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Dans cette interview accordée à notre rédaction, Chérif Idrissa, Conseiller spécial du président Dadis parle notamment de la récente mission du Groupe International de Contact à Conakry. Le chronogramme de la transition et les attaques de Dadis contre les leaders politiques qui auraient trempé dans des malversations ont aussi été des sujets abordés par notre interlocuteur. Interview...
Le Démocrate: Le Groupe International de Contact vient de boucler sa première mission dans notre pays. Peut-on parler d’avancées significatives pour la transition au terme de cette visite?
Chérif Idrissa: Comme l’a souvent répété le président Dadis, aucune Nation ne peut, de nos jours, vivre en vase clos. De ce fait la Guinée ne peut que se réjouir de la visite du Groupe International de Contact. Cette mission avait pour but initial de favoriser et faciliter des discussions directes entre le CNDD et la communauté internationale, d’une part et entre le CNDD et les Forces vives de la Nation, de l’autre. En vue d’aboutir à la définition d’un chronogramme du processus électoral. Il faut reconnaître que par rapport à l’objectif de cette mission, le président Dadis a été prompt et pragmatique. Il a réussi à dérouler un projet de chronogramme de la transition dès sa première rencontre avec les Forces vives et les hôtes du Groupe de Contact. Ce qui représente en soit une avancée considérable pour la transition. Ce projet de chronogramme en quatre étapes proposé par le chef de l’Etat vise à terme à un retour à l’ordre constitutionnel. Le Groupe de Contact n’a d’ailleurs pas manqué d’apprécier à sa juste valeur ce travail du CNDD et de son président. Cette rencontre a été une véritable communion entre les Forces vives et le président de la République. Elle a été un cadre qui a permis à chacune des composantes, sociale et politique du pays, de s’exprimer pour la première fois et en toute liberté par rapport à la façon dont la transition devrait être menée dans notre pays.
Les membres du Groupe de Contact International ont été reçus en audience par le président Dadis. Sur quoi ont porté ces entretiens?
Ils ont d’abord adressé toute leur félicitation et leur encouragement au président de la République pour sa vision d’ouverture, sa disponibilité et sa volonté à faire associer toutes les Forces vives à la gestion de la transition. Ce fut un contact d’échanges et de conseils entre le Chef de l’Etat et ses hôtes. Le président Dadis a souhaité que la Communauté internationale accepte d’accompagner la transition guinéenne. Parce que l’avènement du CNDD au pouvoir dénote d’une situation exceptionnelle qui est très loin des coups d’Etat classiques. En Guinée, il a été question d’une prise de pouvoir sans effusion de sang. Comme on le dit, ça été une intervention chirurgicale en laser. Il s’agit d’un coup de paix comme l’affirme le capitaine Dadis en personne. Donc, le président a tenu à donner aux membres de la mission ces explications relatives au contexte dans lequel l’armée à travers le CNDD a pris le pouvoir. A la faveur de cette rencontre, ils ont réalisé que le chef de l’Etat est entouré d’une équipe de jeunes dynamiques, capable et engagée. Laquelle est dotée d’une vision politique ambitieuse pour le pays. Le groupe de contact s’est montré satisfait de l’engagement exprimé par le président et les siens à sortir très rapidement la Guinée de l’ornière. Ce fut un entretien de courtoisie et de convivialité. Il n’y a pas eu de sanction encore moins une menace de sanction contre le CNDD. Il a été convenu de mettre en place un comité de suivi qui accompagnera tout le processus transitoire.
Dans son communiqué final, le Groupe de Contact demande à ce que le CNDD organise des élections d’ici la fin de l’année. Quels commentaires en faites-vous?
Loin d’une injonction formelle, je pense que le Groupe de Contact a fait des propositions au CNDD. Le président Dadis a toujours rappelé qu’ils sont tenus par un engagement solennel vis-à-vis du peuple et de son histoire. Il dit à qui veut l’entendre qu’ils ont une mission d’honneur, celui de remettre la Guinée sur les rails. C’est beau d’exiger des élections au bout d’un an. Mais au bout du tunnel, si nous ne prenions garde, on risque de tout bâcler. Chose que l’histoire et le peuple ne nous toléreront point. La définition du calendrier des élections comme le propose le Capitaine Dadis doit faire l’objet d’une concertation nationale incluant toutes les Forces vives. Elle doit faire appel au bon sens des uns et des autres. Cette démarche n’entame en rien la détermination du CNDD et de son président à céder le pouvoir aux civils à la fin de la transition. Fixer à la hâte ou sous pression une date pour les élections aujourd’hui et être incapable demain de l’appliquer, est sans conteste la logique que le CNDD évite. Nous vivons ailleurs cette amère expérience. Dans ces pays, on constate que les acteurs politiques ont toujours voulu aller au vote sans pourtant avoir réuni les conditions que cela nécessitait. Conséquences, ce sont les interminables reports. Voilà une situation dans laquelle la Guinée ne doit pas tomber. Bien qu’on pourrait nous brandir la différence de contexte et d’événements. Le chef de l’Etat a fait un projet de chronogramme. Celui-ci prévoit en 4 étapes la création d’un cadre et des organes de la transition, la commission de vérité, justice et réconciliation, les réformes constitutionnelles et la publication des lois relatives au processus électoral y compris la publication de la liste électorale et l’organisation des élections. Je pense qu’il faille laisser libre choix à l’organe consultatif qui va bientôt naître de décider du calendrier des élections conformément à nos propres réalités et exigences.
Dans le projet de chronogramme, le président Dadis affirme vouloir poursuivre les enquêtes sur les événements de 2006 et 2007. Pensez-vous qu’il aura les coudées franches pour traduire devant les tribunaux les coupables, surtout quand il s’agit de militaires?
Il y a eu très malheureusement mort d’hommes à la faveur de ces événements. C’est une tragédie regrettable. Ce qui ne doit aucunement empêcher la justice de se saisir de ce dossier en vue de faire toute la lumière sur ces tueries. Le droit, une fois dit au bénéfice de ceux qui le méritent, j’estime qu’un grand pas aura été franchi vers la réconciliation prônée par le président. Cela dit, aucun président n’est encore venu au pouvoir pour dissoudre toute une armée et la faire remplacer par une armée ne comportant que de nouveaux éléments. Il y a eu certes des tueries mais commanditées par des personnes que la justice a obligation de dénicher, à quelque niveau qu’il soit. Le président s’est lui-même impliqué personnellement pendant qu’il n’était pas encore arrivé au pouvoir pour éviter que la répression de ces mouvements populaires ne prenne des tournures plus regrettables. Notamment les affrontements entre policiers et militaires. Grâce à son intervention, le pays ne s’est pas embrasé et sombré dans l’anarchie et le chaos. Nous ne rentrerons pas maintenant dans tous les détails en attendant que les conditions ne soient réunies pour tirer au clair tout ce qui est arrivé au cours de ces différentes manifestations mentionnées. Les enquêtes judiciaires doivent aboutir à démasquer les commanditaires et les sanctionner en fonction de leur degré de responsabilité. Le président Dadis n’interférerait jamais dans le cours normal de fonctionnement de la justice. C’est pourquoi il a promis la mise en place d’une commission d’enquête qui aura charge d’identifier tous ceux qui ont trempé dans ces massacres. La loi est faite pour tout le monde et s’applique aussi à tout le monde sans aucune exception.
A chacune de ses sorties publiques, le président Dadis, sans citer de noms, a dénoncé avec véhémence certains leaders politiques qu’il accuse de s’être illicitement enrichis et d’avoir détourné des deniers publics. Aujourd’hui, certains parmi eux commencent à réagir en disant que ces attaques sont, sans doute, adressées à eux. Qu’en dites-vous?
Personnellement, je ne peux pas vous imaginez le ou les noms de leaders qui estiment qu’ils sont la cible des remarques du chef de l’Etat. Je ne saurais vraiment le répondre à leur place. Le président Dadis fait dans ses interventions des constats d’ordre général qui constitue un secret de polichinelle. On n’a même pas besoin d’avoir un doctorat ou un quelconque diplôme supérieur pour se rendre compte de ces évidences guinéennes. Même le dernier paysan a conscience des raisons fondamentales qui ont fait sombrer ce pays. Le président Dadis n’exprime qu’un sentiment qui existait déjà. Il s’est toujours adressé à la généralité. Si par le fait du hasard ou simple coïncidence, un leader a le malheur de correspondre au profil et aux conduites dénoncés par le président de la République, permettez-moi de dire qu’il ne pourrait être nullement comptable de cela. La ou les personne(s) concernées ne peuvent en vouloir qu’à elle(s)-même(s) ou à la gestion dont elle(s) se sont rendues responsables. Jusque-là il n’a nommé personne. A fortiori citer nommément un leader de parti politique.
A la faveur des audits, le Capitaine Dadis a déclaré qu’il est le seul à pouvoir signer toutes les sorties d’argent à la caisse de l’Etat. Ne pensez-vous pas que cela soit préjudiciable aux nombreux financements auxquels l’Etat est astreint?
Nous savons tous que l’économie guinéenne a été complètement agenouillée à cause de l’indiscipline financière et économique, à cause d’une absence totale de rigueur dans les dépenses que l’Etat effectuait de façon fantaisiste. Par le passé, il y avait un déficit criard de contrôle des finances et recettes du pays. Pour redresser cette situation, il va falloir mettre en place de nouvelles stratégies plus efficaces différentes de celles qui ont prévalu jusque-là et dont les effets sont aujourd’hui désastreux pour toute la Guinée. C’est à cela le chef de l’Etat est en train de s’atteler avec la plus grande détermination. Cette mission d’assainissement de l’économie parmi d’autres est un point d’honneur affiché par le Capitaine Dadis et le CNDD. Il tient à tout prix la réussir. Rien ne viendra le distraire ou le faire dévier de cet objectif. Réaliser cette ambition appelle à un sacrifice de la part de tous les patriotes guinéens. Ce début va se révéler certes aussi douloureux que déconcertant, mais salutaire à l’arrivée pour toute la Nation et non au profit d’une poignée d’individus qui s’étaient accaparés injustement du pays et de ses richesses. Nous sommes de pleins pieds dans ces vastes réformes, restructurations ou encore modernisation de notre économie. Ce qui ne va pas sans difficultés. Ne dit-on pas qu’on ne peut jamais faire d’omelette sans casser d’œuf? Une chose doit cependant être claire dans l’esprit de tous, c’est que le jour où le robinet va de nouveau commencer à couler, il sera à la satisfaction générale. En ce moment, dès que l’argent sort de la caisse, le contribuable sait quand, comment et dans quels projets il sera investi. Et parallèlement chacun aura appris à chercher et avoir ce qu’il mérite.
En dépit des mises en garde répétées du capitaine Dadis contre le grand banditisme, les malfrats continuent toujours à faire régner l’insécurité dans le pays. Le plus souvent, ce sont des militaires qui sont mis à l’indexe. Qu’envisage-t-il concrètement contre cet autre fléau devenu plus menaçant que jamais?
Affirmer que des éléments de l’armée se livrent à des actes de vandalisme ou de banditisme est un fait aussi révoltant qu’inadmissible. A plus forte raison s’ils sont pris et reconnus comme tels. Une chose reste claire. Pour démontrer au peuple de Guinée et à la communauté internationale que le président est résolument prêt à en découdre avec tous ceux qui perturbent la quiétude des paisibles citoyens, en plus du numéro vert qui est déjà en service, il va bientôt mettre en place un bataillon spécial pour la répression de la criminalité. Dès qu’un citoyen se sent menacé ou constate des actes de vandalisme de la part de personnes porteuses de tenues militaires, de police ou autres, il doit appeler aussitôt sur le numéro vert. Les services compétents mis en place à cet effet s’en chargeront et établiront si ces personnes mal intentionnées qui veulent ternir l’image de marque de l’Armée, sont des éléments des forces de l’ordre ou du désordre. L’une des vocations du président et du CNDD est d’assainir la grande muette de ces intrus qui agissent, sans aucun mandat de leurs chefs hiérarchiques, au nom du CNDD ou des forces de défense et de sécurité. Ceux qui, aujourd’hui, continuent malgré la mise en garde du président à jouer au trafic d’influence dans les bureaux ou à travers la ville, doivent immédiatement l’arrêter. Au risque de s’exposer à de violentes représailles ou châtiment du CNDD.
Propos recueillis par Camara Moro Amara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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