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Je remercie la sœur et les frères qui ont pris la peine de lire ce texte. Les rencontres que nous offre ce site, sont des lieux d'échanges courtois qui doivent permettre de réfléchir sur notre pays commun. C'est malheureusement sur ce plan qu'on entend des compatriotes recrus des malheurs de la vie, dire que les discours et les écrits ne servent à rien. Mais il faut qu'ils arrivent à faire la différence entre des discours politiques, trop souvent creux et des textes de réflexion. Ils ont tendance à dire, « il faut des actions! », certes, mais ils n'ont jamais dévoilé les modes d'emploi de ces actions qu'ils recommandent. Dans un pays, il y a des acteurs de terrain comme les leaders politiques, les syndicalistes etc. ; il y a aussi ceux qui réfléchissent et écrivent. Il n'y a pas d'étanchéité entre ces catégories mais ceux qui peuvent, à la fois, accomplir efficacement ces différentes tâches ne sont pas nombreux en Guinée. Ce qui a manqué à notre pays et qui peut expliquer une part de sa dérive, a toujours été l'improvisation dans la conduite des affaires publiques. Ceux qui écrivent ne sont pas ceux qui gouvernent, c'est pourquoi il faut abandonner les comportements obscurantistes qui consistent à minimiser la réflexion. Sans des écrits sur l'impunité qui était devenue la règle en Guinée, ce fléau se serait poursuivi et renforcé à belle allure. Il faut que tous ceux qui ont arrêté les aiguilles au cadran de l'horloge de l'histoire de la Guinée au Non de septembre 1958, sachent que, comme ailleurs dans le monde, les réflexions et les écrits qui en résultent contribueront plus que jamais aux changements sociaux et mentaux. Les réactionnaires qui se sont fossilisés dans la nostalgie de l'époque répressive du PDG se sont condamnés, pour les plus jeunes, à ne pas faire partie de la construction de la Guinée de demain. Ils ont été incapables de voir, autour d'eux, l'évolution du monde. Celui qu'ils appellent le Père de la Nation n'a rien laissé de palpable qui puisse faire la fierté des jeunes générations de Guinéens. Qu'ils aillent voir ce que les Senghor et les Bourguiba, pour ne citer que ces deux, ont laissé respectivement au Sénégal et à la Tunisie. Ce n'est pas parfait mais ça rien de comparable avec notre Guinée. Combien de Guinéens vont se soigner au Sénégal.? Combien de Sénégalais vont se soigner en Guinée?... De l'absence totale de démocratie du temps de Sékou Touré sont sorties les dictatures militaires venues après 1984. Un commentateur le dit très bien. Que les dictateurs venus après le temps du PDG aient été moins flamboyants que le Responsable suprême de la Révolution ne doit rien changer à l'appréciation sur l'évolution de notre pays. « Qui sème bien, récolte bien » et « Qui sème le vent, récolte la tempête », ces adages sont connus de tous. Les racines des maux qui assaillent la Guinée d'aujourd'hui, prennent racines dans les pratiques du Parti-Etat de Guinée. Mais aller donc faire comprendre cela à des fossiles...
Habib Diallo a parfaitement bien fait de rappeler dans son commentaire le beau texte de Tibou Barry (Atlanta, USA) : « Haïti, Guinée » du 20 janvier. J’aurais fait mention de ce texte si j'en avais eu connaissance en son temps. Mais il passe tellement de choses intéressantes sur un site qu'il nous en échappe parfois. Je remercie donc Habib de m'avoir fait connaître le texte de Tibou et je suis heureux de n'avoir pas été le seul à attitre l'attention des Guinéens sur l'évolution d'Haïti.
A Sékou Oumar Camara, je dis simplement qu'il faut ramener les jugements aux réalités qu'on peut estimer avec le recul, avoir été vécues. « Les craintes révérencielles des cadres... » Dont parle Sékou Oumar, étaient des craintes qu'ont éprouvées tous les Guinéens vis-à-vis des Présidents. C'est tout de même extraordinaire de rappeler ici des slogans politiquement appuyés après des époques pour en faire une réalité vécue comme celui-ci: « un homme qui refuse dit non », prêté à l'Almamy Samory Touré. Ce héros national en guerre contre l'envahisseur français, a effectivement dit non à la soumission en prenant les armes. Mais en dehors de ce contexte de guerre de résistance, aucun dignitaire de la cour de l'Almalmy ne pouvait seulement, aux dires rapportés par des chroniqueurs, penser prononcer le mot NON à une décision de l'Almamy sans risquer sa tête. Mon grand père maternel, Kèmoko-Toma Soumaoro, fervent de l'Almamy, décédé à un grand âge en décembre 1960 (j'avais 24 ans), m'avait beaucoup parlé et avec nostalgie, du temps de l'Almamy Samory. Très jeune palefrenier dans les sofas (l'armée) de Samory au siège de Sikasso en 1887-1888 (dans l'actuel Mali), il m'a longuement parlé des pratiques de la cour, non pas en termes critiques mais de la façon la plus normale. Par exemple un notable à qui serait venue l'idée de s'habiller avec une certaine recherche (coiffure sortant de l'ordinaire du code tacite, boubou trop élégamment brodé, jusqu'à attirer le regard de beaucoup d'autres notables) pouvait attirer de gros ennuis à l'audacieux qui avait peut-être des idées de pouvoir derrière la tête. Or ce vouloir de s'habiller à son goût pouvait signifier un Non au protocole vestimentaire qu'on acceptait plus.
Dans notre recherche de dignité, après notre indépendance, nous avons occulté bien des aspects de notre passé lointain pour les embellir. Et de toutes les façons nous n'avions pas à juger les mœurs de nos ancêtres avec les critères du XXe siècle. Eux n'avaient pas lu les philosophes humanistes socialistes, marxistes et autres qui ont fait une place de choix à ce que les générations futures ont appelé le droit et la dignité de l'homme. Ce sont ces philosophes qui ont été les ferments dans la lutte d'indépendance des leaders africains comme Sékou Touré et c'est d'eux qu'ils se réclamaient. Ce qu'on peut considérer comme dureté de nos ancêtres d'avant le XXe siècle, correspondait aux pratiques politiques et sociales de leur temps. Mais de notre temps de « discussions démocratiques », qui pouvait oser dire un Non à Sékou Touré sans aucun risque? Ainsi au congrès du PDG de 1967, dit « congrès de la bouche ouverte » (il s'agissait de dire la vérité, car les comportements mensongers étaient très répandus), le ministre Magassouba Moriba, y avait trop ouvert la bouche en disant Non au manque de démocratie dans le Parti. Il l'a peu après payé de sa vie. C’est pourquoi, les jeunes doivent se modérer dans le lancement de slogans du type : « quand on refuse, on dit Non ». Cela dépend du contexte: le Non de septembre 1958, s’est fait dans un cadre de droit et c'est pourquoi, on l'a dit.
Ansoumane Doré
www.guineeactu.com
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