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À propos de l’union « nationale »
Ce cinquième commentaire pourrait tout aussi être intitulé « lettre aux chefs des trois ou quatre partis politiques représentatifs de la Guinée ». Si tout le monde embouche aujourd’hui la trompette de l’union « nationale », c’est en définitive pour les absorber à plus ou moins longue échéance, dans un parti unique, sans le dire ou le faire directement ou brutalement. L’union « nationale » repose toujours sur un immense malentendu, lourd de gros dangers pour les libertés fondamentales déjà très parcimonieusement reconnues aux citoyens guinéens.
À vrai dire, nous Guinéens, nous ne sommes que des demis citoyens dans notre propre pays. Il suffit au premier venu, militaire ou civil, d’avoir dans ses mains le pouvoir, quelle que soit la manière dont il y est parvenu, pour disposer de nos vies et des biens de notre pays, comme bon lui semble. La notion de gouvernement d’union « nationale » est un formidable outil d’asservissement et d’assèchement des intelligences, des initiatives et des capacités d’action des personnalités qui n’accepteront pas la docilité et l’uniformité comme seule perspective.
En tous les cas, les gouvernants actuels et les futurs prétendants au pouvoir, sont loin d’avoir intégré que, les libertés fondamentales ou libertés politiques sont un droit naturel. Elles ne sont pas octroyées. Elles sont la condition même de l’être humain, quel qu’il soit. Et on ne peut ignorer que dans notre pays, elles sont encore très précaires. Le président de la république, qui qu’il soit, n’a rien de sacré. C’est un homme ou une femme comme les autres. Le respect est dû à sa fonction dont il n’est pas le propriétaire. Il n’en est que le dépositaire temporaire.
Au demeurant, dans nos contrées, être président de la république, ministre, général, colonel…., c’est se croire, avec son clan familial ou ethnique, propriétaire du pays, propriétaire des biens du pays, et surtout propriétaire des habitants du pays. Ce penchant est d’autant plus ancré dans les têtes de nos dirigeants, que nos compatriote eux-mêmes croient souvent qu’ils doivent docilité, allégeance et servilité à un président, du seul fait qu’il et président. Et ceux des citoyens éclairés, d’ailleurs fort peu nombreux qui viendraient à s’y opposer, sont aussitôt jetés en pâtures au grand public ignorant.
Ils seraient des aliénés, des « anti-guinéens », des comploteurs à la solde de l’Occident, et plus particulièrement de la France. Parce que, en Guinée, pour réduire au silence un adversaire politique, il suffit d’insinuer qu’il pourrait bien être un « laquais des Français ».
C’est l’argument magique, toujours opérationnel des héritiers idéologiques et familiaux du défunt tyran Sékou Touré. Et certaines des probables notabilités gouvernementales du nouvel élu comme Mme DARABA Saran KABA, M. Alpha Ibrahima KEIRA et d’autres, sont d’authentiques tribalistes malinkés, et de surcroît, pdgistes revanchards.
Si devenus ministre ou premier ministre de M. Alpha Condé, Mme DARABA Saran KABA et ses amis mettaient à exécution leur revanchisme ethnique implicite, autant le dire tout de suite et publiquement, je serais alors le « laquais des Français ou de l’Occident », « l’anti-guinéen » qu’ils souhaiteraient écraser, pendre ou dépecer. Ils me trouveront sur leur chemin. Cela peut paraître prétentieux. Je l’assume. Je suis convaincu qu’ils y trouveront aussi d’autres compatriotes autrement plus efficaces, plus percutants et plus déterminés.
Personnellement, je ne suis guère disposé à ré-expérimenter la naïveté politique de la génération de mes parents à l’égard de M. Sékou Touré. (Je précise à l’intention d’éventuels lecteurs, que mes parents à moi étaient des analphabètes, simples éleveurs et marchands de bétail à LINSAN, complètement ignorants de la chose politique. Je parle donc de la génération à laquelle on peut les rattacher au plan démographique, c’est-à-dire celle de M. Sékou Touré. Et ce n’est pas un procès que j’instruis contre cette génération. Je fais juste un constat). Fin de précision.
Alors qu’est ce qu’un « gouvernement d’union dite nationale » ?
Est-il utile dans la configuration sociopolitique actuelle de notre pays ?
L’union nationale correspond à une situation où le pouvoir légal est obligé de solliciter le concours de toute la nation pour préserver l’intégrité du pays qui se trouverait être menacée par une ou des forces étrangères. L’espace territorial national que nous ont légué nos ascendants, et que j’appelle personnellement la Terre de nos Ancêtres communs, risquerait alors d’être amputé ou colonisé. L’occupant étranger nous mettrait en servilité dans notre propre patrie.
Dans cette hypothèse, heureusement rarissime, tous les enfants du pays ont à unir leurs efforts, à récuser les attitudes partisanes et à se ranger derrière celui ou ceux à qui la Nation a provisoirement confié sa destinée. L’union réalisée à ce moment, permet de résister à l’agression étrangère tout en préservant collectivement le bien qui nous est commun : La patrie.
Les différences de vision de ce que doit être la nation ou le pays, sont alors renvoyées au second plan, à juste raison, puisqu’il y a urgence à préserver le pays en tant qu’espace géographique et socioculturel historiquement constitué. L’existence de chaque citoyen dans cet espace est menacée. L’union nationale devient alors une nécessité, presque un Devoir. S’en écarter serait trahir la Patrie.
Sommes-nous dans cette situation ?
À l’évidence, non.
Le pays n’est pas menacé. Il n’y a aucun danger visant la nation dans un futur prévisible. Ceux qui n’ont pas gagné l’élection présidentielle, sont d’authentiques patriotes. Ils ont reconnu la victoire du nouveau président. Ils ne font aucun obstacle à l’exercice légal du pouvoir qui vient de lui être confié. Ils prêchent l’unité de la Nation.
En dépit des exactions militaires, dirigées contre leurs militants (U.F.R. et U.F.D.G.), ils ont invité au calme et à la tolérance tous nos concitoyens. Tandis que le camp du président élu, à l’exemple du nouveau Momo JO de SANDERVALIA, est demeuré arrogant et agressif.
Dans ce contexte, un gouvernement dit d’union « nationale » n’est ni nécessaire, ni même utile. Les confusions ne sont jamais efficaces. Si comme proclamé, M. Alpha Condé a gagné l’élection présidentielle, il est légitime que son camp exerce tout seul le pouvoir et qu’il mette en application le programme (que personnellement je ne connais pas) sur lequel il s’est fait élire.
L’union « nationale », c’est la confusion absolue. Elle met sur le même plan les bourreaux et leurs victimes, ceux qui ont pillé le pays et ceux qui subissent les conséquences malheureuses des pillages. Exemples : Le général autoproclamé Sékouba Konaté, après avoir organisé avec le capitaine Moussa Dadis CAMARA les massacres du 28 Septembre 2009 au stade du même nom à Conakry, a soustrait au pays par captation, au moins 500 millions de dollars US (de janvier 2009 à Novembre 2010), vraisemblablement déposés au LIBAN, dans des banques appartenant aux HEZBOLLAH, un groupe islamiste extrémiste lié à ALQAÏDA. Je n’ai jamais versé une seule goutte de sang d’aucun compatriote, ni pillé le moindre centime de mon pays.
Pourquoi devrai-je accepter d’être placé sur le même pied que le général prédateur assassin ?
Le menuisier de CORONTIN, le ferronnier de HAMDALLAYE ou de BAMBETO sont de vrais entrepreneurs artisans, même si leurs moyens de production sont faibles. En fabriquant des biens réels (meubles, ustensiles de cuisine….), ils créent de la valeur ajoutée, c’est-à-dire de la richesse pour la collectivité nationale. Le contrebandier notoire, Mamadou SYLLA de FUTURELEC et ses autres semblables, en fraudant la douane, s’enrichissent par la ruine du pays.
Les premiers doivent être célébrés, et les seconds traduits devant les tribunaux pour y être condamnés à de sévères peines de prison.
Pourquoi le brave ferronnier de BAMBETO et le pauvre menuisier de CORONTIN doivent-ils être mis sur le même plan que les contrebandiers notoires ?
Sans caricature, c’est en fait cela un gouvernement dit d’union « nationale ». Ce n’est pas que cela, mais c’est surtout cela, puisque tout le monde est supposé avoir le même et unique intérêt à défendre, riches et pauvres, prédateurs et victimes des prédations etc.…Chaque Guinéen perçoit bien la ruse, pour ne pas dire l’imposture politique que cache la fausse bonne idée de gouvernement d’union « nationale ».
L’entourage proche du nouveau président est truffé de délinquants économiques parfaitement identifiés. Un gouvernement d’union « nationale » ne viserait qu’à les absoudre de leurs crimes économiques récents et passés, puisque tout le monde serait d’accord avec tout. Pas de regards sur le passé, c’est la condition de toute union « nationale » en temps de paix. Tout parti politique représentatif responsable devrait être catégoriquement hostile à un gouvernement d’union « nationale », inapproprié pour le contexte actuel.
Alors que faire, si le nouveau président venait à souhaiter partager les responsabilités des affaires avec les partis politiques représentatifs ?
De mon point de vue, il ne serait pas responsable de lui opposer une fin de non recevoir, mais dangereux d’accéder à sa demande sans exiger quelques précautions ou préalables. Le principal préalable, c’est la signature d’un contrat de législature, basé sur un programme commun de gouvernement négocié entre les partis sollicités et le camp présidentiel.
Chaque parti politique garderait son autonomie d’action tout en restant loyal au contrat conclu et en respectant bien évidemment la fonction présidentielle. La même loyauté serait exigée du président de la république et de on camp. C’est cela la clarté et l’intérêt de la Nation. Ça s‘appelle un gouvernement de coalition.
On peut quitter une coalition à un moment ou à un autre, si on estime que l’un ou l’autre coalisé ne tient plus ses engagements. Tandis que si on quitte un gouvernement dit d’union « nationale », on est soit un « traître », soit un homme ou une femme peu crédible.
Dans les deux cas, on est affaibli et désormais dépendant des caprices d’un président, puisque, on a laissé dissoudre son parti dans la fausse union dite nationale.
Ce schéma pourrait ne pas plaire au président. Il en a le droit. C’est lui qui est élu. Dans cette hypothèse fort probable, il serait peut être souhaitable de le laisser faire appliquer son programme par son camp. Il y aurait alors en face une opposition qui devra jouer sans faiblesse, son rôle d’opposant. C’est d’ailleurs tout aussi souhaitable.
Dans tous les cas, se laisser enfermer dans un gouvernement dit d’union « nationale » serait une véritable catastrophe politique. Cela fini toujours par devenir un parti unique. Il y a toujours de bonnes raisons pour cela. Et dans le cas qui nous concerne ici, le parti unique, serait le R.P.G.
La tentation totalitaire en sommeil, trouverait alors un terreau favorable, vite exploité. Je rappelle que l’entourage proche du nouveau président est de culture pdgiste, même si certains d’entre eux étaient très jeunes à la mort du tyran. Mais il y a la culture familiale et idéologique. Elle est indifférente à l’âge. Le nouveau président lui-même n’est pas au-dessus de tout soupçon en matière d’autoritarisme totalitaire.
Pourra t-il se raisonner ?
C’est souhaitable. Mais la réponse lui appartient. Le gouvernement dit d’union « nationale » est politiquement liberticide et économiquement ruineux.
Mamadou Billo Sy Savané à Conakry
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