Dans une interview accordée à Guineenews.org, le conseiller du capitaine Moussa Dadis Camara, le diplomate Issa Ben Yacine Diallo dénonce, un demi-siècle d’aventure politique, d’amateurisme et d’éeternel recommencement dans un monde qui avance vite et très vite.
Dans un style très diplomatique, Mr Diallo accuse le CNDD, les partis politiques et la société civile de la confusion dans la quelle le pays est aujourd’hui plonge, relisons le : « La transition peine à raison d’une confusion entretenue depuis le début : confusion sémantique entre le terme transition et changement, et confusion des rôles entre le CNDD, la classe politique et la société civile. Les acteurs de la transition utilisent ces deux termes comme synonymes, ce qui n’est pas correct » et plus loin… Dadis Doit Rester (DDR) ou Dadis Doit Quitter (DDQ) est un faux débat selon le diplomate.
Cependant, force est de reconnaitre qu’avant la prise du pouvoir par le CNDD, les partis politiques, les forces vives, les syndicats etc...qui se battaient pour un changement démocratique existaient déjà. Aucun ne souhaitait l’alternance constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir, parce que cela voulait dire que ceux qui ont mis le pays à genoux allaient encore continuer à le gérer. Le peuple était dès lors psychologiquement préparé à accepter et à soutenir la prise du pouvoir par l’armée.
Le peuple a vécu cette union sacrée derrière l’armée nationale pour la deuxième fois après 1984 car l’armée guinéenne n’a jamais fait un coup d’Etat dans le vrai sens du terme. Elle s’est toujours emparée du pouvoir à la suite d’une vacance et avec la bénédiction d’un peuple réduit à la mendicité par le précédant régime.
En fait le peuple perçoit l’apparition des militaires dans le paysage politique comme une exception, comme une occasion de corriger les gaffes commises dans les régimes précédents, mais jamais comme une composante politique de la nation. Mais malheureusement, l’armée guinéenne ne comprend pas qu’elle doit quitter la scène politique pour s’occuper exclusivement de ce qu’elle doit et sait faire; la défense de l’intégrité territoriale.
Le CNDD, depuis son avènement a posé les jalons d’un régime ‘légal’ avec un programme séduisant et ambitieux de changement économique et social: électrification, adduction d’eau, réforme de l’armée et des forces de sécurité, la lutte contre la corruption, la réforme de l’administration, etc. Donc un programme de long terme pour un gouvernement élu et donc légitime. Un programme qui n’obéit pas à l’esprit d’une transition, qu’il a toujours prôné tout le long de son existence : début de la confusion comme l’a si bien explique le conseiller Issa Ben Yacine Diallo (transition et changement ne doivent pas être confondus).
Ainsi des jeunes officiers militaires diplômés de prestigieuses universités et académies militaires, prédestinés pourtant pour des carrières militaires excellentes, se lancent dans cette inconnue qui est la politique. Un truc qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils ne comprendront jamais. Un truc dans lequel ils n’auront pas de succès et qui va détruire leur carrière militaire.
Aujourd’hui, le capitaine Dadis brandit les comités de soutien, les présidents des CRD et les maires des communes comme preuve de soutien populaire et les serments dans les casernes comme preuve de loyauté des forces armées. Il n’a peut-être pas encore écouté la chanson de l’autre : ‘Vive le président’, ‘A bas le président’. En outre s’appuyer sur le serment d’une armée non républicaine pour gouverner, c’est comme tenir un margouillat par la queue et penser qu’il est votre prisonnier.
Si la politique s’installe au camp alpha Yaya, les partis politiques vont s’y installer aussi. Cette situation va générer des contradictions entre Dadis et ses compagnons du CNDD d’une part et entre le CNDD et la troupe d’autre part. Des règlements de comptes et des révoltes à répétion de la troupe comme sous l’ancien régime seront inévitables.
La répétition du régime militaire du feu général Conte n’est pas souhaitable.
Il est encore possible d’empêcher cette répétition. Dadis n’est pas encore candidat et nous sommes toujours dans l’avant les élections.
Le dialogue entre le CNDD, les partis politiques et la société civile doit reprendre. Dadis et ses compagnons ne sont pas des monstres, ils sont patriotes au même que leurs détracteurs.
Malgré les émotions et les divergences de points de vue, un ‘deal national’ est encore possible. La promesse de rendre le pouvoir aux civils n’est ni compromise, ni brisée. Le CNDD n’a aucun intérêt à se battre contre les partis politiques et la société civile et vice-versa. Le peuple de Guinée aura toujours besoin de son armée comme un facteur de régulateur politique. C’était le cas en 1984 par l’arrêt de l’aventure révolutionnaire du PDG et en 2008 la mise à mort du régime affairiste et narcotrafiquant du feu général Conte.
L’armée guinéenne n’est certes pas une armée républicaine. Cela n’est pas la faute du CNDD. Cette faute incombe aux politiciens qui ont gère le pays depuis 1958.
L’armée n’est pas non plus une bande de ‘lakoudou’ barbares qu’on doit traiter de tous les noms d’oiseaux. Elle mérite respect et protection de la part des partis politiques, de la société civile et du peuple.
Il est aujourd’hui irresponsable de demander à Dadis et au CNDD de quitter le pouvoir et retourner purement et simplement dans les casernes.
Le CNDD et l’armée toute entière méritent d’être récompensés pour les services rendu à la nation, pas seulement sur les champs de bataille, mais surtout pour avoir joué en 1984 et en décembre 2008 le rôle très important de régulateur politique.
Les partis politiques et la société civile doivent négocier avec Dadis et le CNDD en vue de trouver des solutions acceptables qui favoriseraient le retour des forces armées dans les casernes.
Dans cette négociation, les partis politiques et la société civile doivent s’engager :
1. à moderniser l’armée en la casernant
2. à construire des logements pour les officiers et sous-officiers
3. à mettre l’armée à l’abri de la pauvreté et de la misère
4. à dégager un budget d’entretiens et de financement de carrière pour 10 ans en faveur des membres du CNDD et du gouvernement
5. à amnistier tout militaire coupable de bavures lors des émeutes et manifestations sous l’ancien régime.
Cette démarche ici sera le prix à payer. Elle est aussi la seule voie pour aboutir a une transition réussie et salutaire pour tous.
En Guinée, nous devons apprendre à récompenser et protéger les citoyens qui ont rendu des services exceptionels à la nation.
Lamine Camara, Columbus, Ohio, USA
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