lundi 12 juillet 2010
Commerce sino-africain : une opportunité ou une menace ?
Jasson Urbach

« Le problème Chinois » tourmente de nombreux fabricants de vêtements et de textile du monde entier. Leur principal grief est que les Chinois ont tendance à produire des vêtements et des textiles à un prix très avantageux par rapport à ce qu'eux-mêmes sont capables de faire. En conséquence, les fabricants nationaux à travers le monde demandent des protections telles que les taxes sur les vêtements et le textile chinois, ou peut-être dans les cas extrêmes, une interdiction totale de ces marchandises chinoises. Même en Afrique du Sud on demande l’instauration d’une myriade de mesures protectionnistes pour protéger les industries locales « fragiles ». Mais comment cela affecte-t-il les consommateurs ordinaires sachant que la grande majorité d'entre eux bénéficient de vêtements à bas prix en provenance de Chine ?

Tout accord limitant l’entrée de produits moins chers (qu'ils soient chinois ou autres) dans le pays ne peut pas être dans l'intérêt de millions de consommateurs Sud-Africains qui vivent dans l'extrémité basse de l’échelle des revenus - des personnes qui peuvent rarement s’offrir nourriture et logement et sont extrêmement sensibles à tout changement de prix.

Les quotas, ou les protections, ont été mises en place pour donner aux fabricants de vêtements et de produits textiles Sud-Africains une période de grâce pour qu’ils deviennent plus compétitifs. Mais, comme l’ont montré les expériences passées, les industries protégées ne deviennent jamais plus efficaces. En effet, la protection qui leur est donnée leur enlève toute incitation à le devenir, et le résultat sont des appels persistants à des extensions de cette protection.

Et qu'en est-il du consommateur pauvre ? Ceux qui généralement bénéficiaient par le passé d'importations bon marché finissent par payer pour le manque d'efficacité des fabricants protégés. La dernière chose que la politique des États devrait faire est de concentrer la répartition des bénéfices sur quelques privilégiés au détriment de millions de Sud-Africains ordinaires. Comme Jeremy Warner l’a observé dans le Telegraph, le 19 Mars 2010, décrivant la réaction des groupes d'intérêts aux activités de fabricants, d’importateurs et de distributeurs de biens bon marché : « Les vertueux se trouvent dépeints comme les méchants. Si l'argument n'était pas si pervers, il en serait risible ».

En 1815 David Ricardo introduisait le concept d'avantage comparatif, démontrant que les producteurs devraient se concentrer sur la fabrication des produits pour lesquels ils sont les plus compétitifs. Prenons l'exemple hypothétique suivant, qui a été simplifié à des fins d'illustration. Supposons qu’un travailleur d'Afrique du Sud peut produire une machine de forage en une demi-heure, ou un ordinateur en une heure. Un travailleur chinois peut produire une machine de forage en vingt minutes, ou un ordinateur en dix minutes (bien sûr ces chiffres de productivité sont fictifs). Si l’Afrique du Sud et la Chine ne commercent pas, il faut une heure et demie pour produire à la fois une machine de forage et un ordinateur en Afrique du Sud, tandis qu'en Chine il faut une demi-heure. Si le protectionnisme règne, l’exemple s’arrête là.

En revanche, s'il y a libre-échange, les deux pays échangeront l’un avec l'autre et les deux seront gagnants. Si l'ouvrier chinois produit deux ordinateurs en vingt minutes alors que le sud-africain produit deux machines de forage en une heure, pour ensuite s’échanger une machine de forage contre un ordinateur, les deux seront mieux lotis qu’avant l’échange. Les Chinois obtiennent une machine de forage (sans avoir eu à le faire) et un ordinateur pour vingt minutes de travail (par opposition à une demi-heure) et les Sud-Africains (sans avoir eu à fabriquer un ordinateur) obtiennent également les deux produits pour une heure du travail (par opposition à une heure et demie).

Cet échange mutuel est un processus gagnant-gagnant. Dans un monde plus complexe les foreuses et les ordinateurs ne s’échangent pas les uns contre les autres. L’Afrique du Sud peut vendre des foreuses au Botswana qui vend à son tour des diamants au Japon qui les utilise pour fabriquer des machines spéciales qui fabriquent des ordinateurs, machines vendues aux Chinois qui fabriquent des ordinateurs vendus aux Sud-Africains.

Si le doute subsiste, le cas extrême peut être instructif. Considérons un pays qui veut être complètement autosuffisant et interdit toutes les importations. Dans ce scénario extrême, l'industrie d'exportation va certainement disparaître parce qu'il n'y aura aucune raison de gagner des devises étrangères pour acheter des importations. Les politiques qui visent à restreindre les importations sont donc en totale contradiction avec les politiques qui visent à encourager les exportations. C'est pour ces raisons que le commerce international est le moteur de la croissance économique. Il suffit de regarder les expériences des économies fermées par rapport aux économies ouvertes de voir dans la pratique.

Tout ce que chaque consommateur achète est le résultat des efforts individuels de millions de personnes disséminées à travers le monde. Peu de biens, sinon aucun, sont produits intégralement dans un seul pays. La division du travail profite à tous. Pourquoi les consommateurs Sud-Africains pauvres devraient-ils être empêchés, par des obstacles artificiels, d'obtenir des produits qu'ils préfèrent ou qu’ils peuvent se payer plus facilement parce qu’ils proviennent de Chine? Pourquoi devraient-ils être punis parce que les Chinois se trouvent être les producteurs de vêtements les plus efficaces ? Et pourquoi les Chinois devraient être punis parce que nous ne pouvons pas produire les mêmes marchandises avec la même efficacité ou avec le moindre coût ?

Pouvoir accéder aux marchandises les moins chères du monde devrait être considéré comme un droit fondamental non négociable des pauvres. Ceux qui exercent des pressions en faveur du protectionnisme ne sont-ils pas implicitement contre les pauvres ?


Jasson Urbach
Economiste à la Free Market Foundation en Afrique du Sud.


Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ali Bangoura, mercredi 14 juillet 2010
Urbach ! Allez faire votre petit cours d’économie de bas étage ailleurs. Les théories libérales reprises dans des cours d’économie ne nous intéressent point. Vos conseils vous vous les garder ! Vous nous donner des conseils depuis toujours, aujourd’hui parce que nous vous avons écouté et le FMI a utilisé cette approche dans nos pays depuis trente ans mais, nos marmites sont vides. Alors vos conseils pour que les Africains ne se protègent pas de cette mondialisation sauvage où les forts écrasent les faibles (avec des gouvernements corrompus), et dont des gens comme vous en profitent pour vivre grassement à nos dépens, vous pouvez garder vos analyses, les Africains ont suffisamment payé.
Zouma, lundi 12 juillet 2010
Libre echange a des avantages quant a la satisfaction des besoins des consommateurs, mais des inconvenients plus dramatique pour les pays en developpements telque l`Afrique du Sud. Les pays pauvres ne sont pas des societes de consommations et ils ont besoins d`une economie soutenue dans forcement le protectionisme est la solution les industries de ces pays sous developpes. ils est discutable de dire que <>. L`efficacité des industries protegees depend de la politique du goverment. L`etat doit favoriser la concurrence interne. La theorie de Porter`s diamond illustre bien. En afrique nous devons refuser de signer des mesures qui font la promotion de libre echange. Nous devons forcement proteger nos economie par etapes. C`est a dire selections 2 a 4 secteur a developper dans 5 ans et proteger ces secteurs. Quand ces secteurs deviennent competitifs on selections d`autres secteurs sinon nos pays resteront sous developpes jusqu`a la fin du monde.
Oury Diallo, lundi 12 juillet 2010
Il est grand temps que les Africains se prennent en charge. Nous ne pouvons pas attendre éternellement les autres. La coopération avec la Chine est plus nuisible pour l Afrique qu’avec l occident. Ces derniers font parfois des pressions sur nos dirigeants pour avoir des comportements plus responsables face à leur population même si parfois ces pressions se font de façon sélective. Quant a la chine, elle se tape complètement de la misère de nos populations, ce qui leur importe c est le blé qu’ils se font et les tonnes de produits de pauvre qualité voir dangereuse pour notre santé qu’ils déversent sur le continent. La menace de la chine est grande sur le continent et si les choses continuent comme ça, nous serons bientôt à leur solde.
Sékou Falil Doumbouya, lundi 12 juillet 2010
Cet article a le mérite de mieux faire connaître les vertus du libre échange et à s’en approprier le bon usage. Mais le libre échange demande à être « apprivoisé » dans les deux sens du mot. Il faut aussi savoir maîtriser le bon fonctionnement parfois erratique ou néfaste du marché. La théorie économique a fait des progrès considérables depuis 1950 dans la compréhension de ces phénomènes et dénonce aussi bien l’idéologie libérale qui ignore les « défaillances » du marché que l’idéologie antilibérale qui en méconnaît les vertus. Le résultat de David Ricardo, cité par l’auteur, ne consacre pas le libre échange comme solution parfaite des problèmes économiques. Il énonce seulement que l’allocation obtenue par le libre échange est efficace, et non pas qu’elle est la meilleure possible. Il y a en réalité beaucoup d’allocations qui sont efficaces, sans être pour autant acceptables. En second lieu, la belle efficacité promise par ce résultat de Ricardo n’est garantie que si le libre échange fonctionne parfaitement, dans la plus pure concurrence. Pour un pays en développement comme la Guinée, un des plus grands défis est le renforcement des conditions pour que le commerce avec la Chine, ou avec d’autres concurrents, aboutisse à l’efficacité. Il s’agit, par exemple, de voir comment doter le pays de mécanismes institutionnels efficaces pouvant repérer et corriger des problèmes d’externalité (importation excessive en provenance de la Chine), de concurrence imparfaite (dumping des prix chinois), d’imperfection de l’information (menaces pour la santé de certaines importations, des risques pour l’équilibre de la balance des paiements,…). Je recommande particulièrement à la Guinée et aux autres pays africains de bien soutenir la proposition d’un mécanisme de sauvegarde spéciale qui se discute dans les négociations agricoles du Cycle de Doha à l’OMC. Pourquoi ne pas aussi mettre sur la table un mécanisme semblable pour les négociations concernant les produits non agricoles ?
KONATE, lundi 12 juillet 2010
NOUS preférons les relations SINO-AFRICAINES que toute autre relation,il y va dans notre interet gagnant ,gagnant. mais comme cela fait le malheur de certains;alors ont critique on met des doutes ect ect.QU`ON NOUS LAISSE AVEC LA CHINE POUR VOIR LE BOUT DU TUNEL

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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