mercredi 23 septembre 2009
Comité d’audit ou le chantage politique du CNDD (1ère partie)
Lamarana Diallo

Dans un article que j’avais publié en mars, j’avais noté que la Guinée était sous le règne du fantasme avec Moussa Daddis Camara et son CNDD. Beaucoup de choses ont été écrites sur cette transition et rarement en positif parce que tout simplement le positif est difficile à déceler au sein d’une administration qui navigue à vue, avec une transition sans véritable ligne conductrice et un président qui confond les concepts, confisque tout et s’illustre par la gestion-spectacle.

 

Dernièrement, Dadis Camara est revenu sur les audits. En estimant qu’il avait la possibilité d’éliminer des candidats à travers ce processus mais qu’il ne le fera pas. Désolé, capitaine, un audit ne pourra à la rigueur qu’aider les électeurs à mieux se décider, en clarifiant la situation pour les uns et les autres. Mais il ne pourra pas éliminer un candidat car tout citoyen qui jouit de ses droits civiques et politiques peut se présenter.

 

Au fil du temps on se rend compte que le CNDD essaie d’utiliser les audits comme un chantage politique pour faire accepter la candidature de son président. « Il ne faut exclure aucune candidature », disait le général Sekouba Konaté à Fria.

 

Capitaine, un audit dans notre pays n’a pas pour objectif principal l’élimination, ou non, de concurrents politiques. A mon avis l’objectif devrait consister à faire un état des lieux, identifier les faillites, situer le degré de responsabilité des différents gestionnaires et aider à récupérer ce qui peut l’être, par voie de justice ou à l’amiable. Mieux, l’audit doit surtout faire des recommandations qui, si elles sont correctement appliquées, permettront, d’une part, de prévenir la répétition du gâchis que nous avons vécu sous Lansana Conté et, de l’autre, d’améliorer l’efficacité de l’administration en termes de système de gestion des derniers publics.

 

Un audit est une « forme d’expertise qui vise fondamentalement à assainir les finances publiques (…) » disait récemment un journaliste de la RTG à Koloma. Mais une définition plus complète est que c’est une opération menée par des professionnels qui consiste à vérifier et à confirmer si les transactions au sein d’une entité sont libres de toutes erreurs ou fraudes susceptibles d’affecter matériellement la vue équitable et juste de la situation financière de l’entité en question pour une période donnée, généralement une année fiscale.

 

L’opération d’audit doit également confirmer si les états financiers et comptables de l’entité ont été préparés conformément aux règles et lois en vigueur applicables dans la juridiction dans laquelle évolue l’entité auditée. L’entité ici pouvant être une compagnie, un département ministériel, une organisation entière, etc. Dans le cas précis de l’audit des secteurs publics, l’opération doit également permettre de vérifier que l’argent public est dépensé de la façon la plus économique possible sur les projets d’utilité publique.

 

Ainsi l’opération d’audit pour atteindre ses objectifs doit impérativement évaluer les systèmes de gestion et de contrôle, le personnel, et identifier tout problème qui impacte sur la bonne marche de l’entité et faire des recommandations pour améliorer la performance de ladite entité

 

L’auditeur est quelqu’un qui a une expertise qui s’acquiert à l’issue non seulement d’une étude spécialisée mais aussi et surtout d’une expérience professionnelle sanctionnées par un diplôme d’auditeur, d’expert comptable, d’expert comptable certifié, etc. Son travail doit être non seulement professionnel, mais il doit aussi être perçu comme tel. C’est pourquoi la profession est régie par un certain nombre de principes fondamentaux.

 

Ces principes peuvent varier selon les associations professionnelles auxquelles appartient l’auditeur. Mais toutes les associations mettent un accent particulier sur les principes d’objectivité et d’indépendance, d’intégrité, de la compétence professionnelle, sans lesquels un auditeur ne peut mener un travail sérieux. Ces principes sont élaborés et mis en place pour rassurer le public sur l’intégrité de la profession et du processus d’audit.

 

D’après l’association des experts comptables certifiés (en anglais Association of Chartered and Certified Accountant/ ACCA) le conflit d’intérêt et la familiarité avec les personnes ou entités à auditer constituent une sérieuse menace à l’objectivité et à l’indépendance de l’auditeur, pendant que la compétence professionnelle est une condition indispensable à l’exercice irréprochable du métier.

 

Tout ceci pour dire que le comité d’audit que le CNDD a mis en place ne réunit pas les conditions nécessaires pour entreprendre un travail d’une telle portée historique et d’une envergure nationale pour notre pays. A l’allure ou vont les choses, l’opération va complètement rater son but. Pire, l’opération risque de précipiter notre pays vers une situation d’affrontements, plus grave que la candidature du capitaine Dadis, du fait des manœuvres politiciennes qui l’entourent.

 

L’arrivée récente du Dr. Ousmane Kaba au sein du comité d’audit a relancé le débat sur la qualité de ses membres. Comprenons-nous très bien, je ne connais pas le Dr. Ousmane Kaba et je ne mets pas en doute son intégrité ou sa compétence dans certains domaines, notamment l’économie et l’entrepreneuriat. Mais sa présence dans le comité d’audit et de contrôle nous met en face d’un conflit d’intérêt flagrant et justifie le scepticisme grandissant qui gagne les guinéens au sujet de ces audits.

 

Dr. Ousmane est, en effet, un membre du bureau exécutif de l’UFR en sa qualité de vice-président chargé du développement économique. Il est ancien ministre de l’économie et des finances, du plan et de la coopération internationale et un ancien haut responsable de la Banque Centrale de la République de Guinée. Donc, il va siéger dans un comité qui va auditer tour à tour son patron à l’UFR, ses anciens collègues du gouvernement (il a certainement des amis et peut-être même des ennemis parmi eux et donc une familiarité indiscutable avec les sujets à auditer), ses potentiels adversaires politiques et, plus incroyable, sa propre gestion.

 

Par ailleurs, Dr. Ousmane Kaba dirige une institution qui a des contrats lucratifs avec l’Etat. Son Université (Koffi Annan) recevrait une enveloppe estimée à environ 17 milliards de francs par an pour la formation des étudiants dans son institution. Je n’attaque pas le contrat mais il est indispensable que les détails de sa négociation soient mis dans le domaine public par souci de transparence. Surtout que le contrat remplit les critères pour un appel d’offre public et Koffi Annan n’est pas la seule université privée du pays. Est-ce que l’Etat n’aurait pas pu gagner un meilleur contrat au travers d’un appel d’offre public?

 

Au regard de tous les liens humains et financiers cités ci-dessus, Dr. Ousmane Kaba ne peut et ne doit pas siéger dans le comité d’audit, et les assurances qu’il donne ne changent en rien l’impertinence du choix de sa personne. En acceptant cette nomination, Dr. Kaba démontre éloquemment son manque d’expérience professionnelle dans le secteur car tout auditeur aurait simplement soulevé ces questions liées au conflit d’intérêt, à son manque d’expertise et sa familiarité avec les anciens gestionnaires visés par les audits pour poliment repousser toute approche de la part du CNDD. Sa seule présence est une menace pour la crédibilité des audits.

 

Certains collaborateurs de Dr. Kaba au sein du comité d’audit sont aussi contestables pour diverses raisons. Le président du comité est un général de l’armée qui brille par son ignorance de la comptabilité et des finances, d’après son propre patron Moussa Dadis Camara. Disqualifié donc pour manque d’expérience professionnelle. Me Mathos, un autre poids lourd du comité, est intimement lié à la vente scandaleuse du complexe de FRIGUIA (un dossier à auditer !).

 

Mais le plus contestable de tous demeure le ministre Alhassane Onipogui pour cause de moralité douteuse car il est cité dans de nombreux scandales financiers au ministère des mines. Il se refuse à comparaître à la cour pour blanchir sa réputation et sa seule défense à ce jour est de dire qu’il n’a jamais été gestionnaire mais inspecteur (cf interview qu’il a accordée à Guinéennes en début d’année). Soit ! Mais la firme Arthur Anderson n’a jamais dirigé Enron non plus, mais elle fut reconnue coupable de complicité de fraudes par la justice américaine pour son rôle dans la faillite d’Enron.

 

Un autre conflit, et non des moindres, est la nature et le niveau de la rémunération (10% des sommes récupérées) accordée aux membres. Ces montants sont inadéquats pour ce type de travail et pourraient présenter un risque réel pour la qualité du travail du comité. Le cas d’Arthur Anderson ayant démontré que le goût du gain peut sérieusement affecter le jugement de l’auditeur et la perception de l’audit. Une situation qui a suscité de profondes réformes dans de nombreux pays, notamment les Etats-Unis où il est interdit à toute firme d’audit d’offrir d’autres services (taxation, consultation ou conseils) à sa clientèle.

 

 

Lamarana Diallo, Londres.

 

www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Farba Makka, mercredi 23 septembre 2009
Excellente analyse. Merci et félicitation!
mamadi Condé, mercredi 23 septembre 2009
Bravo et merci mon frère Lamarana c`est l`un des écrits les mieux élaborés dans le contexte actuel sur les audits. Je ne m`y connais point en Eco Finance mais je constate seulement que la quasi totalité des Guinéens pensent que les audits n`ont qu`un côté négatif alors qu`on peut aussi auditer une personne et prouver qu`il à bien gerer. Je pense aussi que l`audit consiste à verifier si les procedures misent en place ont été suivies comme telles. Toutes ces 3 personnes citéés sont sifflés hors jeu. Sekouba ne pourra qu`acquiessé sa tête OK OK OK quand on lui soumettra les rapports !! qui peut prouver le contraire ? PERSONNE D`ailleurs ces audits reviennent en retard vous vous souviendrez qu`a le 23 Décembre 2008 c`était la récitation du CNDD non ? en plus de la lutte contre les trafiquants de drogue. Quelques temps après le spectacle télévisé de Dadishow, les audits ont été classées dans un tiroirs non et un auditeur(pauvre M.Baldé)en a fait les frais de façon injuste. Nous n`avons constaté aucune faute lourde ou grave de sa part. Depuis Decembre jusqu`a aujourdhui, il y eu trop de retard dans les "BONNES intentions du CNDD " Selmon l`humeur de son chef. M.Onipogui est un poltron point à la ligne sinon Kanté qui est en prison lui lance un défi en public pour qu`il s`explique mais helas c`est pas digne moi à sa place je serai venu si je me reprochait de rien et si j`étais coupable j`allais assumé. La dignité est une richesse que tous les hommes ne peuvent possédés c`est dommage pour ce beau pays. Mais Dieu ne nous abandonnera pas? Sommes entrain de traversé juste des soubresauts

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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