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Créé il y a peine quelques mois, le PE.DN (Parti de l’espoir pour le développement national) de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, pour s’être prononcé en faveur de la tenue des élections en 2010, semble se trouver dans une position quelque peu délicate sur la scène politique guinéenne. Car, les syndicats, la société civile et l’écrasante majorité des partis politiques légalisés dans le pays ont déjà émis le souhait de voir les élections se tenir au dernier trimestre de 2009.
La politique n’est pas une science exacte, dit-on souvent. Le PE.DN et son président, Lansana Kouyaté, devraient le comprendre, au risque de le regretter politiquement. Au lendemain des douloureux événements de janvier et février 2007, Lansana Kouyaté a été nommé au poste de Premier ministre de consensus par celui qui était alors l’homme fort de la Guinée, à savoir feu Général Lansana Conté. Et il faut reconnaître que ce diplomate de carrière, à travers son carnet d’adresses, a réussi à rétablir littéralement les ponts entre la Guinée et la communauté internationale. Beaucoup ont pensé qu’avec lui, la Guinée amorcerait enfin le virage du changement qualitatif après un demi-siècle de gestion scandaleuse de la chose politique et économique. Mais comme tout le monde le sait, malgré ses bonnes intentions et sa détermination à toute épreuve, Lansana Kouyaté sera bloqué dans son élan par des personnes qui ne trouvaient pas leur compte dans un changement profond et qualitatif de la gestion quotidienne des affaires publiques sous Conté. Ce qui devrait arriver en pareille circonstance est arrivé sans crier gare. Au bout de quinze mois d’exercice, Lansana Kouyaté sera démis de ses fonctions de Premier ministre et remplacé par Ahmed Tidiane Souaré. De ce limogeage brutal de l’ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO à nos jours, force est de reconnaître que beaucoup d’eau a coulé sous le pont enjambant le marigot politique guinéen. Le Général-Président Lansana Conté est décédé le 22 décembre 2008 des suites de maladie. Au lendemain de cette disparition, le capitaine Moussa Dadis Camara et ses compagnons du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) ont fait une entrée fracassante sur la scène politique guinéenne en s’emparant du pouvoir sans effusion de sang. Ils ont ensuite promis de rendre le pouvoir aux civils à l’issue des élections libres, transparentes et acceptables par tous. Dans la perspective de ces élections, l’on assiste de plus en plus à la venue de nouveaux leaders dans l’arène politique guinéenne. Lansana Kouyaté fait partie de ceux-là. L’ancien Premier ministre a jugé nécessaire de troquer ses habits de diplomate contre ceux de leader politique en créant, avec certains de ses compatriotes, le Parti de l’espoir pour le développement national (PE.DN). Mais à peine portée sur les fonts baptismaux, cette formation se trouve déjà dans une position que bon nombre d’observateurs qualifient de délicate. Lorsqu’il s’est agi de proposer un chronogramme dans le cadre de la transition, les syndicats, la société civile et l’écrasante majorité des partis politiques légalisés dans le pays ont émis le souhait de voir les élections se tenir au dernier trimestre de 2009. Le PE.DN de Lansana Kouyaté, pour sa part, estime qu’il est techniquement impossible d’organiser les élections crédibles en 2009. Lors de la rencontre organisée au siège du FUDEC le 5 juillet dernier, le PE.DN a choisi de faire cavalier seul en se prononçant une nouvelle fois pour la tenue des élections en mai 2010. Ce qui lui vaut aujourd’hui des critiques de toutes sortes de la part des partisans du chronogramme 2009. Bien que courant les risques évidents d’un isolement total sur la scène politique, le PE.DN veut certainement donner au monde politique guinéen l’image d’un parti qui est prêt, en tout temps et en tout lieu, à assumer ses choix, aussi contestables et controversés soient-ils.
Mamy Dioubaté Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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