de l’eau potable,
- se laver, faire la lessive et la vaisselle,
- user pour ceux qui en disposent, de ventilateurs pour les plus modestes ou de climatiseurs pour les couches aisées de la population de la capitale.
- user de latrines…
- voire laver leurs véhicules pour certains…
Encore faut-il disposer d’Eau et d’Electricité?
En effet, depuis un quart de siècle maintenant la quasi-totalité de la Guinée, mais Conakry en particulier sont confrontées à une situation ubuesque: un chronique déficit en eau potable et électricité. Avec leurs incidences, conséquences et dégâts collatéraux. Concernant Conakry c’est un constat de déficit là où une exceptionnelle pluviométrie donnerait des complexes à la quasi-totalité des pays du globe et, au niveau du pays, plus encore, des dotations hors du commun en matière énergétique lui auraient permis de s’ériger en fournisseur d’une bonne frange du continent en matière d’électricité…
Mille deux cents cours d’eau recensés, à la genèsede quelques uns des plus grands fleuves d’Afrique - Bafing, Gambie, Niger et Sénégal - et la possibilité d’ériger donc sur certains d’entre eux des barrages hydroélectriques à même de fournir du courant à la plupart des pays d’Afrique de l’ouest, c’était la carte de visite de la Guinée telle que connue depuis près d’un siècle maintenant…
Mais seulement voilà, un pays ce sont avant tout et d’abord ses hommes…
Et le moins qu’on puise écrire c’est que de ce côté-là, la République de Guinée n’a pas, loin s’en faut, été gâtée par Dieu. Et c’est même le lieu de se demander, en observant le cas de ce pays, à quoi peuvent bien servir les intelligences, les expertises, les diplômes, les maîtrises et autres masters ou M.B.A. qu’on entend de ci-delà. A quoi bon être allé à une quelconque école, être censé avoir suivi les meilleurs cursus et sanctionnés par les diplômes les plus huppés si c’est pour revenir chez soi et donner le spectacle du pays le plus indigent et moyenâgeux de la Terre?
Soulevés comme d’habitude depuis bientôt 60 ans par l’intérêt personnel, habités uniquement par la satisfaction de besoins égoïstes - à la limite ceux de quelques proches ou de complices - des femmes et des hommes étouffent à jamais les aspirations de millions de leurs compatriotes à un mieux être tout ce qu’il y a de plus justifié et légitime, confisquent l’avenir d’un pays et sabotent pour longtemps un développement que la majorité aurait voulu le meilleur qui soit.
Pis, ces femmes et ces hommes posent des actes (Arrêtés, Décisions, Lois, Communiqués, magouilles, prévarications, etc…) qui vont pour longtemps compromettre des programmes d’urbanisation qui auraient imprimé un tout autre destin à des Villes, des Cités et incidemment à des pays entiers…
Pour l’exemple de Conakry, en se référant aux années 60, ceux qui ont connu la capitale se souviennent tous des nombreux acacias plantés dans toute l’agglomération de khaloum (et notamment devant toute la façade du mur de la Mission et jusqu’à la limite du terrain qui jouxte l’Archevêché). Le Boulevard du port, qui part donc de ce dernier et va finir dans l’enceinte du Camp Samory Touré était si ombragé de manguiers - plantés là depuis environ 1889 – qu’on avait de la peine à entrevoir le ciel. C’est même très simple, tous ceux qui sont arrivés un jour par avion à Conakry m’accorderont que l’agglomération était, à cete époque du moins, littéralement occultée par une luxuriante et épaisse végétation.
Depuis, une urbanisation galopante, sauvage et anarchique s’est emparée de Conakry qui est allée rampante en direction d’une part de Coyah, d’autre part de Dubréka où la ville va bientôt finir par phagocyter ces dernières communes.
On a (je l’ai déjà écrit en 1991) accaparé les sols, créé des plans d’Occupations des Sols (les fameux P.O.S.) en dépit de tout bon sens, fait faire des plans architectes, fait construire par des soit disant maçons des maisons n’importe où, n’importe comment et avec n’importe quels matériaux. Mais le plus grave est à venir. Le plus préoccupant est à venir.
En effet, cette anarchique urbanisation s’est naturellement accompagnée d’un déboisement et d’une forme de déforestation dont on commence à peine à mesurer les incidences mais surtout les conséquences. Et le premier des indices, le premier baromètre des débuts de constats de dégâts c’est une chaleur inédite qui écrase et plombe désormais tout sur son passage à Conakry. Telle une énorme chape, elle ensevelit tout sous sa collante masse. Elle s’abat sur les plus de trois millions de conakrykas en les laissant à la limite de l’abrutissement. Sous ses effets on ne peut correctement faire aucune activité. Sous sa houlette doublée du notoire déficit d’eau potable personne n’est à l’abri de saletés, d’émanations nauséabondes ou des terribles effluves venus des caniveaux engorgés…
C’en est à se demander comment nos femmes et jeunes filles font pour parvenir encore à présenter un visage humain et à plus forte raison des relents de coquetterie. Tout à leur honneur et mérite!
Ca sert entre autres à cela de voyager et prendre des leçons d’ailleurs. Par exemple en France une Loi impose à tout acquéreur d’un pavillon (Maison) de planter un arbre pour chaque 100m2 de disponible dans son terrain. Faute de quoi le propriétaire s’expose à de lourdes sanctions…qui sont réellement appliquées.
Conakry est la seule ville sinon l’une des seules agglomérations au monde où de grands espaces verts n’ont pas été imaginés et aménagés pour servir de poumon vert à la gigantesque cité. Comme je ne suis pas venu au pays depuis 2002, je ne veux accuser personne, mais je serais curieux de savoir ce que devient l’ancien Square Le Moal (nom d’usage datant de l’époque coloniale), ce véritable petit « Jardin à la Française » qui jouxte l’Hôpital Ignace Deen en bordure de mer?
Le 2 Juillet 1991 j’étais en bras de chemise et content de profiter des 15°C annoncés qui faisaient grelotter d’autres conakrykas. Qu’en est-il aujourd’hui en 2009 dix huit ans plus tard ? J’entends des 38°C, parfois des 43°C étouffants avec vos habits qui vous collent à la peau. Dans un environnement où l’eau manque et où, alors que sévissent des nuées de moustiques, l’électricité fait également défaut.
Au risque d’être alarmiste il me semble qu’il est temps de tirer la sonnette d’alarme, de tenter d’éveiller les consciences, de sensibiliser à la prises de responsabilité avant qu’il ne soit (si ce ne l’est déjà pas) trop tard.
De nombreuses mesures peuvent encore être prises qui auront pour incidence de sauver le paquebot CONAKRY. Il n’est pas encore tard pour des mesures drastiques mais salvatrices de cette ville au cachet si appréciable.
Au lieu de couper tout le temps les branches de l’arbre dont on veut se débarrasser (et qui vont immanquablement repousser), il faut s’attaquer à ses racines. De la même manière il faut s’attaquer aux racines du mal de Conakry au risque d’assister, dans quelques décennies - c’est vite arrivé un demi-siècle - à son irréversible agonie, pour celle qui naguère portait, à juste titre, le surnom de «Perle de l’Afrique»…
On a presqu’envie, les larmes aux yeux, d’écrire en guise de mot de la fin:
«Sauvons Conakry !»
Bonne méditation à tous !
Bali De Yeimbérein, écrivain
www.guineeactu.com
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