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Il se pourrait qu’en Guinée il n’y ait pas suffisamment à manger mais les possibilités de boire et de fumer n’y manquent pas. Je ne parle pas d’eau ou de tabac mais des substances que vous devinez tous !
Tout est si particulier en Guinée qu’on se demande si ce n’est pas le pays même qui est, par nature, ubuesque. Un de nos compatriote de Labé, Modi Mamoudou Diallo, boutiquier de 45 printemps, serait mort le 15 juin 2009, suite à l’agression d’un charognard (il s’agit, cette fois-ci, de l’oiseau et non d’un quelconque exploiteur politique ou administratif). Le volatil criminel aurait été arrêté et exécuté par des jeunes du secteur sans autre forme de procès ! Que Dieu accorde à la victime (M. Diallo, bien entendu) le paradis. Maintenant les vautours ne se contentent plus de la charogne (serait-elle devenue rare ?) mais attaquent des opérateurs économiques. On n’est plus en sécurité. Que font Pivi Coplan et ses hommes ivres ? Ne nous avait-on pas laissé croire, sans prudence, que ce tueur de policiers était « père de sûreté » ?
J’avoue ne plus savoir où va mon pays ! La junte militaire qui le gouverne est encore plus dure que la jante métallique d’une roue de camion. La transition est devenue du provisoire qui dure et les perspectives sont sombres. Le pays n’est pas gouverné mais dirigé au jour le jour par des médiocres conseillés par des nuls. Et si celui qui est à la tête de l’Etat n’avait plus sa tête ? Certains disent que Dadis serait fou. Personnellement, je n’en sais rien. Je constate simplement qu’un homme normal ne se comporte pas comme lui : il allie l’incompétence, ce qui est regrettable, à l’arrogance insupportable et à l’impolitesse impardonnable. Il a échoué au point que ses courtisans se font discrets, chacun amassant vite ce qu’il peut dans ce pays où qui n’a rien n’est rien.
Par fanfaronnade, certains parlent de Dadis en le qualifiant de numéro 1 de la junte. En réalité, cela suppose l’existence d’autres numéros (2 ou 3, etc.). Je ne sais pas ce qu’est devenu le général Toto (serait-il tiré définitivement par Nama ?) mais le général Parousky (ou El Tigre) devient moins visible ces derniers temps(ne serait-il pas à Varsovie pour des soins ? Paraît-il qu’il serait fatigué sans qu’on ne sache de quoi ou de qui). Dans ces conditions, Dadis n’est pas le numéro 1 mais le numéro unique qui aurait une peur bleue de ses compagnons en kaki.
Je ne reviendrai pas sur les propos récents tenus par Dadis à l’égard de l’ambassadeur de la RFA. Je m’interroge seulement sur la qualité de la formation qu’il se félicite d’avoir reçue en Allemagne. J’ai souvent visité ce pays et fréquenté ses habitants qui, contrairement à la légende, sont d’une finesse insoupçonnée. Je crois que Dadis n’a dû se contenter que l’aspect physique de son stage en Allemagne sans en apprendre la discipline et la courtoisie. Il s’est révélé diplomatiquement apocalyptique. Tout récemment, il a voulu rencontrer les leaders politiques. Ce fut un échec, 18 seulement des 81 partis agréés (voyez comme tout est inversé en Guinée, même l’ordre des chiffres) ayant répondu à l’invitation du chef de la junte. C’est lui qui demande, oh ironie, aux diplomates de rendre compte de la politique de chaise vide pratiquée par les forces vives. La politique de Dadis n’est pas à géométrie variable, elle est plutôt friable !
Dadis a-t-il des soutiens à l’extérieur du pays qu’il n’ose pas quitter ? Les groupuscules qui s’étaient formés, dans l’espoir d’un gain quelconque, n’ont pas de consistance, numériquement et intellectuellement. Un de nos doyens, respectable mais qui commençait à ne plus bénéficier de respect, vient désespérément de tout lâcher. On a quand même l’âge de ses artères et il faut se féliciter que le réalisme ait prévalu sur la volonté de résister au vertige. Malheureusement, un autre compatriote, physiquement plus solide, se cramponne dans un soutien irraisonné à la junte et à son chef. Quand comprendra-t-il qu’il n’aura rien de positif de cette junte ? Je souffre pour lui. Il finira par tout lâcher, faute de lianes et sa chute sera d’autant plus douloureuse qu’il n’y aura aucun matelas gonflable pour l’amortir. Notre frère Sy Savané avait tiré sur cet ambulant et ne l’a pas raté. Son combat solitaire continue. Chacun trouve son plaisir là où il peut, même comme martyr.
A l’extérieur, Dadis cherche en permanence des alliés. Il vient d’ailleurs dans un discours dont le débit lui ôte tout crédit de tendre, peut-être pas la main, mais un doigt à la diaspora guinéenne. Comme toujours, je ne critique pas pour le plaisir de le faire. J’attends de voir si ça foire ou pas.
Au fait, parlons des relations entre les diaspos et les partis politiques guinéens. Je suis effaré par le comportement de ces derniers à l’égard des Guinéens à l’extérieur (pour moi, il n’y a pas de Guinéen de l’extérieur, mais des Guinéens dont certains résident à l’extérieur de leur pays d’origine). Si certains partis sont indifférents à leur égard, d’autres leur sont viscéralement hostiles, arguant stupidement que seuls ceux qui vivent en Guinée souffrent ! Ces partis ne sont intéressés que par l’aide matérielle et financière des diaspos mais ne font rien pour faciliter à ces derniers leur possibilité de voter. Il faut que cette situation se clarifie ! Vous voulez tout de quelqu’un mais vous ne voyez en lui qu’un rival ! C’est inacceptable !
Je demande aux diaspos de comprendre l’expression « Aidez-nous même en restant où vous êtes » qui signifie « Donnez-nous de l’argent, envoyez-nous du matériel technique, médical, informatique, etc., soutenez-nous par vos écrits, etc. mais ne venez pas ! ». Ceux qui qualifient les diaspos par « les autres » sont souvent leurs propres frères qu’ils financent à fonds perdus !
Je prends un exemple dans ma propre famille. Mes proches ( qui se trouvent à des milliers de km de moi) me disent toujours : « Moussé Kylé, où que vous vous trouvez, dites simplement Amen car nous prions Dieu pour vous ! » Pourquoi les obéirais-je, ne sachant pas s’ils prient Dieu que je leur donne tout ce que je possède, au détriment de mes enfants ? Ce cas est fréquent !
Pour le moment, Dadis a marqué théoriquement un point par rapport aux partis politiques en caressant les diaspos dans le sens du poil. Ce n’est pas suffisant. On est loin de 20 sur 20. S’il faut noter nos dirigeants, je dirais que pour le moment, c’est vin sur vin pour Dadis même s’il y met de l’eau ! Pour Sékou Touré, ce n’était pas 100 sur 100 mais sang sur sang !
Dans ces conditions, comme Dadis ne veut pas quitter le pouvoir en le rendant aux civils et qu’il est en quête permanente de prétexte pour se maintenir, la junte devrait s’auto nettoyer en l’écartant. Il n’a jamais été l’homme de la situation. On pensait qu’il allait engager une rupture avec le système Conté, il a renforcé la jointure avec ce système. Il brandit la menace d’un éclatement du pays. La Guinée a beaucoup de mines mais elle n’est pas assise sur une mine et ne risque aucun éclatement. Le danger pour la Guinée, ce sont ses militaires qui en sont les premiers pourvoyeurs de violence. Un militaire peut être démocrate mais un gouvernement militaire n’est jamais démocratique, surtout si ses membres ne sont pas des lumières mais éblouis par les honneurs.
Je plaide donc, faute de mieux, pour la disparition médiatique de « Dadis 1er, ayatollah des armées » qui constitue aujourd’hui le principal obstacle à l’instauration d’un Etat de droit et qui ne cesse de brandir le spectre de la division. Je souhaite, comme pratiquement tout le monde, une Guinée unie où une région naturelle ne doit pas avoir de chef naturel mais donner au pays un leader national. Egalement une Guinée laïque, c’est-à-dire une séparation du fétichisme et de l’Etat.
Je vous salue, mes chers compatriotes.
Ibrahima Kylé DIALLO Directeur de www.guineenet.org
www.guineeactu.com
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