La révision des conventions minières a attiré l’attention de l’opinion qui pense que les intérêts de la Guinée ne sont bradés que dans les sociétés exerçant dans ce secteur. Certes, le secteur minier est celui qui devrait rapporter le plus à l’Etat. Cependant, le bradage que l’Etat guinéen a subi dans la reprise de l’UGAR par une pseudo société est d’une arrogance révoltante. Il s’agit ici d’un hold-up financier dont les auteurs se sont longtemps vantés de la manière la plus ostentatoire, en se moquant de nos dirigeants, une fois au-delà de nos frontières. Il est inutile de rappeler que l’Etat n’a presque rien perçu des dividendes de l’UGAR depuis qu’elle a été gratuitement offerte à MENAA Finance en 2003.
Une pratique indigne, même des Républiques bananières ! Après cette recapitalisation initiée à dessein, le Groupe MENAA Finance détient environ 60% du capital de la société. Il prend le contrôle total de l’UGAR. Les représentants de l’Etat et des privés guinéens dans ce conseil ne sont là que pour la forme, attendant de percevoir leurs jetons de présence. La BICIGUI, principal actionnaire privé de l’UGAR, qui aurait vite compris le manège de notre repreneur s’est aussitôt sagement retirée de la société et vendu ses actions dès la fin de l’année 2003.
Avec sa position dominante, les patrons de MENAA Finance puis de MAGHREB Invest se donnent le droit de décision et de retrait sur les comptes de l’UGAR à l’étranger, notamment à la Caisse d’Epargne et à la BNP PARIBAS en France, alimentés pour plus d’1 million d’Euros au début de 2003. Le Conseil d’Administration devient un organe d’exécution.
Avec une Direction par eux installée, qu’ils traitent et maltraitent à leur guise, tout leur est permis : L’animation d’un lobby au Secrétariat général à la Présidence dans les années 2003 et 2004, ayant facilité la ratification et la promulgation de la nouvelle convention ; les retraits et virements de fonds sur les comptes de l’UGAR tenus en France dont entre autres 400 000 Euros et 95 000 Euros transférés les 1er et 26 juillet 2004 en faveur de MENAA Finance de la Caisse d’Epargne à la Banque Générale de Luxembourg pour des motifs ainsi libellés : «recapitalisation de l’UGAR » et « virement trésorerie », les surfacturations abusives pour des services non rendus, en faveur des sociétés écran comme NAG, AMG et AFRIPUB International appartenant aux administrateurs tunisiens : NAG (North Africa Group) a son siège à Tunis, alors que AMG et AFRIPUB ont leur siège à Al Khaimah aux Emirats Arabes Unis, avec la même adresse ; les achats d’actions fictives de la manière la plus irrégulière, avec les fonds de l’UGAR, dans des sociétés en Guinée (Hôtel le ROCHER, CGES) et à l’étranger (FIFFA ASSURANCE) ; l’achat d’un logiciel estimé à 300 000 Euros qui n’est toujours pas performant depuis 2 ans. La société continue de travailler avec l’ancien logiciel hérité du Groupe UAP. Des concurrents sérieux et mieux disant ont été évincés dans l’appel d’offres, rien que pour permettre à MAGHREB Invest de sucer UGAR.
Après avoir atteint son objectif personnel, en se faisant offrir la société au franc symbolique et dilapider les fonds de celle-ci, Denis CHEMILLIER-GENDREAU, fondateur de MENAA Finance, a vendu UGAR en 2006 à une autre société fantôme dénommée MAGHREB INVEST, créée par ses beaux-frères tunisiens et également immatriculée au Luxembourg.
UGAR est aujourd’hui gérée par cette société, dirigée par M. Riad ZAOUI. Partenaire de première heure de Denis, Riad ZAOU est aussi le Patron de NAG et de AMG.
Dans cette optique de dilapidation des fonds de la société, le poste de Directeur financier est confisqué et géré par eux. Autant de pratiques contraires à l’orthodoxie, affaissant la société à petit feu, privant l’Etat et les petits actionnaires de leurs droits les plus légitimes. Pour avoir critiqué ces réalités, certains cadres auraient été mis en quarantaine sur ordre des principaux décideurs du conseil d’administration. Des critiques pourtant objectives qui auront valu le départ prématurément sollicité ou forcé de la dizaine de cadres qui n’ont pas eu de la peine à monnayer leurs immenses talents et leurs fécondes expériences ailleurs.
Il aura fallu justement ces critiques pour emmener nos partenaires à orienter une partie de des fonds de l’UGAR en Guinée, avec les vieux projets immobiliers dont celui de Sandervalia. A l’origine, ce projet devait être réalisé en France au profit de Denis CHEMILLIER-GENDREAU et sa clique. Les fonds engloutis (plus de 10 milliards ; ce qui est exagéré pour un tel immeuble) devraient être soumis à un audit car l’argent qui y est investi est prélevé sur la trésorerie de la branche IARD au lieu de la branche vie.
Ibrahima KEITA
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com