jeudi 10 septembre 2009
CNDD, partis politiques et Forces Vives : la confusion
Lamine Camara

Dans une interview accordée à Guineenews.org, le conseiller du capitaine Moussa Dadis Camara, le diplomate Issa Ben Yacine Diallo dénonce, un demi-siècle d’aventure politique, d’amateurisme et d’éeternel recommencement dans un monde qui avance vite et très vite.

Dans un style très diplomatique, Mr Diallo accuse le CNDD, les partis politiques et la société civile de la confusion dans la quelle le pays est aujourd’hui plonge, relisons le : « La transition peine à raison d’une confusion entretenue depuis le début : confusion sémantique entre le terme transition et changement, et confusion des rôles entre le CNDD, la classe politique et la société civile. Les acteurs de la transition utilisent ces deux termes comme synonymes, ce qui n’est pas correct » et plus loin… Dadis Doit Rester (DDR) ou Dadis Doit Quitter (DDQ) est un faux débat selon le diplomate.

Cependant, force est de reconnaitre qu’avant la prise du pouvoir par le CNDD, les partis politiques, les forces vives, les syndicats etc...qui se battaient pour un changement démocratique existaient déjà. Aucun ne souhaitait l’alternance constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir, parce que cela voulait dire que ceux qui ont mis le pays à genoux allaient encore continuer à le gérer. Le peuple était dès lors psychologiquement préparé à accepter et à soutenir la prise du pouvoir par l’armée.

Le peuple a vécu cette union sacrée derrière l’armée nationale pour la deuxième fois après 1984 car l’armée guinéenne n’a jamais fait un coup d’Etat dans le vrai sens du terme. Elle s’est toujours emparée du pouvoir à la suite d’une vacance et avec la bénédiction d’un peuple réduit à la mendicité par le précédant régime.

En fait le peuple perçoit l’apparition des militaires dans le paysage politique comme une exception, comme une occasion de corriger les gaffes commises dans les régimes précédents, mais jamais comme une composante politique de la nation. Mais malheureusement, l’armée guinéenne ne comprend pas qu’elle doit quitter la scène politique pour s’occuper exclusivement de ce qu’elle doit et sait faire; la défense de l’intégrité territoriale.

Le CNDD, depuis son avènement a posé les jalons d’un régime ‘légal’ avec un programme séduisant et ambitieux de changement économique et social: électrification, adduction d’eau, réforme de l’armée et des forces de sécurité, la lutte contre la corruption, la réforme de l’administration, etc. Donc un programme de long terme pour un gouvernement élu et donc légitime. Un programme qui n’obéit pas à l’esprit d’une transition, qu’il a toujours prôné tout le long de son existence : début de la confusion comme l’a si bien explique le conseiller Issa Ben Yacine Diallo (transition et changement ne doivent pas être confondus).

Ainsi des jeunes officiers militaires diplômés de prestigieuses universités et académies militaires, prédestinés pourtant pour des carrières militaires excellentes, se lancent dans cette inconnue qui est la politique. Un truc qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils ne comprendront jamais. Un truc dans lequel ils n’auront pas de succès et qui va détruire leur carrière militaire.

Aujourd’hui, le capitaine Dadis brandit les comités de soutien, les présidents des CRD et les maires des communes comme preuve de soutien populaire et les serments dans les casernes comme preuve de loyauté des forces armées. Il n’a peut-être pas encore écouté la chanson de l’autre : ‘Vive le président’, ‘A bas le président’. En outre s’appuyer sur le serment d’une armée non républicaine pour gouverner, c’est comme tenir un margouillat par la queue et penser qu’il est votre prisonnier.

Si la politique s’installe au camp alpha Yaya, les partis politiques vont s’y installer aussi. Cette situation va générer des contradictions entre Dadis et ses compagnons du CNDD d’une part et entre le CNDD et la troupe d’autre part. Des règlements de comptes et des révoltes à répétion de la troupe comme sous l’ancien régime seront inévitables.

La répétition du régime militaire du feu général Conte n’est pas souhaitable.

Il est encore possible d’empêcher cette répétition. Dadis n’est pas encore candidat et nous sommes toujours dans l’avant les élections.

Le dialogue entre le CNDD, les partis politiques et la société civile doit reprendre. Dadis et ses compagnons ne sont pas des monstres, ils sont patriotes au même que leurs détracteurs.

Malgré les émotions et les divergences de points de vue, un ‘deal national’ est encore possible. La promesse de rendre le pouvoir aux civils n’est ni compromise, ni brisée. Le CNDD n’a aucun intérêt à se battre contre les partis politiques et la société civile et vice-versa. Le peuple de Guinée aura toujours besoin de son armée comme un facteur de régulateur politique. C’était le cas en 1984 par l’arrêt de l’aventure révolutionnaire du PDG et en 2008 la mise à mort du régime affairiste et narcotrafiquant du feu général Conte.

L’armée guinéenne n’est certes pas une armée républicaine. Cela n’est pas la faute du CNDD. Cette faute incombe aux politiciens qui ont gère le pays depuis 1958.

L’armée n’est pas non plus une bande de ‘lakoudou’ barbares qu’on doit traiter de tous les noms d’oiseaux. Elle mérite respect et protection de la part des partis politiques, de la société civile et du peuple.

Il est aujourd’hui irresponsable de demander à Dadis et au CNDD de quitter le pouvoir et retourner purement et simplement dans les casernes.

Le CNDD et l’armée toute entière méritent d’être récompensés pour les services rendu à la nation, pas seulement sur les champs de bataille, mais surtout pour avoir joué en 1984 et en décembre 2008 le rôle très important de régulateur politique.

Les partis politiques et la société civile doivent négocier avec Dadis et le CNDD en vue de trouver des solutions acceptables qui favoriseraient le retour des forces armées dans les casernes.

Dans cette négociation, les partis politiques et la société civile doivent s’engager :

1.      à moderniser l’armée en la casernant

2.      à construire des logements pour les officiers et sous-officiers

3.      à mettre l’armée à l’abri de la pauvreté et de la misère

4.      à dégager un budget d’entretiens et de financement de carrière pour 10 ans en faveur des membres du CNDD et du gouvernement

5.      à amnistier tout militaire coupable de bavures lors des émeutes et manifestations sous l’ancien régime.

Cette démarche ici sera le prix à payer. Elle est aussi la seule voie pour aboutir a une transition réussie et salutaire pour tous.

En Guinée, nous devons apprendre à récompenser et protéger les citoyens qui ont rendu des services exceptionels à la nation.


Lamine Camara, Columbus, Ohio, USA


www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
TOURE, samedi 12 septembre 2009
Monsieur L Camara votre analyse est bonne je suis daccord avec vous sauf le point 5 car moi je pense que il y a diffference entre bavure et réel intention de detruire; quand on charge un fusil a bal réelle et que l`on tire sur la population; ceci est une volonté manifeste de tuer et ceux là ne sont pas amnistiables les mais je pense qu`on a raté l`occasion dès les lendemains de la prise du pouvoir l`opposition aurait dûe montré sa volonte de dialogue et de reconstruction tant politique que socio-économique pendant ces premières heuresil auraient due se mettre en bloc pour une proposition concrète qui s`attaquerait aux vrai maux du pays mais hélas ils se sont focalisés sur les élections qui en réalité ne reglent pas d`une manière systematique les problèmes existant le cas ne la COTE D`IVOIRE nous sert d`exemple et dans les forces vives il y a trop de melange du genrele syndicat la société civil et les partis politiques n`ont pas les mêmes finalités les un c`est pour les travailleurs; les autres pour la défense des civilses leur conditions de vies et le respect des droit de l`home; les derniers c`est le pouvoir qui bien pratiqué c`est le bien être de la population qui est assuré mais hélas jusqu`a ce jour c`est le contraire alors je me pose une question aujourd`hui faisons nous suffisament confiance a nos homme politique actuelle pour resourdre notre calvaire?, n`est-il pas temp de se tourner vers des hommes nouveaux et jeunes?, accepterons-nous ces anciens dirigeant qui ont pillés ous collaborer directement avec ceux qui ont pillés pour mener les destinés de notre pays,. SACHEZ QUE LES MÊMES CAUSE PRODUISENT LES MÊMES EFFETS; DIEU BENISSE LA GUINEE
Laure K., jeudi 10 septembre 2009
Les points 1, 2, et 5, sont des propositions de bon sens. C`est justement l`absence de bon sens de la part des forces opposées à Dadis, leur refus de situer le régime militaire actuel dans le cadre global d`une action pour sortir la Guinée et les Guinéens de 24 ans de mauvais gouvernement, qui me fait aussi fortement douter de la capacité de nos prétendus "démocrates" civils à changer réellement la Guinée si on les envoie au pouvoir par des élections
abdoul karim BAH, jeudi 10 septembre 2009
je suis tres content de ce propo c`est une bonne idee il faut que monsieur yassine dit tous a dadis parcequ`il est achouafe du pouvoir,je demande aussi a dadis d`accepte ,qu`il sache que la guinee appartient a tous les guineens il n`est pas le seul patriote MERCI BEAUCOUP
Youssouf Bangoura, jeudi 10 septembre 2009
Bonjour Mr camara, suis d`accord jusqu`à ce qu`apparaisse sous mes yeux << il es irresponsable de demander au cndd et à l`armée de retourner dans les casernes >>, dites nous on doit leur demander quoi ? La place d`un militaire se trouve oû aux Etats-unis ? Je pensais que vous vouliez qu`on imite les grandes democraties, coment pouvez vous avoir ce paradoxe ? Vous parlez aussi des services exceptionnels, mais à mon avis personne ne rend à un service exceptionnel à son pays, on fait juste ce pourquoi on est payé, à ce que je sache l`armée guinéenne n`a jamais joué depuis sa creation en 1960 un rôle fondamental pour la guinée à part l`agression portugaison de 1970. Elle avait fait des sacrifices d`accord pour la liberation des autres nations mais pour le sol guinéen non. Dites nous quelles recompenses vous aimeriez qu`on leur donne ? L`Etat guinéen les paye, surpaye même, l`armée guinéenne est le secteur de l`Etat le plus consommateur( non productif) de nos maigres ressources financières, les militaires beneficient des avantages colossaux, un simple caporal qui passe son temps à jouer à la dame touche plus qu`un fonctionnaire d`hierarchie A avec 20 ans de service. Mais peut être que votre eloignement du pays vous fait oublier ces realités, mais sachez que nos militaires par rapport à l`ecrassante majorité de nos compatriotes sur le terrain il y a pas photo.
Souleymane Diallo, jeudi 10 septembre 2009
Monsieur Camara, je ne suis pas souvent d`accord avec vous, mais je trouve que ce texte-ci est assez intéressant. Malheureusement, j`ai écouté notre Président hier qui a répéter qu`il ne lit pas Internet. Il reste à espérer qu`il a parmi ses conseillers quelqu`un qui s`informe sur le net et qui un poids suffisant pour le convaincre avec certains des arguments que vous avez avancé ici. Concernant vos propositions, je voudrais revenir sur deux qui me tiennent à cœurs. Sur la proposition quatre(4), je pense que si le Président et les membres du CNDD sont aussi patriotes qu`ils le disent, ils ne peuvent pas y souscrire car faire avancer la démocratie dans le pays est un devoir pour tout patriote. On n`a pas à réclamer des avantages pour cela. Toutefois, la classe politique, la société civile et l`ensemble du peuple guinéen peuvent et doivent leur accorder un statut particulier en reconnaissance des services rendus s`ils organisent les élections de manière transparente et consensuel pour nous sortir de l`impasse actuelle. Et à cette seule condition. Sur la proposition cinq (5), l`accord d`une amnistie au profit des militaire doit être les résultats d`une reconnaissance des crimes et bavure. Autrement dit, la conduite d`une enquête sur les massacres depuis 1958, l`identification claire des victimes et des bourreaux et la reconnaissance de ceux-ci de leurs fautes. A cette condition, le peuple de Guinée peut accorder son pardon aux repentants et le traduire dans une loi d`amnistie pour qu`on puisse enfin ouvrir une nouvelle page de notre histoire. Autrement, on ne sera jamais à l`abri d`une récidive. Si cette question est résolue, restera la question des crimes économiques. Que faut-il en faire. Du point de vu de l`éthique et de l`équité faut-il amnistier les auteurs de crimes de sang et punir les auteurs de crimes économiques? Je suis d`avis qu`il faille organiser des audits sur la gestion économique de notre pays. Mais, ils doivent être menés dans des conditions de transparence et d’équité irréprochables. Et une fois les coupables identifiés, ils auront le choix entre demander le pardon du peuple ou la contestation des résultats devant les tribunaux et en subiront les conséquences. Et comme vous reconnaissez que la vocation de l’armée ce n’est pas de faire de la politique et que tout ceci devrait prendre du temps, je pense qu’on peut être d’accord que l’urgence pour la Guinée c’est l’achèvement de la transition par des élections libres et crédibles. Le changement étant un processus qui peut et doit aller au-delà de la transition. Un dernier point de ma réaction concerne la mise de l`armée à l`abri de la pauvreté et de la misère. En fait, beaucoup de choses ont été faite au profit de l`armée. Les efforts en matière de lutte contre la pauvreté doivent profiter à tous les Guinéens car les plus pauvres de la nation, ce ne sont pas les militaires. Et leur contribution marginale à l’édification de la nation sont encore faible voire négative au regard des souffrances qu’ils infligent à la population.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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