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Un couple dont la femme approchait de la ménopause sans avoir enfanté, priait nuit et jour le seigneur, de leur accorder au moins un enfant. Dans leur embarras, ils consultaient charlatans et marabouts de renom. Des ans passèrent et les vœux du couple n’étaient toujours pas exhaussés. Dans ce désespoir grandissant, la femme, à bout de patience dit dans une prière, “ mon Dieu, vois comment je suis malheureuse parmi mes camarades qui ont fait tôt des enfants et dont certains, déjà grands, les assistent dans les travaux. Peux-tu, mon Dieu me donner un enfant, même s’il serait bandit, pourvu que mon mari, déjà vieux, embrasse au moins un enfant de son sang avant la fin de ces jours.”
Quelques mois après, la femme conçut et enfanta un beau garçon. Quelle fut leur joie ! Les cérémonies du baptême n’eurent pas de pareille dans la contrée. L’enfant grandit normalement et fut mis à l’école. Il abandonna l’école après le primaire mais n’apprit aucun métier. Et comme vous le devinez juste maintenant, il devint voleur, voyou, bon à-rien. Le père, déjà fatigué par l’âge mourut de chagrin, laissant sa pauvre femme avec un enfant téméraire.
La femme, dans ses méditations, se rappela que dans ses prières, elle n’avait pas demandé à Dieu de leur accorder un enfant qui pourrait les honorer, soutenir leur vieillesse et ainsi, les consoler définitivement, mais, seulement un enfant; même bandit.
Cette petite histoire risque d’avoir une illustration dans la vie nationale dans notre beau pays. Que le Tout Puissant qui connait le parcours de notre peuple nous en garde!
Dans mon dernier article, "La Guinée en vente aux enchères", je mentionnais en substance, que notre dignité en tant que nation libre et souveraine est dramatiquement bafouée. On décide du sort de notre pays à l’étranger et importe les solutions qui, certes, tiennent compte de certains aspects de la situation nationale, mais négligent des éléments essentiels pour une transition réussie. Car les décideurs ont une vision sélective et superficielle des réalités locales.
Le discours programme du général Konaté et les actes qui l’ont suivi peuvent être salutaires si l’intégrisme qui les a caractérisés au départ continue à tous les niveaux tout le long de la transition.
A l’examen scrupuleux des faits courants, que remarque-t-on? Nulle mention ou nul acte pratique ne semble porter sur la révision de la constitution qui est une condition sine-qua-none de la marche vers une vie plus républicaine, incitatrice du développement socio-économique d’une nation et garante de la stabilité.
Le premier ministre issu des forces vives est nommé et son cabinet formé, le conseil national de la transition est installé, toutes les institutions sensées soutenir et réaliser le projet de retour à la vie constitutionnelle dans notre pays sont en place. On se demande par quel miracle, ces hommes et femmes d’une maturité politico-administrative certaine, unanimement se taisent sur la révision de la constitution avant les élections dont la date du 27Juin, fixée certainement à dessein par nos maîtres d’hier, d’aujourd’hui et peut-être de demain, n’est nullement objective.
En tout cas, s’ils mentionnent la constitution, se ne semble pas être avec acuité et insistance.
Ceux qui manipulent notre pays peuvent injecter de l’argent pour financer les élections, mais peuvent-ils efficacement préparer le terrain pour une élection transparente dans le délai fixé?
Je m’en doute. Les conditions financières peuvent pourvoir les matériels et payer les agents accrédités pour les élections mais ne sauraient réconcilier le peuple en si peu de temps pour une élection paisible, transparente et démocratique.
Comme les belles idées se rejoignent toujours, certaines personnes clairvoyantes ont déjà critiqué en vain la précocité des élections mais les autorités de la transition restent insensibles à cet appel pathétique, peut-être involontairement, puis qu’ils peuvent être manipulés.
UN CALENDRIER REALISTE
Organiser, c’est projeter en fonction de toutes les éventualités et occurrences possibles. Si les élections se déroulent à la date fixée et que la quatrième république voit le jour, avec quel instrument juridique va-t-elle diriger ce pays et attirer les opérateurs économiques étrangers, encourager les opérateurs économiques locaux à s’investir dans le pays?
Guinéennes et guinéens, nous saluons l’empressement vers les élections qui ne sont qu’un élément de nos ambitions actuelles. Mais il faut craindre un nouveau pouvoir avec une constitution doublement falsifiée ou qui nous serait encore dictée de l’extérieur. En ce moment, la Guinée cessera d’appartenir aux guinéens.
En mon humble avis, de Juin à Aout 2010, le Général Sékouba Konaté, le premier ministre Jean Marie Doré et toute l’équipe de direction de la transition devraient s’atteler à la révision rapide mais judicieuse de notre constitution par des juristes confirmés et patriotes, sensibles à l’intérêt supérieur de la nation et non d’un homme, au cours de leurs travaux.
Les élections présidentielles, si elles ne devraient pas suivre les législatives du fait de l’empressement, pourraient raisonnablement se dérouler entre Novembre et Décembre 2010.
Je pense qu’un tel calendrier des événements n’est pas de nature à freiner le processus de retour à la vie constitutionnelle, mais plutôt à le faire réussir pleinement dans un délai raisonnable. Il serait souhaitables que les autorités compétentes revoient ce calendrier et éviter à notre peuple une élection chimérique qui n’apportera pas la stabilité nationale tant recherchée.
Guinéennes et Guinéens, l’avenir républicain que nous ambitionnons pour notre pays ne peut voir le jour et nous donner la consolation si nous n’acceptions pas une patience objective. “Rien ne sert de courir, il faut partir à point”, a dit La Fontaine. Nous avons supporté 50 ans de dictature. Ne pouvons- nous pas supporter le temps minimum qu’il nous faut pour préparer tous les outils de la vraie démocratie?
Si on prie Dieu pour quelque chose qui nous manque ardemment, demandons-lui le meilleur pour que notre satisfaction soit totale, sans regret. Ce n’est pas seulement un président démocratiquement élu que la Guinée a besoin, mais un ordre constitutionnel vrai , non illusoire dans le pays pour garantir les intérêts individuels et publics, réconcilier notre peuple avec lui même d’abord et avec la communauté internationale enfin.
Comme le couple de mon introduction, demandons à Dieu une vie démocratique forte, inébranlable et durable, pouvant nous consoler définitivement des siècles de colonisation et de dictature. Une vie républicaine qui nous éloignera de la dictature et de l’instabilité politico-sociale, nous évitant ainsi de la guerre civile qui fait le rêve de nos ennemis.
Vive la vraie démocratie en Guinée et non à la précipitation dans l’instabilité permanente!
Cécé Jacques Monémou, USA
www.guineeactu.com
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