 |
L’absence de M. Lansana Kouyaté, Premier Ministre sortant, à la passation de service avec le Premier Ministre entrant, pose un certain nombre de questions. S’agit-il d’un orgueil mal placé ? D’un signe de bassesse ? D’une provocation au peuple ? Pire, d’une insulte aux Guinéens ? Enfin, un dernier défi au Président de la République ? Avant d’analyser l’attitude de l’ex-Premier Ministre et qui laisse pantois plus d’un Guinéen, je tiens à rappeler certaines péripéties de son avènement au poste duquel il a été déchu. C’est après une crise sans précédent et un nombre de morts jamais égalé que le peuple de Guinée a imposé au Président Conté un Premier Ministre, Chef du Gouvernement. Celui-ci porta également le nom de Premier Ministre de Consensus ! Quel euphémisme ! Accueilli dans un enthousiasme indescriptible, ce Premier Ministre montra aux Guinéens mille facettes. De février 2007, date de sa nomination à sa destitution, le 20 mai 2008, il n’en fit qu’à sa tête. Sourd à toutes observations et à toutes critiques, il s’inventa « une Feuille de Déroute » en lieu et place de la Feuille de Route qui lui fut confiée par les forces vives. Il mit aux oubliettes les priorités et les promesses qu’il a faites lors de son investiture. Envie lui ayant pris de se montrer un président bis, il ne cessa de multiplier voyages à l’étranger et provocations. Jamais il n’y eut autant de crises au sommet de l’Etat entre un Président et son Premier Ministre. Le plus étonnant, c’est le fait que M. Kouyaté affirmait haut et fort : « le Président ne m’empêche pas de travailler. » Si tel est le cas, on est en droit de se demander quelles sont les raisons du conflit. La réponse appartenant à l’intéressé, je ne saurai m’aventurer à des hypothèses ! En un an de promesses non tenues et, malgré les coudées franches dont il dit avoir bénéficié, l’ex-Premier Ministre ne réussit qu’une chose : remettre en selle le cavalier dont le cheval avait été démembré. Autrement dit, ramener M. Conté au devant de la scène. En effet, des plaies qu’on croyaient guéries : ethnocentrisme, corruption, corporatisme, règne familial et clanique, épouvantail de guerre civile etc. firent tourner tous les regards vers le Général. Il apparut comme l’unique recours. Personne n’aurait cru qu’une telle chose allait arriver après les soulèvements populaires de 2007. Mais, l’adage ne dit-il pas : « mieux vaut mourir de sa propre mort qu’être secouru par un idiot ? » Après à peine 15 mois de primature, M. Kouyaté est appelé à céder la place à un autre Guinéen. Comme le veut la tradition républicaine et, à l’image de ce qui s’est fait à sa nomination, la passation de service est fixée le 23 mai 2008. L’importance de l’événement réunit députés, membres du corps diplomatique et consulaire, hautes personnalités, médias nationaux et étrangers, membres du gouvernement sortant, leaders de l’Opposition et anonymes. Le Premier Ministre qui a représenté le peuple de Guinée un peu partout dans le monde se fit encore remarquer. Mais, cette fois-ci, par son absence ! Lui qui a été installé dans l’honneur et l’espoir par tout un peuple, s’estima supérieur à ce peuple à qui il infligea sa dernière gifle ! Par cet acte, M. Lansana Kouyaté a tout simplement montré une autre facette de lui-même. Son refus de se présenter à la passation de service est une insulte au peuple de Guinée ! C’est un défi de plus au Président de la République qui l’a nommé. Une fois de plus, il a donné raison à ceux qui disaient qu’il ne s’est jamais considéré comme un ministre de M. Conté. Mais, bel et bien, un adversaire et un concurrent ! Ceux qui doutaient de sa personnalité sont désormais convaincus qu’il n’a jamais eu l’étoffe d’un meneur d’hommes. Seul un orgueilleux, un rancunier ou quelqu’un qui s’est fabriqué, en dehors de toute réalité, sa propre image, peut agir de la sorte. Pourtant, si l’on a été tant soit peu un homme public, on devrait être assez modeste et diplomate. Et dire que l’ex-premier ministre était classé parmi les diplomates guinéens ! On comprend aisément pourquoi notre pays a très peu pesé là où il est passé. C’est la première fois dans l’histoire de notre peuple qu’un tel affront est adressé au peuple et à celui qui le dirige. On ne saurait mieux bafouer la démocratie et nier les règles élémentaires qui régissent l’administration publique. M. Kouyaté est un représentant du pouvoir public et non un employé d’une entreprise privée ! N’aurait-il pas fallu l’obliger à se présenter là où le peuple et ses représentants l’attendaient ? Ce ne serait point lui donner de l’importance. Bien au contraire ! Cela lui aurait prouvé qu’il est un Guinéen comme les autres. Qu’il n’est pas au-dessus de la loi. Aurait-il ainsi pris conscience qu’il a été choisi par M. Conté parmi quatre autres personnalités. Ces derniers étant sûrement plus méritants que lui. A-t-il seulement prouvé qu’il valait mieux que MM. Komara, Diallo et Béavogui ? Les Guinéens n’ont-ils pas donné leur vie pour qu’il soit là d’où il a été éjecté par son incapacité ? N’ont-ils pas chassé M. Solano pour l’installer dans son fauteuil de Premier Ministre ? Quelle reconnaissance ! Enfin, par ses promesses démesurées, ses actes et agissements, les uns plus maladroits que les autres, M. Lansana Kouyaté apparaît comme l’un des ministres les plus apolitiques qu’ait connus notre pays. Il a prouvé qu’il s’est servi du peuple de Guinée comme d’un klinex et qu’il n’en a plus besoin. L’histoire risque bien de retenir que l’homme Kouyaté, cet homme issu d’une classe sociale dans laquelle le consensus et le respect d’autrui sont une règle d’or, est l’un des plus immodérés de notre commune nation. Mon seul espoir, c’est que le choix du Président guinéen soit, cette fois-ci, meilleur. J’espère que le nouveau Premier Ministre tirera, à l’image des Guinéens, les leçons du passé et évitera les dérives kouyatéistes ! Lamarana Petty Diallo, Rédacteur en Chef de kibarou.com
|
 |