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En écrivant la première partie de cet article, j’étais loin d’imaginer que quelques jours plus tard la Guinée allait connaître une fois de plus, des violences politiques ; c’est très inquiétant.
Dans la première partie, j’envisageais faire une lecture des ces certains événements politiques avant de faire mon analyse mais pour éviter un autre long texte, je vais les résumer dans l’analyse. J’ai aussi décidé de ne pas parler du régime de Sékou Touré qui fera l’objet d’un article quand j’aurai certaines informations sollicitées.
Mon Analyse
A lire et relire les débats sur les sites guinéens, je constate une forme de généralisation du genre les peulhs ont dit…, les forestiers font…, les soussous…, etc. comme si toute une ethnie avait le même mode de pensée, la même opinion et le même choix politique de telle sorte que pour certains irréductibles, l’on est traitre ou manipulé lorsque l’on ne raisonne pas comme l’étiquette collée à son ethnie ; je remarque aussi une tendance à compliquer des problèmes simples et à simplifier ceux complexes et très souvent vouloir tout expliquer sur le plan de l’ethnocentrisme d’où le ou les murs d’incompréhensions qui entrainent un dialogue de sourds et donc une tendance aux invectives, au procès d’intention et pour finir à un affrontement. Voici certains événements pour corroborer mes explications :
1. Louis Lansana Béavogui : qui d’autre que lui pouvait mieux connaître Sékou Touré, Ismaël, N’fa Siaka, Amara bref la famille Touré et leur force de frappe ? S’il n’avait jamais pensé à diriger la Guinée par fidélité à son président, il devait savoir qu’il avait le pouvoir en main à l’annonce de la mort de Sékou Touré et donc imaginer sa stratégie pour le conserver. Il devait solliciter l’appui des ses relations à l’extérieur du pays et dans l’armée guinéenne pour neutraliser les caciques du gouvernement ; dans la politique, il faut savoir planifier à court et moyen terme ou s’adapter aux imprévus et donc en ne prenant pas ses dispositions pour diriger, il a été victime d’une très grande naïveté politique plus que d’un acte ethnocentrique. Je ne nie pas l’existence de l’ethnocentrisme en Guinée mais je trouve qu’il n’explique pas en soi tous les actes politiques de notre pays.
2. Le mot ‘Wofatara’ du président Lansana Conté : Je tiens le témoignage d’un diplomate sénégalais à Conakry qui avait rencontré le président Conté après son fameux discours suite à l’échec du coup de Diarra Traoré son premier ministre d’alors, qu’il percevait un certains regret pour ce mot sorti de son contexte mais comme nos dirigeants n’ont pas pour habitude de reconnaître leurs erreurs et de présenter des excuses publiques alors rien n’a été fait pour corriger le tir. Attention, je ne cherche ni à incriminer ni à blanchir quiconque dans mes analyses mais à donner mes points de vue basés sur des faits ; je crois que c’était une maladresse politique ramenée à un acte contre les malinkés. J’ai lu un commentaire qui parlait de génocide contre les malinkés ce que je trouve aberrant ; il y a bien eu des changements dans les chaines de commandements de l’armée, des arrestations et des règlements de compte mais le même phénomène s’est reproduit à la prise du pouvoir du CNDD et après l’éviction du capitaine Dadis. Autant l’on ne peut pas parler de génocide contre les forestiers en ce moment dans l’armée, autant il n’y en a pas eu contre les malinkés. Voici des amalgames qui attisent des tensions ethniques dans notre pays.
3. Les nominations des premiers ministres après les événements tragiques de 2006 et 2007 : Il faut reconnaître que le président Lansana Conté avait bien débuté son règne et qu’il a des actes positifs à son actif mais notre tendance à sacraliser le pouvoir de nos chefs comme émanant de Dieu donc à confondre la religion et la politique ; notre tendance à chanter les louanges de nos chefs donc à créer un culte de la personnalité, font que consciemment ou non, nous créons nos dictateurs pour ensuite nous battre à nous en débarrasser. Comme la situation politique était intenable et le président malade n’ayant aucun contrôle de la situation alors les décrets et contre décrets des clans au pouvoir avaient poussé le peuple à bout.
En politique, quand le peuple demande un changement, il faut le lui offrir sinon, il y a des actes qui peuvent être interprétés comme un mépris d’où des révoltes. La nomination d’Eugène Camara un cacique du gouvernement, sera ainsi interprété comme un mépris et déclencha les violences que l’on sait. En tirant sur des manifestants désarmés, l’armée guinéenne discrédita complètement aux yeux de l’opinion nationale et internationale, le régime qu’elle défendait.
La nomination de Lansana Kouyaté avait suscité un enthousiasme populaire mais sa gestion du pouvoir avait globalement produit un résultat mitigé voire décevant pour un grand nombre, à tel point que la nomination de Tidiane Souaré laissa tout le monde indifférent dans la perspective d’une période d’attente.
Si je pars de l’hypothèse de la nomination de Tidiane Souaré à la place d’Eugène Camara et vice-versa, la réaction du peuple aurait été la même ; révolte contre M. Souaré et accalmie pour M. Camara. C’est dans le contexte sociopolitique qu’il faut trouver l’explication ; sinon, si l’ethnocentrisme était la principale explication, la guinée forestière n’aurait pas manifesté contre M. Camara et le Foutah n’aurait pas acclamé le président Dadis.
4. La période d’attente : après une longue grève difficile et couteuse le résultat de la gestion de M. Kouyaté a été perçu comme un maigre résultat pour tant de sacrifice, raison pour laquelle, sachant le président au crépuscule de sa vie, les Guinéens décidèrent d’attendre sa fin naturelle. Les politiciens, l’armée, la population bref tout le monde. Il faut reconnaître que c’est la période de la plus grande saignée financière de notre économie ; tous ceux qui le pouvaient, se faisaient leurs provisions pour l’après régime. C’est cette économie destructrice enseignée dans aucune université que certains appellent l’économie libérale sauvage, que je veux soutenir de par mon vote. Non merci ; elle ne sera plus pratiquée en Guinée puisque les temps ont changé.
5. L’arrivée du CNDD (comité national pour la démocratie et le développement) au pouvoir : le discours de prise de pouvoir qui consistait à mettre de l’ordre dans la maison Guinée et d’organiser des élections libres sans les militaires a provoqué un enthousiasme sans précédent mais très vite les destructions de maisons, les contrats de gré à gré, les comités de soutien à coup de millions etc. ont fini par décevoir bon nombre de Guinéens (moi y compris) ; ce sont là des méthodes que j’avais condamnées sous le régime de Lansana Conté alors pourquoi les soutenir sous le CNDD ?
6. C’est notre ‘Tour’ ; celui ou ceux qui ont prononcé ce concept savent pertinemment que le régime de Sékou Touré n’était pas un régime des malinkés et celui de Conté celui des soussous ; alors pour attirer l’électorat peulh, ils l’ont utilisé ; c’est une maladresse politique. Et le président Dadis en affirmant qu’aucune ethnie n’est supérieure à une autre en Guinée, il déplaça le débat politique sur le débat ethnique. La réponse adéquate est dans le discours de prise de pouvoir qui consistait à dire qu’il n’y a pas de tour ; il y aura des élections libres et transparente ainsi le peuple choisira le meilleur. A maladresse politique, réponse maladroite et nous voilà embarqué dans un conflit ethnique. Evidemment je voyais tout de suite l’amalgame et je pensais aux peulhs qui ont épousé des forestières ou aux forestiers qui ont des femmes peulhes et les enfants alors ? devaient-ils choisir un parent contre l’autre ? Je ne pouvais pas supporter un tel conflit dans mon pays.
Voilà en gros, les amalgames, les généralisations et les simplifications qui jalonnent notre histoire, dressent des murs d’incompréhensions et nous poussent dans un cercle infernal de violences. Ce sont des attaques similaires contre l’Eglise qui ont conduit Mgr TEA à écrire son texte la paix en 1960 et cinquante ans plus tard, mêmes causes mêmes effets.
Conclusion : Je me souviens d’une émission sur le poète martiniquais Aimé Césaire à qui certains leaders africains reprochaient de n’avoir pas proclamé l’indépendance de la Martinique ; alors il expliquait qu’il avait observé l’indépendance d’Haïti et que le roi Arthur avait utilisé les mêmes méthodes de division des colons pour régner et qu’il ne voulait pas que la même chose se reproduise sur son île.
Il avait par la suite écrit une pièce de théâtre sur le roi Arthur ; à la présentation de cette pièce à Dakar au Sénégal, devant le président Senghor et un parterre de leaders africains ; le message choqua et certains politiciens quittèrent la salle avant la fin du spectacle. Les faits lui donnent raison.
A la fin de l’élection présidentielle en Guinée, il nous faudra le courage de nous regarder en face pour reconnaître que nous avons raté notre indépendance et contrairement au Sénégal par exemple, nous n’avons pas une nation dépourvue de connotation ethnique.
Fidel Castro en personne reconnaît l’échec de son système pourquoi pas nous ? Il nous faudra organiser une conférence nationale, dire toutes les vérités en face, prendre ce qu’il y a de bon et définir un nouveau crédo pour notre pays.
Ainsi nous commencerons à construire une nation et à développer notre économie dans une paix sociale. C’est en cela que j’ai décidé de participer au débat politique pour apporter ma petite pierre à l’édifice Guinée en construction. Telle est ma conception de la politique.
Paul THEA
www.guineeactu.com
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