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Le deuxième tour de notre élection présidentielle c’est pour bientôt. Nous saurons donc, en principe dans quelques jours au plus, qui de Cellou Dalein Diallo ou d’Alpha Condé va être à la tête de notre République sous perfusion, maussade et exsangue. On espère que l’un de ces deux là va nous sortir la potion magique – il n’est pas interdit de rêver – pour nous extirper de notre pauvreté devenue endémique.
En fait voilà ; à l’allure des choses, nos espoirs risquent d’être déçus. Chacun de nos candidats à l’heure de la pré campagne, se complait à être grave. Au lieu de nous montrer, programme et chiffres à l’appui, qu’il détient la solution pour le démarrage économique de notre pays, au lieu de nous montrer qu’il est capable de ramener le calme et la stabilité, absolument indispensables aux affaires.
Ces candidats qui, au premier tour ont montré qu’ils savent faire tourner leurs adversaires en bourrique semblent avoir perdu leur self-contrôle, montrant d’inquiétants signes d’usure. Ils versent royalement dans le populisme, une manière de séduire temporairement un électorat inculte et naïf. Pour réussir leur pari, Cellou et Alpha ont engraissé et armé de gros bras qu’ils ont introduits dans la presse, inoculant à cette dernière un virus pernicieux qui pourrait pourrir l’atmosphère en Guinée pour de très longues années.
Cela va des officines de rumeurs, de fausses informations, vilipendant l’autre ou le passant à la moulinette, des attaques drôlement personnelles qui, sous d’autres cieux ne font plus recette. Si ces procédés séduisent les simples d’esprits, ils réduisent considérablement le débat de fond qui, pour l’heure est ignoré au profit d’un lamentable face à face se réduisant à des invectives, insultes et autres attaques de bas étages. Chacun veut faire passer son candidat pour un Deus ex machina et voue « l’autre » aux gémonies en ne se gênant pas de lui manquer de respect. C’est perdre de vue que derrière chaque candidat, il y a au moins 1344 Guinéens – le score le plus faible, réalisé par Bouna Keïta, bon dernier du scrutin - qu’il faut absolument respecter. Ce n’est pas à l’honneur de la presse
Le débat à mon avis devrait être à peu près ceci : Comment Cellou Dalein qui a royalement servi Lansana Conté pendant plus de dix ans peut nous apporter quelque chose de différent à celui de Lansana Conté ? Quel gage lui, qui est fortement soutenu par les grands commerçants, peut-il nous donner pour qu’une fois élu, les grandes décisions ne viennent pas des dédales de Madina ? Et tutti et quanti. Quant à Alpha Condé, il doit nous prouver qu’un opposant historique ne limite pas son rôle à faire de l’opposition dans… l’opposition. Il devrait aussi nous garantir qu’une fois élu, la Guinée sera gérée de manière démocratique, loin de mouvement de menton, de sautes d’humeur et de solutions – trop – générales. Bref, comment chacun des deux candidats peut-il gérer ce pays avec une vision claire, une méthode rigoureuse, dans la justice, la paix et en bannissant totalement cette culture de la violence qui a commis tant de dégâts dans ce pays délabré ? Les questions de ce genre, on peut les développer à l’infini.
L’ancien président français, Jacques Chirac pour ne pas le nommer, disait à peu près ceci : « sans principes – donc sans éthique – même la politique devient un jeu de misérables ».
Les « bras armés » de nos candidats ont tout intérêt à relever le niveau du débat : la paix dans ce pays en dépend.
Ibrahima S. Traoré
www.guineeactu.com
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