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N’ayant pas obtenu satisfaction à leur revendication en vue de l’octroi d’un statut particulier, les agents de la santé publique guinéenne se sont mis en grève illimitée depuis le 8 septembre 2008. Cette grève n’est que la continuation d’un mouvement ancien qui n’était que suspendu. A partir du 16 septembre 2008, lassés d’attendre un signe positif du pouvoir, les grévistes ont décidé de supprimer le service minimum qui était assuré jusque là, tant bien que mal. De ce fait, de grands malades ont été brutalement renvoyés des hôpitaux, ce qui expose certains d’entre eux à une mort certaine. A cause de l’incurie chronique du pouvoir et des détournements de toutes sortes, les populations guinéennes, victimes de la faim et de la malnutrition, privés d’eau potable et de conditions sanitaires décentes, souffrent d’une situation sanitaire proche de l’urgence humanitaire. Les fléaux comme le paludisme, le choléra, la typhoïde, la méningite, la tuberculose, sévissent dans le pays à l’état endémique. Aucune prévention efficace n’est mise en place pour protéger la population. La couverture vaccinale est très limitée. Le taux de mortalité est tel que l’espérance de vie ne dépasse pas 38 ans, soit l’un des taux les plus faibles du monde ; le taux de mortalité infantile est parmi les plus élevés. Même en temps ordinaire et malgré les efforts louables de certains agents du corps médical, les hôpitaux publics sont réduits à l’état de mouroirs. Malgré l’énorme aide étrangère engloutie dans ce secteur, nos hôpitaux et dispensaires manquent de tout, jusqu’à l’alcool à désinfecter. Les équipements sont totalement vétustes ou obsolètes, faute d’entretien courant. Le manque de courant électrique régulier, d’eau potable et d’hygiène, rend le séjour en ces lieux plus que risqué. Les malades sont abandonnés le plus souvent au personnel subalterne ou à des stagiaires sans qualification. Il est de notoriété publique que les formations publiques sont un haut lieu de la corruption et de l’affairisme, comme l’est d’ailleurs, toute l’Administration guinéenne. Les hôpitaux publics ne servent le plus souvent que d’antichambres pour les cliniques dont beaucoup fonctionnent en marge de la légalité et de l’éthique. Les patients dont la plupart appartiennent aux couches les plus défavorisées, sont exposés à toutes sortes de trafics et de rackets. Les médicaments sont hors de portée des malades ordinaires. De plus, le secteur pharmaceutique est gangrené par l’importation massive de médicaments de contrefaçon inefficaces ou dangereux, avec la complicité de gens très haut placés. Là aussi, l’impunité pérennise le mal. Comme tous les autres fonctionnaires civils de la République, les personnels de santé sont mal payés et démotivés. Les conditions de travail sont à la limite du supportable. Fidèle à sa politique d’indifférence face aux terribles souffrances du peuple, le pouvoir refuse obstinément de remplir ses engagements, en signant un statut déjà négocié et accepté dans son principe. Pire, il garde un silence coupable plein de mépris face à la catastrophe humanitaire qui se déroule sous nos yeux. Il est vrai que la petite minorité de privilégiés du système n’a nul besoin d’hôpitaux fonctionnels, car elle et ses proches se font soigner habituellement dans les cliniques privées, dans la sous-région ouest africaine ou hors d’Afrique. Pour ceux-là sans doute, la grève peut durer indéfiniment. Cependant depuis la grève, la situation des populations les plus pauvres et les plus vulnérables s’est aggravée. Les morts se comptent chaque jour par dizaines dans les services, alors qu’un minimum de soins aurait pu sauver beaucoup d’entre eux. Cette situation tragique, devenue intolérable, illustre une fois de plus le vide qui règne au sommet de l’Etat et la paralysie du gouvernement du Dr Ahmed Tidjane Souare. Nous appelons donc le gouvernement à mettre fin à sa politique du « pourrissement », faite de confrontation, d’abandon et d’irresponsabilité, pour permettre l’arrêt immédiat de ce mouvement de grève. De même, nous appelons les personnels de la santé à faire preuve d’humanisme, de responsabilité et de solidarité envers les populations démunies en détresse, car ce sont elles qui paient au prix fort les conséquences de la politique néfaste du gouvernement dans tous les domaines. Quels que soient les enjeux en présence, les deux parties doivent trouver très vite un terrain d’entente pour soulager les milliers de malades injustement pris en otage. Au-delà de ce mouvement de grève, nous appelons à une réflexion approfondie et à une large concertation entre tous les acteurs sociaux (syndicats, pouvoirs publics, personnels de la santé, enseignants, ONG, associations, élus du peuple, partis politiques, etc.), afin de se pencher sur les maux qui gangrènent notre système de protection sanitaire. Nous pourrons ainsi rechercher dans le consensus, des remèdes viables à court et à long terme, pour sortir de cette misère et de cette décadence sans fin. Pour le Bureau Exécutif National de l’UFD, Mamadou BAH Baadikko, Président Conakry, le 16 septembre 2008
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