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Tibou Kamara a été obligé de s’abjurer. Il l’a donc refermée. Peut être à ses dépens. Où à dessein. Les autres courtisans et intrigants infestant encore le QG de la junte ont presque rompu les rangs. Le seul qui, à ciel ouvert, s’obstine aujourd’hui à s’accrocher sur la branche en passe de céder est l’autre conseiller de Dadis Camara: Chérif Idrissa qu’on a d’ailleurs vu dans un reportage de France24 où il nargue l’Elysée et le Quai d’Orsay qu’il accuse du reste d’être derrière tous les soubresauts que connaît actuellement l’Afrique.
Depuis les massacres, en effet, cet obséquieux conseiller, manifestement opportuniste, aiguise à tout va son imagination déjà débordante. Il multiplie ainsi les subterfuges et d’autres attaques orientées pour permettre à son mentor – qu’il aurait connu selon lui, depuis des lunes, cela dit-il à cause de sa générosité – de trahir sa parole, bref de tordre le cou à la démocratie avec pour seule ambition : s’incruster. Et Dadis de se laisser jouer le jeu, pour ainsi dire les yeux bandés et les oreilles bouchées. C’est pourquoi il a dansé plus rapidement que la musique. Du coup, il s’est planté et a glissé dangereusement vers l’abîme. Ses courtisans et intrigants eux, dans leurs cyniques manœuvres ont quasiment rompu les rangs derrière lui. Devant lui, les communautés nationale et internationale font sortir les dents. Elles sont plutôt ‘’vindicatives’’ suite aux massacres perpétrés contre des pauvres militants de partis politiques.
Loin de s’avouer vaincus, quelques rares opportunistes – sûrement les derniers à venir à la table du bienfaiteur – s’activent à légitimer le ‘’légitimable’’, ce, à coups de billets de banque en s’égosillant à tout rompre: « Il faut encore des années pour le capitaine Dadis afin de parachever sa lutte contre le narcotrafic, etc. » Les rengaines stéréotypées, quoi ! Manifestement, ils sont à court d’arguments. Ils auraient mieux dit « parachever son œuvre de carnages rampants » dont il s’est rendu coupable aux yeux de la communauté internationale. Les mots ont changé. Et la population a compris que le modèle est loin celui de ATT, Rawlings ou Sankara. Mais bien Conté et Idy Amin. Même si l’historique discours rassembleur est resté inchangé : « Nous ne sommes pas des assoiffés du pouvoir. Après la transition nous rejoignons les casernes, mois je demanderai à intégrer les Nations unies. » Iskine !
Pour mieux illustrer ce statut quo qui frise la tragi-comédie à la guinéenne, nous sommes tentés de paraphraser notre confrère J-B Placca, grand éditorialiste : Y aurait-il un discours pour l’honneur, à usage externe, et un autre, celui du pouvoir sans fin, sur le plan intérieur ? On aurait eu du mal à imaginer que Dadis puisse risquer ainsi son honneur d’officier et d’homme d’Etat, dans ce qu’il faut bien appeler une confusion organisée. Les griots peuvent lui dire que la Guinée ne peut se passer de sa personne. Mais lui n’est pas obligé de les croire, en dépit de l’ivresse du pouvoir. Surtout que son argument de prise en otage – entre le marteau et l’enclume – est des plus insidieux. Jusque-là donc, il pouvait s’en aller comme il était venu. Trop tard, parait que ses mains sont tâchées de sang d’innocents ? On attend la suite des enquêtes indépendantes.
Quoiqu’il en soit, dans un pays où les tueries, le culte de la personnalité, l’abus de citoyens par les hommes en uniforme, etc. sont admis comme une devise, le tout supporté par les agissements des courtisans de tout acabit, il est impossible d’apprendre à quitter le pouvoir. Fût-on ‘’patriote’’, non assoiffé du pouvoir. C’est alors une bien difficile thérapie à suivre pour les présidents autoproclamés. « Mais si cette dure réalité s’appliquait aussi à Dadis, il pourrait s’administrer une piqûre de rappel qui l’amène à revoir les films du renoncement au pouvoir par des devanciers comme Nelson Mandela d’Afrique du Sud, Jerry Rawlings du Ghana, Mathieu Kérékou du Bénin, et bien d’autres. Ils ne s’en sont pas pour autant plus mal portés », commente un journal Burkinabé.
A la lecture de tout cela, Idrissa Chérif, grand conseiller du patron du CNDD pourra t-il encore crier à tue-tête que Dadis Camara c’est l’homme qu’il faut à la Guinée ? Certainement, car, il continue ses sorties pour faire l’avocat du diable. Il oublie certainement que son nom figurerait déjà sur la liste noire de la communauté internationale. Comme cela, dès qu’il va quitter pour un pays de l’UE, il risque de se faire chopper comme un poulet. Mieux – certainement il n’est pas encore au courant - des rumeurs persistantes font état d’une possible ‘’négociation secrète’’ entre son mentor et certaines Ambassades occidentales. L’option de l’exile du chef de la junte serait bien imminente. Comme pour donner forme à la transition ( ?). Ou peut-être livrer l’homme fort de Conakry à la Justice internationale. Qui sait ? Alors, à bon entendeur salut !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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