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Le 2 octobre dernier, date anniversaire de l’accession de la Guinée à l’indépendance, le MJGF (Mouvement des Jeunes Guinéens de France) a organisé une conférence-débat portant sur le thème : « Paix et unité nationale en Guinée ».
Cette conférence dont l’objectif principal était de créer un cadre de dialogue, de débat et de concertation entre les Guinéens dans ce climat de tension politico-ethnique que connait actuellement notre pays, a mobilisé des jeunes, des femmes et plusieurs personnalités guinéennes et africaines (Mr Ousmane N’Diaye opposant malien; Mr Gassama maire-adjoint Paris 20e, etc.)
Cet objectif fut largement atteint grâce à la discipline observée par le public conscient du danger d’une explosion ethnique et des conséquences qui peuvent en découler. Le professionnalisme avec lequel le sujet a été abordé par les intervenants a permis d’avoir un débat de qualité et dépassionné.
Après la présentation des intervenants par Mr Mohamed Kaba, chargé de la communication du MJGF et modérateur du débat, Mr El hadj Souleymane DIALLO, Président du MJGF, a remercié les participants avant de présenter les membres du bureau.
En suite, dans son intervention Mr Diallo a mis l’accent sur le risque réel d’un conflit ethnique en Guinée dans le contexte actuel. Il explique le pourquoi de la tenue de cette conférence sur la paix et l’unité nationale en Guinée.
Puis, il a demandé à tous intervenants et au public de faire preuve de retenue en évitant des prises de positions politiques en faveur de l’un ou de l’autre candidat et des propos de nature à semer le trouble . Car pour lui, ce 52ème anniversaire de notre indépendance doit être placé sous le signe de l’unité nationale et non de la division.
« Mettons à coté nos querelles et privilégions le dialogue » disait-il.
Il conclut en ces termes: « Nous lançons un appel à la jeunesse guinéenne de se mobiliser pour la paix et l’unité nationale dans notre pays. Notre engagement doit être réel pour donner un bon exemple à nos compatriotes qui vivent en Guinée. Construisons ensemble ce beau pays qui a souffert pendant 52 ans de dictature et de mal gouvernance. La diversité est une richesse et ne doit pas être source de conflit. Nous devons mettre en commun nos différentes cultures et nos génies créatifs pour construire une Guinée forte et prospère. Il termine en disant que « nous sommes condamnés à vivre ensemble et qu’être Peulh, Malinké, Soussou, Toma, Guerze, Diakanké,… n’est pas une nationalité. Nous sommes tous des Guinéens ».
Les interventions :
1) Madame DIALLO Hadja Aicha BAH, ancienne Ministre de l’éducation nationale guinéenne et ancienne sous-directrice générale pour l’éducation à l’UNESCO.
Elle a demandé une minute de silence pour tous nos martyrs. Ensuite, elle a centré son intervention sur ce qu’est aujourd’hui la place de la Guinée dans le monde selon le classement de la fondation Mo Ibrahim. En tenant compte d’un certain nombre de critère tels que la bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme, la présence des services sociaux de base, les efforts de réduction de la pauvreté etc., la Guinée est classée 46e sur 53 pays de l’Afrique.
Au niveau de la CEDEAO, elle occupe la dernière place sur les 16 Etats.
Elle demande aux Guinéens de se donner la main car les défis qui attendent le futur Président sont énormes et ne peuvent être relevés que dans la paix et de l’unité nationale.
2) Mr Benoit KAMANO, Conseiller financier
Son exposé se tournait autour de trois questionnements : Pourquoi paix et l’unité ? Pourquoi cette conférence à Paris et non en Guinée ? Quelle est l’impact qu’aura cette conférence ?
Il met la classe politique face à ses responsabilités. Pour lui, la division ethnique ne sert pas l’intérêt de la Guinée mais de quelques hommes politiques qui trouvent leur compte en jouant sur la naïveté de la population.
Il préconise une pétition et un pacte moral que les deux candidats au second tour doivent signer.
3) Mr Malick Khadara DIABY, Juriste et Président du Club-DLG
Il consacre son intervention sur la responsabilité des dirigeants dans le contexte actuel de la Guinée et la nécessité de construire un Etat de droit. Pour lui notre histoire passée et récente exige l’ouverture d’un débat national pour la justice l’unité nationale.
Il demande au prochain gouvernement de lutter contre l’impunité, d’aider les services de base et surtout reformer le système de l’Etat. Il insiste beaucoup sur la nécessité d’avoir un contre-pouvoir, c'est-à-dire une opposition forte et responsable.
4) Mr DIALLO Thierno Laariya, ancien professeur à l’université Paris 12
Pour lui l’unité nationale passe aussi par la lutte contre l’analphabétisme. Car l’éducation permet de dépasser les différences et de voir la vie autrement. « Nous devons enseigner à nos enfants notre culture, nos mœurs et notre histoire », disait-il.
5) Mr SOUMAH Nabbie, Juriste et anthropologue
Il a fait un état des lieux des différents régimes du 02 Octobre 1958 à nos jours. Il a expliqué la différence entre un citoyen et une ethnie.
Pour lui, toutes les ethnies guinéennes sont les composantes de la nation. La diversité ethnique est un atout et non un problème. Selon Mr Soumah, « la réalisation de la paix et l’unité nationale passe par la justice. Les auteurs des crimes commis en Guinée doivent être identifiés et jugés et les victimes reconnus dans leurs droits. Il ne peut y avoir de paix durable sans justice ».
6) Docteur Cherif, …
Son intervention a porté sur le système de santé en Guinée. Il a expliqué combien de fois nos parents souffrent parce que nos gouvernants ne prennent pas leurs responsabilités. Le secteur santé comme celui de l’éducation sont abandonnés par l’Etat qui préfère envoyer leurs parents et enfants à l’étranger pour les soins.
Il préconise une couverture maladie universelle et une conférence nationale pour régler tous nos problèmes en Guinée.
Après les exposés, un débat fut engagé avec le public tout en restant dans l’esprit de la conférence. Ces échanges furent très constructifs entre les participants et les conférenciers.
Ainsi, trois remarques importantes s’imposent à l’issue du débat :
- Premièrement, quelle que soit leur tendance politique, ethnique et religieuse, les Guinéens sont tous animés d’une même ambition pour leur pays, à savoir une société démocratique tournée vers le progrès social et économique.
- Deuxièmement, le dialogue interethnique n’a jamais cessé en réalité, même pendant les périodes de forte tension comme celle que nous connaissons aujourd’hui. Des liens très forts se sont noués à la cour des siècles de vie commune et de brassages ethniques faisant de nous un même peuple ayant un destin commun.
- Troisièmement, les guinéens sont prêts à débattre de tous les sujets concernant le passé et l’avenir de la Guinée y compris la question ethnique qui n’est plus un tabou. Pour cela, il suffit de créer les conditions d’un débat constructif.
En conclusion, les Guinéens sont prêts à faire des sacrifices et tourner la page pour construire un meilleur avenir. Il appartient donc à nos dirigeants d’entendre et d’intégrer dans les actes cette aspiration légitime du peuple de Guinée.
Par ailleurs, le MJGF remercie le public de sa présence malgré les contraintes des transports liées à la grève, ainsi que les intervenants pour la qualité de leurs contributions et leur sens de la pédagogie. Il manifeste sa gratitude à toutes celles et tous ceux qui, de manière directe ou indirecte, ont apporté leur soutien à la réussite de cette conférence.
A la fin de la conférence, un intermède musical avec Papa Kouyaté a fait vibrer la salle au son de sa cora pour clôturer l’évènement.
El hadj Souleymane DIALLO Président du MJGF
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