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Ils sont toujours tirés à quatre épingles avec des parfums bien enivrants. Ils sont confortablement bien calés dans le fauteuil de ‘’leur’’ véhicule. Sous la main, un sac de haute marque. Ils déambulent à Kaloum, dans les lieux huppés et autres bureaux privés ou publics. Ils font apparaître trois ou quatre téléphones portables et des bagues et des chaînes qui se rapprochent de l’or ou de ce qui y ressemble. Ils ? Ce sont bien les faux qui infestent les grandes villes de Guinée, notamment à Conakry.
Ici, ces hommes, généralement adultes, parlent, commentent et font croire aux plus crédules qu’ils peuvent décrocher la lune. Et ils savent bien convaincre car ayant en toute circonstance une langue mielleuse. Dans leur allure qui force l’admiration, ils subjuguent, hypnotisent les plus sceptiques. Et la gente féminine en est souvent victime. Elle qui ne résiste pas trop aux ‘’grandes gueules’’. A cette gente, ils mentent, promettent mariage, voyages, voitures, villas et téléphones portables de dernière génération. Eh, Allah, ces faux qui nous font tuer !
Devant cet attirail, il est difficile de résister. Et alors bonjour les rêves les plus fous, les amours virtuelles les plus envoûtantes, puis, après la désillusion la plus funeste, ensuite ‘’la cavale’’ de l’acteur et de ses complices, appelés chez nous les ‘’Petits’’, ‘’Khoundja’’, ‘’Mignan’’, etc., le tout signifiant petit frère. Mlle B.Z. est diplômée de Julius Nyéréré de Kankan. Elle est très ambitieuse et a toujours peiné de trouver un gars de sa trempe. Chacun arrive, lui joue un mauvais tour puis disparaît sans laisser de traces. Meurtrie mais sans jamais tirer les leçons, cette demoiselle apparemment intelligente aime la vie et a la grande chance de rencontrer les plus grands infidèles de Conakry et environs. Elle raconte sans gêne : « J’ai rencontré un gars bien dodu, toujours bien habillé et qui s’exprime excellemment bien en anglais et en français. Il m’a promis mariage et je l’ai attendu trois ans. Il ne m’a jamais dit où il travaillait – c’était un chômeur patenté – mais je le vois souvent à bord de belles voitures. Il m’invitait tous les week-ends dans un restaurant du côté de Kaloum. Parfois on allait à la piscine et il me faisait tant rêver. Il m’a toujours fait comprendre qu’il voyageait toutes les semaines donc pas du tout disponible pour me voir tous les jours. Une fois, j’ai été invitée à un vin d’honneur, je l’ai aperçu avec un groupe d’amis. Et j’ai demandé à mon cousin de me ramener à la maison pour ne pas le rencontrer. Une fois arrivée, je l’ai appelé et il passe tout de suite son phone à une de ses amies qui me dit dans le brouhaha que le monsieur est absent de la Guinée depuis deux semaines. Imagine mon état d’âme... Cet homme m’a sérieusement exploitée... C’était tout simplement un faux type. »
Cette jeune fille partage hélas, sa mésaventure avec plusieurs autres filles célibataires et divorcées. DS, elle, s’est laissé avoir avec un vrai va-nu-pieds qui avait réussi à convaincre toute la famille de celle-ci. Il a dit à tous qu’il résidait à Luanda et était à la tête d’une société d’exploitation de diamants. A chaque visite, l’homme arrive avec une nouvelle voiture. Toute la famille de DS est acquise. Il prend la fille quand il veut et la ramène quand il veut. Pourtant, il n’était qu’un simple surveillant d’un supermarché à Kaloum. « Je n’ai jamais pu lui refuser quelque chose, pensant qu’un jour qu’il va sortir les colas. Un jour je mettais de l’ordre dans son placard et je découvre là dans des sous-vêtements de femme, deux jolies bagues en or dans lesquelles étaient inscrits son nom et celui d’une autre personne. Je n’y croyais pas. J’ai crié et il est tout de suite sorti de la douche. Je tenais ces objets douteux, de réelles pièces à conviction. Ne touche pas, on me l’a confiée, me lance de manière éhontée l’homme au corps savonneux, les yeux hagards et pleins de malice. Depuis qu’on s’est quitté, plus jamais je ne l’ai revu», témoigne en larmes DS, apparue plutôt aguerrie à d’éventuelles aventures.
Actuellement, les faux changent de stratégie. Ici et là ils évoquent le CNDD, comme pour manifester leur audience et leur capacité d’aider... « Quand les filles nous voient monter et descendre avec des personnalités connues, toujours propres, elles pensent qu’on a tout, alors que même le transport ou le prix de cinq litres de carburant on n’en n’a pas. Et comme on sait faire le faux, le m’as-tu-vu, tout passe et on embarque les plus crédules... », assure, amusé, un diplômé en stage aux Affaires étrangères.
L’abus des faux de Conakry était pour autant plus flagrant et choquant lorsque les narcotrafiquants étaient encore à leur zénith. A l’époque, le narcotrafic était en vogue et la débauche était en vogue. De rutilantes voitures circulaient à Conakry comme à Tokyo. Avec cette opulence apparente, tout était facile. Les devises coulaient à flots mettant ainsi en position de faiblesse la monnaie guinéenne.
Dans les milieux plus huppés, tout se discute en terme de ‘’Dala’’, entendez dollar par déformation. Les principaux acteurs de cette époque étaient les Nigérians et autres aventuriers guinéens jouant les facilitateurs. Mais tous répondaient sous la même dénomination : les faux de Conakry. Ces faux-là avaient pignon sur rue et tiraient sur tout ce qui bouge. Dans la plus grande dépravation. Ces icônes radieuses d’autrefois ont revu leur porte-monnaie depuis le départ massif des narcos. Elles ont tout de même gardé l’autre tranche de faux, les vrais, les irréductibles. L’extravagance a manifestement diminué mais la « profanation » du sexe va crescendo. C’est purement mondain, pourrait-on alors dire !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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