Les arguments de “spectre de la guerre civile“ et de “la particularité“ de la Guinée sont les prétextes de la Junte guinéenne pour réaliser le scénario de succession monté du vivant de Lansana Conté afin d'assurer la protection de sa famille aussi longtemps que possible.
Les raisons évoquées par la Junte auraient été compréhensibles et même acceptables dans la mesure où elle aurait invité les acteurs politiques guinéens et la société civile à former un gouvernement, pour gérer entièrement la transition, dans un délai raisonnable, sans la moindre interférence du CNDD, qui se limitera à être simple “observateurs“ ou “conseillers“. Car la gestion politique pour la démocratie et le développement (…DD) d’un pays n’est pas le rôle dévolu à une armée.
Les deux processus demandent du temps qui s’étend au-delà de la période de transition proposée par la Junte. D’où le mensonge ou trahison de l’agenda caché du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Cela se vérifie par le fait que le CNDD a déjà sous son autorité, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et ce gouvernement mis en place pour baliser le chemin.
Il n’y a pas de situation plus particulière dans un pays que celle d’une guerre qui dura plus d’une décennie. Le Libéria s’en est relevé avec la première femme démocratiquement élue présidente de ce pays. Une première en l’Afrique. La Sierra Leone s’en est sortie avec un gouvernement démocratiquement élu, suivi d’une alternance en faveur de l’opposition et dans la paix.
La particularité de la Guinée réside dans la naïveté collective des Guinéens, qui ont toujours été manipulés et culpabilisés par ceux qui se retrouvent malheureusement à la tête du pays. Sékou Touré et Lansana Conté, qui étaient incapables d’admettre leurs erreurs, tenaient leur entourage pour responsable de leurs multiples échecs.
Le Capitaine Dadis Camara qui n'arrête pas de blâmer l'entourage de l'ex-dictateur Lansana Conté, pour les maux qui nous rongent, blâmera son propre entourage sous peu. Qui a profité du système mieux que la famille et les proches du défunt dictateur ? Toute la Junte sans exception reste devoir à Lansana Conté et sa famille. Elle est tenue à respecter ses engagements.
Réfléchissons un peu quand on nous effraie avec le spectre de “guerre civile“. Qui détient les armes de guerre en Guinée ? Qui se mutine régulièrement dans les casernes ? Qui sont les principaux auteurs des multiples pillages à bord de véhicules militaires ? Qui sont les auteurs des massacres de janvier et février 2007 et bien d’autres ? Qui protège les barons de la drogue en Guinée et leurs intérêts dans les rouages de l’Etat ?
Ce ne sont ni les musiciens, ni les paysans, encore moins les muezzins ou les prêtres. Ce sont nos soi-disant “braves“ militaires, qui sont à la base de la situation qui prévaut actuellement en Guinée.
La junte se vente d’avoir pris le pouvoir “sans effusion de sang“, le 23 décembre 2008. Ce qui est particulier, c’est le fait que le détenteur du pouvoir à cette date (le général Lansana Conté) était déjà mort, la veille. Si “le pouvoir était [bel et bien] dans la rue“, comme l’a affirmé le président sénégalais Me Abdoulaye Wade, alors pourquoi la junte ne l’avait-elle pas pris du vivant du général président ? Pourquoi Me Wade, qui le savait bien avant, ne l’a-t-il évoqué qu’après la prise du pouvoir par son “fils“, suite à la mort du dictateur guinéen ?
Cette justification est aussi légère que dangereuse, d’autant plus que cela pourrait être un précédent qui pourrait en inspirer d’autres. N’importe quel caporal déséquilibré, détenant une kalachnikov, est apte à utiliser les mêmes prétextes (“confusion au sommet de l’Etat“ et “spectre de la guerre civile…“), pour prendre le pouvoir. Même le Sénégal, avec sa tradition d’armée républicaine de longue date, n’est pas immunisé contre ce genre de situation. Comment expliquer qu’on invoque exagérément “la situation particulière de la Guinée“ pour justifier un coup d’Etat dans ce pays, alors qu’il n’y a pas une situation aussi dangereuse que celle qui existe déjà en Casamance ?
Il faut savoir que les membres de la Junte guinéenne vénèrent Lansana Conté, au point de s’être engagés de son vivant, à protéger sa famille au prix de leur sang, non seulement contre “les exactions“ (ce qui est tout à fait normal), mais aussi leurs biens mal acquis et surtout, de “poursuivre l’œuvre qu’il a commencé“. Ainsi, les putschistes dédouanent-t-ils celui qui a violé nos droits pendant 24 ans, en dissimulant dans son cercueil, les crimes qu’ils ont commis ensemble contre les Guinéens.
L’armée n’est pas la seule pourriture en Guinée. Ceux qui luttent aujourd’hui pour que le coup d’Etat soit entériné par la Communauté internationale, le font pour leur propre ego, parce qu’ils ont longtemps profité du système, d’une manière ou d’une autre.
Quant aux partis politiques qui apportent leur soutien à cette la Junte, ils ont signé leur propre arrêt de mort politique. Ils assisteront bientôt à leurs propres funérailles politiques lorsque, sous l’effet de “la pression populaire“, le Capitaine Moussa Dadis Camara sera le nouveau candidat gagnant à toutes les élections. Et comme le général président Lansana Conté, il a l’armée, l’argent de l’Etat et les équipes nécessaires pour gagner à tous les coups.
Après tout, il est guinéen, et aussi, président, et les opposants resteront opposants. Qui vivra verra !
Baba Telly
pour www.ondes-guinee.info
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