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 | 1er gouvernement de la Guinée indépendante |
Le 2 octobre prochain, la Guinée fêtera le cinquantième anniversaire de son indépendance. A quelques huit mois de l’événement, force est de constater cependant que les Guinéens restent fondamentalement opposés sur le sujet. Pour certains, la célébration du cinquantenaire sera une occasion à mettre à profit pour se pardonner et consolider davantage les bases de l’unité nationale. Pour d’autres par contre, le cinquantenaire ne mériterait pas d’être célébré. Il faut rappeler que la Guinée a été le seul pays de l’empire colonial français à avoir voté « non » au référendum gaulliste du 28 septembre 1958. Et comme conséquence immédiate, elle accédera à l’indépendance le 2 octobre 1958 sous la conduite de Sékou Touré. De 1958 à 1984, ce syndicaliste doublé d’un politicien, a dirigé la Guinée d’une main de fer. Ses détracteurs sont allés jusqu’à le présenter comme un sanguinaire, un dictateur impitoyable. Le tristement célèbre camp Boiro fait figure d’un triste symbole des graves manquements aux droits de l’homme. Au lendemain de chaque « complot » supposé ou réel, de valeureux fils du pays se sont retrouvés au camp Boiro pour y périr dans des conditions parfois atroces. Toutes les couches socioprofessionnelles ont fait les frais des vagues d’arrestation sous le régime révolutionnaire de Sékou Touré (ministres, directeurs nationaux, fonctionnaires, militaires, expatriés etc.…). La pendaison du pont du 8 novembre aura été, aux yeux des observateurs, l’épisode le plus insoutenable des 26 ans de règne de Sékou Touré. Le 25 janvier 1971, quatre hauts cadres du pays ont été publiquement pendus à cet ouvrage de franchissement, déclenchant une vague de condamnations à travers le monde. Aujourd’hui, une association regroupant les victimes du camp Boiro s’active sur le terrain pour faire connaître la vérité et attirer régulièrement l’attention des Guinéens sur les dérives du passé. En 1984, l’armée guinéenne, sous la conduite d’un certain colonel Lansana Conté, s’emparera du pouvoir pour mettre fin aux inutiles querelles de succession après le décès du premier Président de la Guinée indépendante. De cette année-là jusqu’à nos jours, l’homme du 3 avril préside aux destinées du pays. Sous sa direction, force est de reconnaître que la Guinée a connu des hauts et des bas. Le pays s’est ouvert davantage au monde. Des réformes économiques sont en train d’être entreprises, dans le souci de tordre le cou à la pauvreté et ses corollaires. Pendant la 2è République, des atteintes aux droits de l’homme ont été commises. C’est du moins l’avis de bon nombre d’observateurs. Ces derniers n’hésitent pas souvent à citer les événements du 4 juillet 1985, la mutinerie des 2 et 3 février 1996, les douloureux événements de janvier et février 2007 pour étayer leurs propos. Le 2 octobre dernier, à la faveur de la célébration de l’an 49 de l’indépendance guinéenne, les préparatifs du cinquantenaire ont été officiellement lancés par le gouvernement de Lansana Kouyaté. Une perspective qui, apparemment, n’a pas l’air de plaire à tout le monde. Pour certains, cette célébration qui pointe à l’horizon, n’est ni plus ni moins qu’une façon de « réhabiliter » le responsable suprême de la révolution, feu Ahmed Sékou Touré. Pour d’autres par contre, la Guinée peut bel et bien célébrer le cinquantième anniversaire de son accession à l’indépendance. Le 2 octobre 2008 sera alors une occasion pour tous les fils du pays de s’asseoir autour de la table de la réconciliation nationale. Des exactions et des atteintes aux droits de l’homme ont été commises sous les deux régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance du pays. Les Guinéens devraient, avec courage et responsabilité, se regarder en face pour se dire honnêtement la vérité, se pardonner sincèrement et se tourner résolument vers la construction d’une Guinée prospère, réconciliée avec elle-même. Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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