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Ce qui a été jusque-là enfoui sous les replis a été remis au goût du jour, suite aux massacres perpétrés contre les populations civiles : les clivages ethniques sont davantage plus marqués et apparents. On pensait avoir réussi à les enterrer à tout jamais. Mais, dans certains quartiers chauds de la haute banlieue de Conakry, des témoins font état de sales invectives à caractères ‘’ethnistes’’ dont ils ont été les cibles.
Des habitants impuissants au vu de l’attirail des agresseurs qui se sont infiltrés récemment dans les quartiers avec des armes de guerre. Ces belligérants qui ne sauraient lutter à armes égales ont ainsi provoqué et entretenu une haine quasi viscérale. En 1993, à la veille des toutes premières élections démocratiques, le pays a failli s’embraser. Mais, la vertu et la sagesse ont fini par prendre le dessus. Et les esprits se sont calmés, en dépit des fraudes massives orchestrées par un certains Alseyni René Gomez, alors ministre en charge de la Décentralisation. C’est dire que les clivages ethniques qui se renforcent actuellement inexorablement trouvent leur genèse dans les entrailles des différentes formations politiques ayant balisé le chemin de la démocratie en Guinée. La vie politique n’a donc pas échappé à la tentation de l’instrumentalisation ethnique. On conviendra alors que loin d’enrichir le débat, la prolifération des partis a sérieusement exacerbé les divisions. En effet, la plupart des formations s’étaient construites sur une base ethnique, ce, depuis le démarrage contesté du processus de démocratisation enclenché en 1990.
A l’époque, seul le Parti de l’unité et du progrès (PUP) du président Lansana Conté avait réellement toutes les couleurs ethniques. Plus tard, l’Union des forces républicaines (UFR), les autres formations font en général le plein de leurs voix dans la communauté d’origine de leur dirigeant. Ainsi, la base électorale du Rassemblement du peuple guinéen (RPG) d’Alpha Condé est malinké, celle de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) est peule, tandis que les fiefs de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et du Parti du peuple de Guinée (PPG) sont en Guinée forestière.
Près de 20 ans après, les vieilles habitudes reviennent. Mais sous un autre angle purement différent. Actuellement, des leaders politiques tentent le tout pour le tout pour harmoniser leurs efforts et ménager leurs susceptibilités. Avec à la clé, le départ du chef de la junte. Cette ambition est tout de même mal comprise par certains esprits malveillants y compris des leaders de certains partis en mal d’électorat et de discours rassembleurs. C’est ainsi qu’on exacerbe les clivages ethniques. Et du coup, l’homme devient un loup pour son semblable. Et d’ailleurs, si l’on en croit aux rumeurs persistantes, Jean-Marie Doré est déclaré persona non gratta dans la zone forestière. Motif invoqué ? Il aurait joué le rôle de ‘’traître’’ en grossissant les rangs des leaders politiques opposés à la candidature du chef de la junte : un des siens. Cette position de la zone forestière, si elle se révèle, en dira long sur la tension et l’esprit ethnique qui est en train de gagner les nerfs de nombreux Guinéens. Analphabètes le plus souvent.
Au même moment et de l’autre côté du Fouta (théocratique selon Dadis), le leader de l’UPR est considéré par plusieurs ressortissants de cette partie de la Guinée, comme étant le ‘’légitimateur’’ de la junte et de ses frasques. Lui aussi est à « brûler après le départ de Dadis », s’amuse t-on à dire du côté de Bomboli, quartier de la Commune de Ratoma (Conakry). Certes un fait banal, mais qu’il ne faut jamais négliger en Guinée où l’éducation aux notions de la démocratie est peu ou pas du tout connue par la population. Tant intellectuelle donc supposée réfléchie qu’analphabètes donc indomptables.
Ce qui est sûr, c’est que c’est bien des groupes d’opportunistes en quête de triste renommée qui sont en train de distiller des insanités ethniques à des concitoyens. Avec pour seul objectif, entretenir des clivages insidieux. Certains imputent déjà la responsabilité des menaces ethniques aux patrons militaires dans leur boulimie de népotisme et leur folie de recrutement hasardeux avec pour conséquences directes: d’éléments, souvent accusés d’indiscipline et d’inconduites diverses. Au niveau de la junte, l’on a crié dans toutes les garnisons, ‘’A bas l’ethnocentrisme’’, ‘’A bas le régionalisme’’, etc. Mais visiblement, c’est comme si l’on a exhumé ces mots/maux en ‘’isme’’ pour assombrir davantage l’horizon. Et c’est une affaire qu’il faut prendre très au sérieux, au risque de vivre le syndrome Rwandais. Car, il y a bien et bel de l’eau dans le gaz !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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