 |
Cinq mois après son bannissement à l’ordre de l’ex-ministre de l’Intérieur et de la sécurité, le Dr Mamadou Beau Keïta, la Franco-guinéenne Chantal Cole et PDG de Alo est rentrée à Conakry le 21 août dernier. Pour marquer ce retour au bercail, elle a organisé le mardi dernier à l’hôtel Novotel une conférence de presse. C’est une Chantal Cole toute raffinée n’ayant rien perdu de sa superbe en dépit de la maladie dont elle souffrait qui s’est présentée ce mardi soir devant un parterre de journalistes. Cette première retrouvaille avec la presse nationale de son pays après son retour s’est déroulée sans accrocs et dans une ambiance bon enfant. Chantal qui n’a guère sa langue dans sa poche et réputée pour ses déclarations fracassantes, est apparue ce jour moins exubérante et strictement cadrée dans ses propos. Elle s’est prêtée aux questions des journalistes qui n’ont souffert d’aucune restriction. Chantal va inaugurer ce TALK-SHOW par des mots de reconnaissance et de remerciement à l’endroit de la presse nationale. Elle s’est dite singulièrement touchée par la réaction de désapprobation presque unanime qui s’est manifestée dans les colonnes des journaux et sur les ondes de radios privées suite à son expulsion sur Paris. Cette levée de bouclier au sein de la presse est considérée par Chantal comme le signe de l’engagement des journalistes en faveur du combat pour la liberté d’expression. Cole qui s’estime victime des charges retenues à son encontre s’inscrit dans une logique de pardon tout en essayant de positiver la mesure de son expulsion. De part cette décision, elle a affirmé qu’aujourd’hui l’ensemble du peuple de Guinée, même si elle est blanche, est obligé de reconnaître sa nationalité, ses origines. Donc c’est un acquis sur la question de son implication présumée dans l’éviction de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté. La conférencière a tout simplement déclaré qu’elle n’a joué aucun rôle dans ce limogeage. « De Paris c’est difficile d’évincer quelqu’un quand on est assis à 6000 km. On me donne des dons que je n’ai pas. Je pense que ce n’est ce pas moi qui ai contribué à cela. C’est vous avec vos plumes et vos micros-trottoirs…Je suis trop petite… », s’est-elle contentée de répondre. A la question pourquoi avez-vous attendu jusqu’à maintenant pour revenir à Conakry, Chantal répond avec humour que c’est parce qu’elle avait un coach personnel qui était très sympathique qui s’est occupé d’elle. « Honnêtement, je vais vous dire une chose, il n’y a que Dieu qui sait pourquoi il fait les choses. Je suis rentrée à l’anniversaire de mes cinq mois. Je suis arrivée à Paris le 20 mars et je suis revenue le 21 août. Quand je vois tout ce qui s’est passé en cinq mois et en mon absence, je me dis que heureusement, sinon on aurait dit : ‘’Pivi c’est Chantal’’ », s’est-elle réjouie. Lorsqu’il lui a été demandé si elle exigerait par voie de la justice des réparations aux autorités qui l’ont expulsée, elle s’est muée tout suite en victime qui pardonne à ses bourreaux en disant : « On est tous Guinéens, on est tous régulièrement jugés sur le plan international pour nos dérapages, nos erreurs. Vous pensez vraiment qu’il est utile qu’une citoyenne guinéenne convaincue que son pays doit avancer porte plainte contre un non-respect de ses droits et par quelqu’un qui n’est plus aux affaires ? » Tout en se résignant, elle a affirmé ceci : « Ne perdons pas notre temps ; avançons. Parce que les responsables ne sont plus aux affaires. Continuons et participons à faire avancer l’Etat en dénonçant ou en applaudissant comme ça marche… ». Quant à l’attitude du président Conté par rapport à son expulsion, elle a confié que c’est Tibou Kamara, le Ministre de la Communication et des NTIC et Elhadj Aboubacar Somparé qui ont informé le chef de l’Etat de son expulsion. Selon Chantal Cole, le général Conté a dit que l’arrêté de son expulsion était illégal sur ordre. A cette réaction du président de la République, elle souligne que son état de santé représentait un obstacle pour sa rentrée anticipée. « Je sais que le séjour a été long, mais il m’a permis de réfléchir » a-t-elle précisé en substance. L’on a souvent l’habitude d’affirmer que le malheur assagit toujours l’homme et cette règle de la morale s’applique convenablement à Chantal qui vient d’en faire l’amère expérience. En cinq mois de bannissement, Chantal en plus de la maturité qu’elle a gagnée, sait désormais faire la distinction entre ses amis et ennemis, les sujets d’ordre personnel et étatique. Chantal est partie, Chantal est revenue. Vive Chantal pour que les bonnes leçons qu’elle a tirées tout au long de son exil forcé soient vivifiées dans le temps. Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |