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L’heure est venue de dresser un bilan du colloque des 27 et 28 septembre derniers organisé par la FAGAF. Des intervenants et des participants de qualité ont participé à des échanges d’une grande richesse, ils ont élevé le débat et amené chacun à engager le dialogue. Malgré les divergences de point de vue dans certains cas, les échanges se sont déroulés dans le calme. Les orateurs ont fait partager au public leurs expériences, leurs combats journaliers pour certains, dans un engagement sincère qui ne s’est pas démenti au cours de ces deux jours. Les participants, peu nombreux mais très concernés par l’avenir de la Guinée, ont suivi pour la plupart pendant deux jours à apporter leur soutien, leur témoignage lors de cette manifestation. Ils ont fait preuve d’un enthousiasme qui laisse augurer un dévouement à la cause de la Guinée qui sera fort utile dans les heures difficiles qu’elle traverse. Je salue : Monsieur Ahmed Tidiane SOUARÉ, Premier ministre de la Guinée qui a dépêché, Monsieur Oury BAH, Ministre de la réconciliation nationale qui a participé à la quasi-totalité des débats et répondu avec la plus grande clarté à toutes les questions et interpellations du public ; Monsieur Olivier STIRN représentant Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République Française et Madame Evelyne STIRN, venus apporter leur soutien aux enfants et jeunes de la Guinée, pays qu’ils apprécient particulièrement ; Monsieur André BAILLEUL, représentant Monsieur Brice HORTEFEUX pour les questions de développement solidaire ; Madame Aïcha BAH DIALLO (UNESCO) pour son expérience ; Madame Jeanne Martin CISSE, ancienne représentante de Guinée aux Nations Unies, venue expressément de Washington qui tenait à participer à cette rencontre ; Monsieur Halasane BARRY, ancien président du FORIM ; Les jeunes de l’intérieur, Messieurs Lama BANGOURA, Biro DIALLO, Maître Mamadou Saliou DIALLO et Melle Halimatou KOUROUMA (excusée car hospitalisée d’urgence à son arrivée sur le territoire français) avec leur témoignage sur leur vie en Guinée, leurs difficultés mais surtout leurs initiatives et leur travail sur le terrain ; Les jeunes de l’extérieur, affirmant leur fierté d’être Guinéen et prêts à y retourner pour le développement de leur pays ; Les délégations venues expressément d’Europe représentées par Monsieur Atigou DIALLO ; La délégation des Etats-Unis et du Canada représentée par Monsieur Ibrahima SYLLA ; Une délégation malienne, membres du Club Ahmed Sékou Touré, représentée par Maître Mariame Diawara et l’historien Malien Professeur Modibo DIAKITE avec une contribution sur l’histoire de la sous région ; Et tous les autres intervenants que vous retrouverez en détail sur le site de la FAGAF. Les analyses économiques et sociales sur la Guinée, développées par les participants qu’ils soient Guinéens de l’intérieur ou de l’extérieur, sont d’une grande lucidité. La situation du pays est plus que préoccupante compte tenu de la pauvreté de la majorité des Guinéens et de la paupérisation galopante des populations. Les infrastructures sont inexistantes ou peu opérationnelles, la distribution d’eau et d’électricité, n’est même pas assurée de façon continue dans Conakry. L’état sanitaire est déplorable, et la scolarisation des jeunes et des enfants se passe dans des conditions extrêmement difficiles. Face à ce triste constat, les perspectives de la Guinée restent fabuleuses, tant du fait de sa richesse minière et hydraulique que potentiellement agricole. Mais ce qui constitue le premier capital de la Guinée est son potentiel humain : elle est en effet dotée d’une population jeune et dynamique prête à s’investir pour réussir. Quatre de ces jeunes Guinéens sont venus pendant ces deux jours, ils se sont révélés entreprenants, mobilisés, travailleurs et patriotes croyant en leur pays. Ils n’ont pas peur de s’investir pour faire progresser et bouger un système souvent statique. Quelques jeunes Guinéens issus de l’immigration étaient aussi présents dans la salle, ils ont affirmé leur statut d’enfants de la Guinée et réaffirmé leur engagement pour elle. Monsieur Oury BAH, Ministre de la réconciliation nationale, issu de l’opposition politique, a éclairé le public sur le travail entrepris par l’actuel gouvernement, les difficultés rencontrées, les dossiers urgents en cours. Il a mis l’accent sur la moralisation des fonctionnaires de l’Etat, sur le travail en profondeur de modernisation de l’Administration. Il a souligné l’ampleur et la difficulté de la tâche. En matière de développement Solidaire Monsieur André BAILLEUL, a évoqué quatre volets importants : l’appui des initiatives privées, l’appui au développement local, le réinvestissement intellectuel, des cadres Guinéens de la diaspora et la reconnaissance des jeunes cadres Guinéens de l’étranger. Madame Evelyne Stirn a elle suggéré la mise en place d’un plan de développement afin de sortir du système de l’assistanat avec comme arme la démocratie, par le biais entre autres de contrats équitables pour les exploitations minière et agricole. Messieurs Mamadou Saliou DIALLO, Lama BANGOURA et Biro DIALLO ont insisté sur la bonne gouvernance et sur la promotion de l’application du Droit en Guinée, tout en condamnant le népotisme. Un outil de contrôle juridique : la mise en place d’un dispositif qui sera une interface en charge de conseiller les investisseurs. Ainsi que la vérification des documents administratifs. En matière d’éducation, Aicha BAH-DIALLO a mentionné les progrès impressionnants en Afrique, tout en déplorant que la petite enfance soit négligée. Elle a relevé qu’il était essentiel de développer le matériel didactique, les médiats et d’encourager les nouvelles technologies. Et, si pendant ces journées, le grand potentiel touristique de la Guinée a été reconnu, l’attrait de touristes est grandement freiné par la très médiatisation du pays et par le climat d’insécurité qui règne, tant que les violences de droits à la personne continuent d’avoir lieu. La diaspora a été reconnue comme créatrice de richesse et créatrice d’emploi, et il a été avancé qu’une institutionnalisation de celle-ci permettrait la création de partenariats pour le développement. Monsieur Oury BAH ministre de la réconciliation nationale, a ainsi proposé que la diaspora fasse une description de sa contribution au cours de des 50 dernières années. Les femmes de la diaspora plus particulièrement, parmi lesquelles deux élus de collectivités locales en Iles de France, ont-elles aussi enrichi les échanges en témoignant de leur expérience, de leur tristesse de voir leurs parents plongés dans la misère au pays et de leurs tentatives pour leur venir en aide. Tout d’abord la participation médiocre voir quasi inexistante de la diaspora parisienne durant ces deux jours. Pourtant il n’est pas de jour, essentiellement sur le net, que les guinéens de l’extérieur dénonce la situation en Guinée et déplorent avec hargne et agressivité é leur écartement de la vie politique guinéenne et un certain ostracisme à leur égard. Or, durant ce colloque, ils leur étaient donné la possibilité d’interpeller un ministre du gouvernement de rencontrer les Guinéens de l’extérieur qui avaient fait le déplacement à leurs frais. Je ne peux décrire la déception de ces jeunes qui pensaient vraiment pouvoir échanger avec de nombreux jeunes issus de l’immigration et de nouer des contacts fructueux avec eux. Par ailleurs, cette absence de mobilisation a permis à une personne de la délégation malienne de souligner de façon cinglante les manquements de cette diaspora qui ne peut s’organiser pour aider son pays d’origine et, qui plus est, ne prend même pas la peine de se déplacer pour tenter de trouver des solutions. Elle a pu se permettre de faire la leçon aux Guinéens avec les 26 millions d’euros générés chaque année par la diaspora malienne en direction de son pays et des centaines de dossiers de co-développement déposés. Ensuite, les grands absents de ce débat étaient les élus et représentants des groupes politiques de la Guinée. Malgré des invitations formelles à chaque président des partis politiques guinéens, seul Monsieur Mamadou BAH, président d’honneur de l’UFDG, est venu participer aux débats. En ce qui concerne, les élus guinéens, M Aboubacar SOMPARÉ, Président de l’Assemblée Nationale, avait annoncé sa venue dans un courrier adressé à la FAGAF. Il ne s’est pas déplacé et n’a pas présenté d’excuses. Cette défection pose le problème de la crédibilité des représentants du peuple guinéen sur le plan international. De plus, leur légitimité est elle aussi remise en cause, vu que le renouvellement aurait dû se faire 2007. Quant à Monsieur BAH Ousmane Président de l’UPR, après avoir confirmé sa participation par écrit, il n’a plus donné de nouvelles. Je me répète mais il y a un véritable problème de crédibilité chez nos élus, l’engagement à la légère est une catastrophe dans un parti politique, son comportement est méprisable, il est évident que ce n’est certainement pas dans ce parti que je pourrai m’inscrire demain. Cela signifie-t-il que la Guinée doive se passer de la cohésion de sa diaspora pour réussir et devenir un des moteurs de l’Afrique de l’ouest ? La majorité de la diaspora pourra donc continuer à ressasser dans son coin sur les années difficiles sous Sékou Touré, puis sous Lansana Conté et rabâcher jusqu’à plus soif que la Guinée les a laissé de côté. L’histoire de la Guinée est en train de s’accélérer, elle prendra son essor avec ou sans les Guinéens de l’extérieur. Et elle y arrivera tant les Guinéens rencontrés durant ce colloque sont courageux et prêts à se battre pour cela. Ce colloque a été celui de la reconnaissance de la diaspora comme actrice de solidarité et de construction commune, et en aucune façon une tribune visant à la réhabilitation de qui que ce soit. Si une partie de mon ethnie peul, qui m’a condamné à mort lors d’une réunion de TABITAL PULAKU en doutait, qu’elle considère que nous ne saurions empêcher aucun Guinéen de participer à un forum concernant son pays ? Et que si mes parents continuent à s’en émouvoir, qu’ils se rappellent que pour Platon, théoricien de la démocratie, celle-ci est le régime politique le plus fragile puisqu’elle permet à ses adversaires de s’exprimer. Mais paradoxalement, c’est dans cette faiblesse même qu’elle puise sa force. De plus, un événement historique s’est déroulé à la fin de ce colloque, mesdames Jeanne Martin CISSE, ancienne ambassadrice de Guinée aux Nations Unies de Sékou Touré, Madame Aïcha BAH DIALLO, ancienne ministre de Lansana CONTÉ, ayant toutes les deux soufferts des dictatures, Maître Mariam DIAWARA, mesdames CAMARA Aissata et Madame BAH, élues dans des municipalités françaises et Madame KALO communiquant sur l’avenir de la Guinée et jetant les bases d’un nouveau mouvement animé par les femmes de la Guinée, toute origine confondue, afin de parler sans détour des années de souffrances et ainsi préparer un avenir débarrassé des silences oppressants du passé, d’informer les jeunes ignorants de cette histoire et le plus important à travailler pour la mémoire des victimes et aussi à écrire aussi leur histoire produite par les autres. Il ne nous reste plus qu’à choisir : participer activement à cet édifice commun intergenre et intergénérationnel, ou bien rester en dehors de cette histoire et constater amers que nous ne sommes que des immigrés, avec une patrie qui ne nous reconnaîtra même plus et pourra dire avec raison car nous ne sommes pas présent quand elle a besoin de nous. Ismaël BAH, Président de la FAGAF/Co-développement pour www.guineeactu.com
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