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Dans le cadre des rencontres périodiques organisées par l’association Demain La Guinée (DLG), présidée actuellement par notre concitoyen Aboubacar Fofana, un colloque s’est tenu le samedi, 12 janvier 2008, à la Bourse de travail de Paris. Thème des débats : « Guinée : Bilan et perspectives un an après les événements de Janvier-Février 2007 ». Prévu pour 14 heures, le colloque s’est ouvert à 15 heures, pour laisser aux participants le temps d’arriver. La rencontre n’a pas fait salle comble, mais les débats ont été très enrichissants et dignes d’intérêt. Invitée par les organisateurs, Mme Makalé Camara, l’ambassadeur de Guinée en France, n’a pas pu venir, mais elle a tenu à se faire représenter par le Consul, Mohamed Lamine Condé. Après avoir rappelé succinctement que DLG a vu le jour pour répondre à la nécessité de créer un cadre d’échanges entre les Guinéens, Aboubacar Fofana a lancé les débats. Désigné comme modérateur, Lanciné Camara, président de l’Union internationale des journalistes africains (UIJA) a, d’entrée de jeu, planté le décor : « Nous marchons sur des œufs, mais notre pays doit avancer ». Le premier intervenant a été l’écrivain et dramaturge Nour Bokoum, principal animateur de l’association Odyssée 2010. Dans une intervention passionnante intitulée « La Guinée, demain ? », il a rappelé, dans un niveau de langue élevé, les différentes péripéties de l’évolution politique de la Guinée. Selon lui, 1958 a conduit au camp Boiro, 1984 à la dictature militaire, et Janvier-Février 2007 à Janvier 2008, c’est-à-dire à la cacophonie des syndicats. Il met sévèrement en accusation les intellectuels avec cette déclaration péremptoire : « Les dictateurs sont souvent amenés au pouvoir par les intellectuels ». Alpha Sidoux Barry, journaliste et président de l’agence Conseil & Communication International (C&CI), a indiqué que la principale leçon à tirer des événements de Janvier-Février 2007 est la nécessité historique de mettre sur pied de nouvelles institutions républicaines dans le cadre d’une nouvelle Constitution qui interdirait toute dérive autocratique. Il a présenté, en tant que porte-parole du Comité des Doyens de la communauté guinéenne les propositions de ceux-ci en vue du « Dialogue de Réconciliation Nationale et pour le Changement », qui devrait se tenir en marge de la célébration du 50 ème anniversaire de la République, le 2 Octobre 2008 prochain. Il a été appuyé dans ce sens par le professeur Amadou Sadio Bah, de Rouen, animateur de l’association Comité des Initiatives Citoyennes (CIC). Le colloque a été marqué par une houleuse controverse entre trois éminents juristes, en l’occurrence Nabbie Baby Soumah, ancien président de DLG, Ibrahima Makanéra, membre de DLG, et l’un des participants, Lamine Kaba, à propos du conflit de compétence entre le président Conté et le premier ministre Kouyaté. Dans un savant exposé, Ibrahima Makanéra a expliqué qu’il n’y a pas de conflit de compétence entre les deux chefs de l’exécutif guinéen car il ne peut y avoir deux règles sur la même matière juridique. Le Président ayant délégué, sous la contrainte il est vrai, une partie de ses prérogatives au Chef du gouvernement, les ministres sont responsables devant le Premier ministre et c’est celui-ci qui doit répondre devant le Président. Par conséquent, le Président peut limoger son délégataire, en l’occurrence le Premier ministre, mais pas un simple ministre. Nabbie Baby Soumah s’est inscrit en faux contre cette interprétation du droit constitutionnel. Selon lui, il y a une primauté absolue de la Loi fondamentale, c’est-à-dire la Constitution, et du suffrage universel qui a investi le Chef de l’Etat. Lamine Kaba a abondé dans le sens de Nabbie Baby Soumah, même si, au final, ces deux juristes n’en tirent pas les mêmes conclusions. Appelé à la rescousse, le directeur de publication du journal La Nouvelle Tribune publié à Conakry, Abdoulaye Condé, a pris fait et cause pour le premier ministre Kouyaté. Curieusement, ses explications sur le limogeage du ministre de la Communication, Justin Morel Junior, ont paru confuses, ce qui est surprenant de la part d’un journaliste de haut niveau. Car ce qui caractérise le métier de journaliste, c’est la clarté, la précision et l’exactitude des faits relatés. En fin de compte, le président de DLG a clos la conférence à 18 heures et les participants se sont séparés en restant un peu sur leur faim car le conflit Conté-Kouyaté n’a pas été éclairci. Le débat se poursuivra sans doute sur le Net. La Rédaction de guineeactu.com
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