|
1er mars 1960 - 1er mars 2010, il y a cinquante ans, la monnaie nationale guinéenne voyait le jour dans l’euphorie de l’indépendance et la proclamation de la jeune République deux ans auparavant, marquant ainsi la volonté de cette jeune nation d’assumer et de prendre pleinement en main sa propre destinée.
La B.C.R.G. (Banque Centrale de la République de Guinée) représentait certes le symbole d’une farouche volonté d’indépendance et de rupture avec le Colonisateur, mais également, d’un désir des autorités d’alors d’insuffler une dynamique de développement en donnant une triple fonction à cette institution: Institut d’émission, banque commerciale et banque de développement.
A partir de 1961, la B.R.G. devient Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). C’est donc cette institution qui a connu des évolutions dans sa forme et dans ses fonctions qui a fêté ses 50 ans le 1er mars passé. Cinquante ans d’indépendance monétaire et financière.
Pour les spécialistes de la question monétaire, elle est la banque des banques, le garant de la valeur faciale de la monnaie guinéenne, la seule habilité à émettre la monnaie guinéenne pour la mettre à la disposition des agents économiques que nous sommes tous.
A cet effet, les 50 ans d’une telle institution se devait d’être gravés dans toutes les mémoires car, petits ou grands, étrangers vivant sur le sol guinéen, nous utilisons tous ce même franc émis par ladite institution, dans nos transactions de tous les jours. Il s’agissait de ressortir la forte volonté de développement et d’indépendance qui ont prévalu à sa création d’une part, le rôle qu’elle a joué et joue dans l’économie nationale et les perspectives en termes de lutte contre l’inflation et la gestion de la politique monétaire, pour ne citer que ces thèmes à titre d’illustration.
Mais, en guise de commémoration, nous avons eu droit à un film de très court métrage tourné au Novotel et arrosé le soir.
Beaucoup de figurants et très peu d’acteurs réels (excepté les anciens Gouverneurs et Vice-gouverneurs encore en vie) à la retraite ou en fonction. Une journée, c’est tout. Et le reste ? Des prévisions de symposium et autres débats sur la monnaie guinéenne. Le communiqué en quatre paragraphes sur le site de la BCRG en fait foi.
Disons-le clairement, le Cinquantenaire d’une telle Institution ne pouvait trouver tout son sens et sa signification dans une seule journée.
Et pourtant, il n’était nullement difficile de s’inspirer des exemples d’organisation de tels évènements dans la mesure où la Banque Centrale du Maroc (Bank Al Maghrib) et la Banque Centrale de Tunisie (BCT), pourtant partenaires de la BCRG, venaient, un an auparavant, de fêter le leur avec faste et éclat.
La commémoration d’un tel évènement ne pouvait s’improviser, encore moins prendre pour prétexte la situation politique d’alors dans la mesure où, selon les informations recueillies, des commissions internes avaient déjà mises en place pour réfléchir et faire des propositions concrètes des mois avant. En plus, selon nos sources, des propositions concrètes pour une organisation professionnelle et réussie de ce Cinquantenaire avaient été soumises pour appréciation. Malheureusement, elles sont restées lettres mortes.
L’austérité affichée en ce moment était-elle la cause ? Non, répondent certains proches du dossier car, le budget adopté pour l’évènement serait estimé à 1 milliard 500 millions francs guinéens. Ce montant suscite en nous (compte tenu de la conjoncture actuelle) de nombreuses questions auxquelles, très certainement, les Autorités de notre Institution monétaire, au nom de la politique de transparence qu’ils ont affirmée et affichée dès leur prise de fonctions, sauront apporter les réponses qui édifieront tout un chacun.
Pour notre part, nous ne sommes pas loin de penser qu’il existe un rapport entre la commémoration de ce Cinquantenaire et le préavis de grève déposé par la délégation syndicale de la Banque Centrale quelques jours après. D’ailleurs, la rapidité avec laquelle les Autorités de l’institution ont répondu avec satisfaction aux différentes revendications renforce bien cette conviction. En effet, 48 heures après le dépôt d’un préavis de grève datant du 08 mars 2010, un protocole d’accord en date du 10 mars a été signé entre les deux parties. Efficacité en matière de gestion de crise nous répondront-ils très certainement. Mais, nous penchons beaucoup plus, sauf preuve du contraire, pour une volonté de ne pas voir certaines vérités dans la gestion de l’institution remontées à la surface.
Que dire du refus des Autorités de la BCRG d’appliquer la décision de justice rétablissant dans ses droits Ousmane Camara «OC», auquel cas nous avons déjà eu à consacrer un article, ainsi que certains cadres et agents de la BCRG également rétablis dans leur droit par une décision judiciaire?
Ce mois de mars, Cinquantenaire de la BCRG, nous aura permis de nous intéresser davantage à notre chère institution monétaire qui, il faut le souligner, mérite un véritable diagnostic dans sa gestion. Ce n’est certainement pas la dernière mission conjointe FMI-Banque Mondiale qui dira le contraire. Et que dire encore de ces folles rumeurs dont Conakry à l’habitude, sur la distribution de billets étrangers à des proches du cercle de décision pour se maintenir?
Dans tous les cas, notre institution monétaire souffre d’une carence en matière de management qu’il faut combler. Car, la Banque Centrale de la République de Guinée, en plus d’être un symbole de notre indépendance monétaire et financière, est le socle de l’économie nationale. A cet effet, elle doit non seulement être gérée avec rigueur et professionnalisme, mais également, être porteuse d’une morale publique à toute épreuve. Pourtant, au temps du Gouverneur Kerfalla Yansané (aujourd’hui Ministre des Finances), la gestion de la Banque centrale était un modèle dans le milieu économique et financier en Guinée. Affaire à suivre !
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|