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Après plus de six mois de « règne » chaotique, le chef de la junte, autoproclamé « président », M. Moussa Dadis CAMARA a donné une interview à une journaliste de Jeune Afrique (N°2532 du 19 au 25 Juillet 2009). On le fait s’y exprimer longuement, presque sur cinq pages. Le nombre de pages, le choix du journal et d’une journaliste ne sont pas tout à fait innocents. J’y reviendrai.
Dans l’immédiat, intéressons-nous à la forme et au contenu de l’entretien.
Cette sortie journalistique du capitaine « président » est différente de ses excentricités télévisuelles de Conakry auxquelles il nous avait habitués. Du reste, nos compatriotes s’en sont d’ailleurs très vite lassés. Ayant perçu l’imposture indéniable du chef de la junte, ils sont plus que réservés, ils sont déterminés à ne plus tolérer un pouvoir qu’ils n’ont pas choisi. Le capitaine Moussa Dadis et ses milices ethniques militarisées le savent. C’est dans ce contexte que paraît ce que probablement ses conseillers pensent être une grande interview.
Quelle forme d’expression lui a-t-on conseillée ?
Sur une photo retouchée et retravaillée, le capitaine apparaît en tenue neuve de parachutiste sympa, à la manière d’un Thomas SANKARA, béret militaire bien vissé sur le crâne. Il exhibe ostensiblement une montre qui a l’air d’une marque dont Jacques Séguéla (publiciste français) disait récemment qu’un homme qui, a cinquante ans, n’a pas pu s’en acheter une, a raté sa vie. Vu l’air satisfait qu’il se donne, notre fameux capitaine pense peut être avoir réussi la sienne. Félicitations ? En tout cas, nos compatriotes sont loin de réussir la sienne avec lui.
Dans cette interview, M. Dadis CAMARA a fait l’effort de paraître gentil et serein. Le ton employé est mesuré, presque conciliant. Le bon Dieu sans confession. Il dit avoir succédé à un Lansana Conté « pourri » (il n’emploie pas ce terme, il se contente de le suggérer fortement) qui n’a laissé qu’une caisse vide et un Etat sauvage. Il fait semblant de s’en étonner. La photo retouchée est réussie. Le chef de la junte a fourni un grand effort de pose. A mon avis, il aura le plus grand mal à ressembler à sa photo retravaillée. Car, on est toujours rattrapé par sa vraie personnalité. On ne peut s’en séparer durablement. C’est une illusion de le croire.
La formulation des questions donne des indications sur l’allure générale de l’interview : une petite propagande destinée aux Guinéens qu’on prend pour des moutons. La maîtresse de propagande ici, est une jeune femme africaine, d’après son nom. Mme ou Mlle Cécile SOW à l’air d’avoir obéit à ses employeurs qui ne lui ont peut être recommandée que des questions « gentilles ». Normal. Chacun a le droit de garder son boulot. Mais en matière de journalisme, le déguisement n’est pas d’une excessive élégance professionnelle. Elle se limite à des affirmations qu’elle tourne sous une forme interrogative. L’exemple même de la communication journalistique « intéressée », déguisée en interview. Le tour est joué. Puisque Dadis n’est pas bête, il prend les grossières perches qu’on lui tend. Il perçoit bien que la « gentille » journaliste ne peut que lui être agréable. Exemple de question très « percutante » de la journaliste de Jeune Afrique : « Depuis votre arrivée au pouvoir, vous avez été confronté à plusieurs crises. L’exercice du pouvoir s’est-il révélé plus compliqué que vous ne l’imaginez ?». Là, l’air très satisfait de lui-même, notre pseudo SANKARA national fait son numéro avec délectation. Il doit faire ceci, faire cela…. Mais à aucun moment il ne nous dit à quelle crise il aurait été confronté.
Que dit le « génial », « l’illustre », le « Moïse » autoproclamé ou pré-proclamé Moussa Dadis CAMARA ?
L’ensemble de l’interview étant un simple exercice de propagande banale, la journaliste fait son travail de faire-valoir. Point de question embarrassante. Juste des prétextes à permettre au commanditaire prodigue (les caisses sont peut être alimentées) de paraître « bien ». Cela aussi, c’est du journalisme, mais à « l’africaine ». Alors, le chef de la junte dit à, peu près ceci :
1°. Il est « incorruptible ». La SAG (Société aurifère de Guinée) lui aurait proposé 22 millions de dollars US qu’il avait eu envie de refuser, mais qu’il a finalement accepté. Angélique, il aurait poussé sa « probité » jusqu’à faire verser cette somme dans les « caisses » de l’Etat dont il dit qu’il est sauvage. Mais, il a oublié de dire dans quelle caisse ce virement est fait. Car, un Etat sauvage a toujours des caisses. Et les plus visibles ne sont pas forcément celles qu’on alimente le plus. L’exhibition télévisuelle de « documents » n’est pas la preuve d’une opération financière, mais plutôt une simple gesticulation communicationnelle. Certains de ses conseillers semblent penser que les Guinéens sont des « idiots ».
Et La «journaliste (Cécile SOW) ne voit pas l’utilité de poser la question de savoir pourquoi une Société commerciale, donc recherchant un bénéfice le plus élevé possible déciderait tout d’un coup, de sortir de ses caisses 22 millions de dollars US pour les proposer à un parfait inconnu, même si il s’est autoproclamé « président » de la république ? Mais acceptons que la journaliste n’était pas là pour ça. Elle était chargée de servir la « soupe ». De ce point de vue, elle a été loyale à Dadis et à ses employeurs. Personnellement, n’ayant pas les moyens de l’employer moi-même, je ne lui en tiendrai pas rigueur. Mais tout de même…
2°.Il n’y aurait pas d’élection en Décembre 2009. Il y aurait des retards qui seraient indépendants de sa volonté, mais explicables par la seule faute des partis Politiques et de la société civile. De là, il conclue que si en 2009, il n’y a pas d’élection, il se présenterait lui-même en 2010. Et si il ne le pouvait pas, alors lui et ses amis du CNDD choisiraient à la place des citoyens guinéens un Président (par voie d’élection militarisée). Et c’est là où le capitaine devient intéressant.
En claire, nos compatriotes seraient immatures. Ils ne savent pas voter, ni choisir ceux ou celles par lesquels ils veulent être gouvernés. Le CNDD et leurs amis civils et militaires ont donc la Lumière qu’ils vont instiller aux Guinéens afin de les éclairer. Entre temps, Moussa Dadis proclamé « Moïse » envoyé de Dieu, indiquerait le chemin qu’il n’a pas. Les Dix ou Onze millions de Guinéens n’ont qu’à le suivre. Au bout du chemin qu’il ne connaît pas, il y aurait le Paradis. Ceux qui ne sont pas d’accord avec cette fausse vision, j’en suis, favoriseraient l’arrivée des prédateurs au pouvoir, ou alors, provoqueraient une guerre civile.
Malheureusement pour eux, les prédateurs ne sont jamais partis du pouvoir. Ils sont les exécuteurs testamentaires de Lansana Conté. La preuve ? Le CNDD et Dadis n’ont pris le pouvoir qu’après le cadavre de Lansana Conté. En cela, ils lui ont été fidèles. Le capitaine Dadis le reconnaît d’ailleurs. Ils se préparent donc à prolonger le système de Lansana Conté, c’est-à-dire l’exercice patrimonial et personnel du pouvoir. Les milices ethniques de PIVI et Dadis sont déjà en guerre civile contre les ressortissants de la Basse-Guinée que je ne suis pas. Ni Mamadouba TOTO, ni les autres militaires détenus (presque exclusivement Soussou) à Kassa ne me démentiront.
Suggestion « amicale » à M. Dadis et à ses commandants qui lui ont prêté serment de fidélité :
Il est indéniable que vous multipliez des manœuvres peu dignes pour rester au pouvoir. Vous prétendez que le peuple vous a demandé un audit. Sur ce point, avec tout le respect que je vous dois, vous mentez.
Quel peuple vous a demandé un audit ? Par quelle procédure ce peuple s’est-il prononcé en ce sens ? Quand ?
Je vous suggère donc d’ôter votre tenue militaire, comme vous l’avez souvent laissé entendre, de quitter définitivement et immédiatement l’armée. Ce qui vous donnerait aussitôt le droit d’être candidat. D’après votre porte-parole le commandant Moussa KEITA, vous êtes fondé à vous présenter aux élections. Je partage son point de vue, à la seule condition que vous quittiez immédiatement l’armée. En effet, la seule façon pour vous et pour les autres de vérifier que vous incarnez partiellement ou totalement le peuple, c’est une élection. On verra bien si le pays vous tient pour « Moïse » comme on vous l’a fait croire.
D’après moi, vous battissez déjà avec d’autres affairistes une logistique qui vous permettrait de conserver directement ou indirectement le pouvoir. Ce personnel est déjà recruté. M. Issa DIALLO de Genève, ancien haut Fonctionnaire de l’O. N. U. que vous avez fait semblant de nommer à son insu en est la colonne vertébrale. Vous pouvez peut être éclairer nos compatriotes sur cette étrange coïncidence qui fait que la cooptation de M. Issa DIALLO se traduise par le lynchage de Général TOTO CAMARA, le bradage des ressources minières du pays au bénéfice de sociétés allemandes et suisses par un contrat de troc, initialement refusé par Lansana Conté en raison de son caractère léonin. L’éclairage électoral de Conakry contre la bauxite.
M. Issa DIALLO a beaucoup de relations en Allemagne, en Suisse et ailleurs. C’est une bonne chose. Vouloir les mettre au service de clans ethniques tueurs comme le tandem PIVI-Dadis est plutôt incongru. L’alliance PIVI-Issa DIALLO n’est pas ce que les Guinéens attendent le plus. Sacré retournement de l’histoire !
J’attire l’attention de nos compatriotes sur le fait suivant : Il n’est plus contestable que PIVI et Dadis organisent en sous-main le retour aux affaires des principaux prédateurs, c’est-à-dire ceux qui ont mis le pays à genou. La réapparition de l’ex-président du conseil économique et social, et la réactivation des contrats de bradage des ressources naturelles du pays sont loin d’être fortuites. Si à cela on ajoute le lynchage de TOTO par les hommes du chef de la junte et l’étrange nouvelle alliance avec M. Issa DIALLO, on a la réponse à la question que beaucoup de Guinéens se posent et qui est la suivante : Qui a peur des élections ?
Je conclurais provisoirement par une question que la journaliste de Jeune Afrique n’a pas pu, ou voulu poser à Dadis.
Lansana Conté aurait laissé un Etat Sauvage et des caisses vides. Son fils Ousmane Conté est en prison pour parait-il trafic de drogue. Les capitaines Dadis et PIVI étaient ses amis intimes. Il semblerait même que M. Dadis partagerait avec lui la propriété d’une boîte de nuit à Conakry.
Question : Monsieur le chef de la junte. Pouvez-vous me démentir sur ces points ?
Vous avez reconnu vous-même que vous étiez au pont du 8 novembre lors des journées de Janvier et Février 2007. Pouvez-vous jurer que vous n’avez ni tuer, ni donner l’ordre de tuer durant ces journées ?
Pivi est un authentique criminel de type crapuleux. Pensez-vous avoir préservé la Dignité de votre pays en le nommant « ministre ? ». A mon avis, la place de PIVI et de ceux qu’il a recrutés, c’est devant les barreaux afin qu’ils répondent de leurs crimes.
Mamadou Billo SY SAVANE (Rouen)
Pour www.guineeactu.com
NB : je parle en mon nom. J’assume bien entendu ce que j’écris. Je pense être plus légitime que le CNDD, exclusivement composé de tueurs et de pilleurs. Je n’ai jamais tué personne, ni pillé un centime de mon pays. Le CNDD ne peut pas en dire autant. Je suis disposé à débattre avec M. Issa DIALLO de sa nouvelle alliance avec Pivi, quand il veut et là où il veut.
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