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Critiquée par les uns, saluée par les autres, ignorée par certains, la commémoration des 50 ans d’indépendance de la Guinée reflète on ne peut mieux, l’image même d’un pays agonisant qui se cherche de fait, au milieu des difficultés et de la cruauté de la vie quotidienne. Comme si cela ne suffisait pas, l’on a programmé des décorations pour de nombreuses personnalités civiles, politiques et militaires. Mais, à vrai dire, il y en a qui n’ont aucun sens. Les grands oubliés, donc les plus méritants, ceux-là mêmes qui ont combattu ou qui ont laissé des traces appréciables pour la Guinée, sont restés toujours -et encore- dans l’ombre. Parmi la kyrielle de « nominés », seules deux ou trois personnes, dont l’ancienne et la nouvelle Premières Dames, ont été applaudies en demi teinte. Et ce, pour des raisons plus politiques, indique-t-on. Or, le simple fait de reconnaître le mérite, de réhabiliter, même à titre posthume, certaines figures emblématiques aurait pu donner une réelle éclaircie à la commémoration de l’an 50 de l’accession de notre pays à l’indépendance nationale. La réconciliation dont on parle à gorge déployée passe également par là. Certes, certains diront que nous ne sortons pas d’une guerre interethnique pour parler de réconciliation. Mais, l’accumulation de frustrations et d’injustices incubées au cours des ans, donne lieu manifestement aux gouvernants, de rapprocher tous les Guinéens. Pour que chacun se réconcilie avec l’autre. A ce titre, force est de se demander si ce que nous avons vécu ce 2 octobre à propos des décorations, relève d’une maladresse historique, d’une simple complaisance ou d’un pur mépris du passé de la Guinée ? Les géniteurs de cette honteuse pantalonnade doivent certainement se faire mal en leur for intérieur. Puisque, c’est une diversion du passé qu’ils auraient voulu faire acclamer. Il y a eu, pour autant, de grands hommes dont la simple évocation des noms fait, on n’en doute pas, frémir l’ancienne puissance colonisatrice. Et l’usage qu’ils ont pu faire de l’indépendance du pays aura été à l’image de l’ardeur pour le développement qu’ils ont voulu imprimer à la Guinée. N’en déplaise ! Ces hommes lésés aujourd’hui ont combattu pour la souveraineté. Certains y ont laissé leurs âmes (on n’exhume pas ici les circonstances ou les atrocités de leur mort). D’autres finissant par être liquidés, avant ou aussitôt après l’indépendance, emportant de fait avec eux, leurs rêves de grandeur pour leur Patrie, la Guinée. Qu’est-ce que des ministres de ces deux dernières années ont à exulter avec une médaille peu ou pas du tout méritée, par rapport par exemple, à un Saifoulaye Diallo, un Diallo Telly, un Koumandian Keita… ? Pourquoi peut-être pas les grandes gloires de la musique guinéenne, du football ou du sport guinéen tout court ? Les domaines ne manquent point ! En l’espace de 50 ans en effet, de grandes figures se sont fait entendre pour le bien de la Nation. Peut-être certains vont s’offusquer. Il va de soi. Ils ont leur raison. Seulement, dans l’imagerie populaire, la logique voudrait que des pionniers patriotes, les vrais, soient décorés pour leurs utiles et loyaux services rendus à la Nation. Une subtile façon pour ces gouvernants de « plaider non coupables » pour tout le tort causé aux Guinéens. Des torts dont les stigmates restent encore visibles. En engrangeant ainsi des médailles, certains « distingués » ont de la peine à les présenter. Ils les portent mal. Les nombreux invités ont dû certainement le remarquer dans cette cacophonie d’un autre âge à laquelle ils ont été conviés. Quoiqu’il en soit, les critères d’octroi des médailles ne sont pas passés inaperçus. Des ayants-droits, présents ou absents, étaient frappés par une sage retenue. Et comme la Guinée, en mal de leadership, a pu produire, par le passé, des hommes de grande envergure, elle devrait pouvoir aussi les réhabiliter encore aujourd’hui. Ils sont certainement déjà là – sans avenir mais pleins de souvenirs vivaces - ou au royaume du silence. Que ceux qui ont échoué acceptent librement de s’effacer, pour permettre à d’autres d’éclore et de se développer. Comme pour bannir la gouvernance à vie, très souvent synonyme d’abus de biens sociaux. C’est une option difficile à envisager. Mais comme ce sont ces mêmes hommes politiques qui évoquent l’audace et la fierté d’avoir dit « non ! » au référendum gaulliste, ils devraient aussi être animés du même courage et du même patriotisme pour libérer le plancher. Et arrêter de se donner en spectacle avec, entre autres, des décorations à la pelle. C’est cela aussi l’audace qui inspire du reste, le respect et trouve écho au-delà de la sous-région. Le temps lui, ferra son œuvre pour d’autres décorations. Et cette fois-ci, on l’espère, elles seront plus que mérités et louables ! Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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