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Mme Chérif Nanténen Konaté est ministre des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des femmes le 8 mars dernier. Dans cet entretien, Mme la ministre revient à chaud sur la signification de cette Journée. Tout en mettant un accent sur le rôle de la femme dans le processus du changement en Guinée.
L’Indépendant : Aujourd’hui, on célèbre la Journée internationale des femmes, pourriez-vous Mme la ministre nous retracer l’historique de cet événement ?
Chérif Nanténen Konaté: La Journée internationale des femmes a pour origine la révolte des femmes dans une usine de textile, parce qu’elles travaillaient plus de douze heures par jour. Elles se sont révoltées et elles ont obtenu je crois la diminution des heures. Et plus tard à Copenhague, au Danemark, les femmes socialistes se sont réunies et ont décidé en 1977 de faire cette journée, la Journée internationale de la femme. Ainsi, cette Journée a été prise en charge par tout le monde et depuis lors, chaque année, chaque pays fête cette Journée internationale qu’est le 8 mars.
Quel est le thème que vous avez retenu cette année pour cette célébration ?
C’était sur la formation, l’éducation, l’autonomisation, la parité. On a beaucoup parlé de la parité, de la violence faite aux femmes. On a choisi ça parce que les jeunes filles par exemple ont des problèmes pour l’emploi. On a parlé aussi de l’emploi des femmes et surtout de la formation. J’ai insisté sur la formation, si les femmes veulent accéder à tous les emplois, il faut qu’elles soient formées et la plupart des femmes qui n’ont pas pu être à l’école, il faut les alphabétiser.
Selon vous, quel est le combat que vous comptez mener afin de permettre aux femmes de briguer les postes de responsabilité, par exemple ?
Le véritable combat, c’est de démontrer au gouvernement, aux autorités en place que la femme a besoin de se former d’abord. Il faut qu’il y ait une formation adéquate pour qu’elles accèdent à des emplois. La plupart des femmes qui ne sont pas alphabétisées, il faut qu’on les alphabétise. Les micros-crédits dont ont parle, il faut que les responsables de chaque secteur d’activités se forment à la gestion ainsi on aura moins de problèmes. Donc, voilà le combat que nous allons engager avec le gouvernement et je vous assure que le ministère des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance est un grand ministère parce que nous avons plus de cinquante trois pour cent de la population que mon département prend en charge : les handicapés, les personnes âgées, les enfants, les aveugles, etc. La dernière fois que j’ai été en France, je me suis attelée à avoir des fauteuils roulants pour les handicapés. J’ai pu avoir cent cinquante fauteuils roulants que je vais bientôt faire acheminer à Conakry. Et je dois encore avoir un bus pour les enfants aveugles. Ce bus aussi sera à Conakry dans un ou deux mois. Donc, on a beaucoup de choses à faire et j’espère qu’on sera aidé par toute la population, non pas le gouvernement seul. Je compte faire de ce ministère non pas un ministère de la mamaya, mais un ministère qui travaille, un ministère qui pilote pour qu’on sache enfin que quand il y a une femme quelque part on travaille. Je suis quelqu’un de la diaspora c’est vrai je viens de la diaspora, il faut que je démontre je peux faire quelque chose pour mon pays. Donc, je vais m’atteler à ça, tous les dons que je peux avoir à l’extérieur je les ferai venir en Guinée pour faire travailler mon ministère.
Concrètement, quelles sont vos attentes ?
Concernant les femmes, il y a une chose à laquelle j’aspire, c’est le rassemblement de toutes les femmes de Guinée quel que soit leur bord politique, ethnique et social. Il faut que les Guinéennes se rassemblent, qu’elles fassent un bloc pour qu’enfin on aille vers le changement. Et c’est avec les femmes que nous arriverons à faire le changement en Guinée. Il ne faut pas laisser les femmes pour compte parce qu’elles sont les piliers de la société guinéenne.
Est-ce que vous soutenez le programme du gouvernement, surtout pour ce qui est de la lutte contre l’impunité dans toutes ses formes ?
Vous savez, j’ai passé l’itinéraire de ma vie en France. Pour la réussite de ce gouvernement, quelle que soit la personne fautive, il faut la punir sinon on ne s’en sortira jamais. Il ne faut plus laisser s’installer l’impunité en Guinée.
Pensez-vous que le gouvernement sera à même de combler les attentes des femmes ?
Nous avons choisi trois femmes pour les secteurs d’activités pour présenter leurs revendications au président de la République. En réponse, qu’est-ce qu’il a dit ? Il a dit qu’il va octroyer vingt milliards de francs guinéens pour les femmes et dix milliards pour les jeunes. Donc, c’est une avancée extraordinaire.
Que vous inspire la faible représentativité des femmes au sein du gouvernement ?
C’est bon de poser cette question. Je suis une femme, j’aspire à ce qu’il y ait la parité dans le gouvernement. Je pense qu’il faut plus de femmes dans le gouvernement mais le président a répondu à cette question en disant que les femmes doivent se lever pour lui présenter une liste : qu’elles peuvent être Préfets, Gouverneurs et Ministres, donc qu’il n’y a pas de restrictions en ce qui concerne les femmes pour les mettre dans des postes de responsabilité.
Entretien réalisé par Djibril Bah et Saidou Hady L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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