vendredi 10 septembre 2010
Ces amalgames, généralisations et simplifications qui nous tuent (1ère partie)
Paul Thea

Bien qu’ayant suivis quelques cours de politique à la fac ou participé à plusieurs débats, ou alors travaillé avec quelques politiciens pour une stratégie de communication, j’étais toujours resté en marge de la politique; raison pour laquelle bon nombre de mes amis sont surpris de ma participation dans le débat politique. J’irai plus loin car je compte dans le futur, militer dans un parti. J’aimerais dans cet article expliquer des raisons de nos incompréhensions dans les débats.

Après deux attaques de deux frères forestiers, j’ai trouvé opportun d’expliquer ma conception de la politique et de ce fait, faire une lecture de certains événements de l’histoire de la Guinée avant de vous livrer mon analyse. Ces attaques, je cite de mémoire, sont à peu près « M. Théa pourquoi vous aliéner ainsi? J’ai remarqué que depuis septembre de l’année dernière, vous cherchez un poste de responsabilité contre votre origine; je suis forestier d’une éducation digne du nom; Nyakoye Samoé, Lansana Béavogui, Gbagbo Zoumanigui et capitaine Dadis sont victimes de l’ethnocentrisme; si vous ne connaissez pas votre histoire, je vous la rappelle » et le second « Paul Théa, balayeur de rue en France puis aux USA qui n’a jamais rien apporté à son pays ».

Avant de vous racontez brièvement l’histoire de M. Nyakoye Samoé, vous faire une lecture politique de certains événements de 1984 à l’arrivée du CNDD et donner mon analyse, permettez moi de vous citer trois évènements qui vous aideront à comprendre mon analyse.

1.  Etudiant non boursier à Montpellier, j’avais du mal à joindre les deux bouts; je m’étais alors promis d’aider un frère à étudier sans passer par mes expériences puisque je n’avais aucun parent à un poste “juteux” en Guinée capable de le faire. C’est ainsi qu’avec mon premier boulot à la caisse d’Epargne de Toulouse, j’avais pris deux frères et une sœur avec moi pour leur formation en France. Trois ans plus tard, j’étais à Conakry pour recouvrer le paiement que la Guinée devait aux organisateurs de la foire de Toulouse; de fausse promesse en fausse promesse, je décidai de retourner en France avant l’expiration de mon billet d’avion; le secrétaire général de la présidence à l’époque me persuada de rester pour régler le problème et que l’Etat allait me trouver un autre billet d’avion.

Deux jours après l’expiration de mon billet, l’on m’annonça le décès de mon frère Etienne (un grand footballeur ) par noyade à 50 km de Toulouse; pas de billet de l’Etat, c’est Elj Papa Koly, à l’époque agent d’Air Afrique, qui me prêta un billet retour (quand plus tard j’ai voulu le rembourser, il m’a dit que c’était sa participation); une fois à Toulouse, la famille Ghussein, Tonton Maurice Sylla et famille, Tonton Fredy, Tonton Léo Katthy, bref, toute la communauté guinéenne et les amis français s’étaient déjà mobilisés pour une cotisation; une messe à l’église regroupa du monde, blancs et noirs; moi qui étais retourné en France sans le sou, avec les cotisations et l’assurance, dix jours plus tard, j’était dans l’avion avec le corps de mon frère pour la Guinée. Un miracle je vous assure. Pour la petite histoire, le père d’un des amis de mon frère qui travaillait à la mairie, m’approcha pour me dire qu’ils avaient facturé pour un cercueil standard mais en réalité qu’ils ont offert l’un des cercueils les plus chers; ce qui fait qu’à N’Zérékoré, le jour de l’enterrement, la rumeur courait que des bandits voulaient profaner la tombe pour récupérer les poignées en or sur le cercueil à tel point que la tombe fut gardée la nuit et cimentée le lendemain. Tout ce qui brille n’est pas or.

2.  A mon premier voyage en Malaisie, un peu perdu dans ce monde lointain, un Soudanais dans mon hôtel, informé de ma nationalité, alerta aussitôt son ami guinéen; ainsi arriva Ali, un jeune peulh qui devint du jour au lendemain mon tuteur; avant d’aller au travail, au sortir du travail, il passait par mon hôtel, faisait mes courses avec moi; il m’amena chez un professeur guinéen qui enseignait à l’Université de Kuala Lumpur et ce dernier fut très sympa avec moi, il nous invita le lendemain dans son bureau à l’Université. J’avais un sentiment mitigé entre la fierté de rencontrer un compatriote enseignant dans une grande Université et la peine de constater que des Guinéens forment des cadres de par le monde alors que le système éducatif guinéen se dégrade de jour en jour; ce professeur de droit comparé, formé en Arabie Saoudite n’est autre que le Dr Mustafa Koutoubou Sanoh actuel ministre des affaires religieuses.

J’ai tenu à raconter ces deux événements pour encore une fois exprimer ma profonde gratitude à tous ceux qui ont été à mes côtés dans le malheur tout comme dans le bonheur et aussi pour dire qu’avec de telles expériences, jamais je ne serai un ethnocentrique n’en déplaise à ceux qui pensent qu’en politique l’on ne doit voter ou soutenir que quelqu’un de son ethnie ou de sa région.

3.  Comme vous le savez, en été, il y a pléthore de festivals en Europe avec une couleur exotique, des danseurs africains; alors en regardant un groupe africain se faire applaudir par des blancs, j’ai demandé, en rigolant, à mon ami André Masumbuko, un Rwandais, pourquoi ce sont toujours les Africains qui viennent danser pour les blancs en Europe et jamais le contraire. Il a rigolé à son tour et dit que ce n’était pas possible. J’aimais parfois des coups de poker en affaire, alors je décidai d’écrire des lettres d’invitation aux groupes folkloriques français et suisses pour un festival en Guinée. A ma grande surprise, deux groupes (un suisse et un français) répondirent positivement.

A cause du prix élevé des billets d’avion, c’est le groupe suisse qui effectua le déplacement; voilà comment des Suisses se mirent en tenues traditionnelles pour faire un spectacle au palais du peuple à Conakry, trois à Boffa et un à Kamsar (par manque d’avion en ce moment, l’étape de N’Zérékoré fut annulée); comme le groupe était accompagné d’une journaliste, la radio suisse romande et certains journaux en Suisse parlèrent de la Guinée.

Dans mes activités, j’ai été interviewé par M. Fodé Tass Sylla et M. Demba de la radio télévision guinéenne RTG ; mes images filmées par M. Souleymane Bangoura de la RTG bref, que ce soit en Europe, en Guinée ou aux USA, mes activités sont toujours dans les medias donc faciles à prouver.

 

Ce médecin qui écrivait sur des sites que je n’ai rien apporté à mon pays ignore peut-être que je connais un peu les hôpitaux de chez nous; certains médecins (je ne veux pas généraliser), se font payer par des malades alors qu’ils sont payés par l’Etat pour le même service; c’est du vol mais ce médecin croit servir le pays mieux que moi qui réside à l’extérieur. Le Mali a compris depuis belle lurette l’importance de l’apport de sa diaspora; des banques maliennes ont depuis les années 80, instauré des services bancaires pour leurs ressortissants à l’extérieur; visitez Bamako par exemple pour constater les réalisations de leurs diasporas.

Cependant, en Guinée, l’on fait tout pour piétiner les projets de nos diasporas. Je découvre à présent que ceux jadis, qui téléphonaient à N’Zérékoré pour dire que je suis à la solde d’une ethnie ou des hommes d’affaires pour ne pas soutenir le CNDD, sont ceux-là même qui avaient bénéficié des financements du même CNDD pour de la propagande ou pour acheter des maisons en dehors de la Guinée.

La vérité finit toujours par triompher me disait ma mère; moi, Dieu merci, je n’ai jamais fait les éloges de qui que ce soit pour garnir mon assiette et j’en suis fier aujourd’hui.

Voici très brièvement l’histoire de M. Nyankoye de Samoé,

Son vrai nom est Nyakoye TEA, sur sa carte de visite Nyakoye de Samoé (son village) et il sera connu sous le nom de Nyakoye Samoé ; brillant intellectuel guinéen; son intelligence est l’un de ses caractères remarqués par ses interlocuteurs y compris ceux qui m’ont parlé de lui. Ami de Sékou Touré, fortement impliqué dans les mouvements politiques de conscientisation de la population, il était devenu aux yeux des colons, un des éléments dangereux pouvant mener à une décolonisation; ainsi, l’administration coloniale décida de l’expatrier, c’est à dire de le muter en dehors de la Guinée.

Il sera muté en Haute Volta (actuel Burkina Faso); il n’était pas le seul d’ailleurs; même Sékou Touré fut muté aussi mais il refusa de partir. A son retour en Guinée, avec Barry Diawandou, Jean Gozaga (un guerzé diplômé de l’école normale William Ponty) et d’autres cadres, ils fondèrent le BAG (le bloc Africain de Guinée). On assista forcément aux antagonismes entre ce parti politique et le PDG (parti démocratique de Guinée).

Pour des raisons que j’ignore, l’amitié entre Sékou Touré et Nyakore Samoé se dégrada pour devenir une véritable animosité. Nyakoye Samoé fut assassiné en 1956 entre Macenta et N’Zérékoré. Une dame qui était du voyage s’échappa mais elle courait en criant dans la forêt ce qui permit aux assaillants de la localiser et de l’assassiner à son tour. Voilà ce que je sais.

Je le dis dans mes articles, aucun homme politique n’a jamais fait l’unanimité dans sa région et quand on fait une lecture des mouvements politiques d’avant les indépendances, l’on doit reconnaitre que les intrigues et les assassinats politiques étaient le résultat d’une lutte pour la conquête du pouvoir et non un acte ethnocentrique. C’est ce que je crois.

L’histoire de Nyakore de Samoé m’a été racontée en partie par un vieux de Kpaya, village de ma mère situé à 10km de N’Zérékoré. Il fut l’un des enquêteurs envoyés sur les lieux du crime, ensuite par Mgr TEA, par Tonton Jean Jacques Lao de Paris, qui n’est autre qu’un des fils de Nyakoye de Samoé (c’est lui qui, enfant, faisait des commissions entre Sékou Touré et son père) et enfin par le vieux Pivi qui était ingénieur des ponts et chaussées.

Connaissant ma passion pour l’histoire, c’est le vieux Pivi qui m’invita chez lui pour me parler de l’histoire de son grand père Zébéla Togba Pivi, le chef Toma; il me montra la carte de visite de Nyakoye de Samoé, la bague que Samory Touré offrit à Zébéla Togba comme pacte de non agression et la canne de ce chef toma avec une flèche empoisonnée au bout.

Pour la petite histoire, le féticheur qui fabriqua le poison (un mélange de 7 différents poisons) fut assassiné à la fin des travaux. J’ai lu par la suite, que cette méthode fut pratiquée par beaucoup de chefs en Afrique pour garder les secrets des chefs; j’ai aussi visité par la suite, la tombe de Zébéla Togba à Zébéla entre Macenta et N’Zérékoré.

A N’Zérékoré, je passais des heures avec des vieux et des vieilles pour apprendre notre histoire alors je conseille à ce frère forestier qui veut me donner des cours d’histoire de la forêt, à mettre ses connaissances sur le net, pour qu’elles soient profitables à tous.

Je suis contre la médiocrité; je suis pour la compétence et les grands travailleurs; je suis pour une justice sociale; alors pour une fonction quelconque en Guinée, je soutiendrai le Guinéen qui à mes yeux, peut l’assumer dans l’intérêt du pays; peu importe son ethnie.

Beaucoup de Guinéens ont pillé notre économie depuis l’indépendance jusqu’à la transition d’aujourd’hui alors vouloir trouver des boucs émissaires pour expliquer notre retard économique, est à mes yeux, une injustice sociale.

Si je veux un poste en Guinée, comme tout le monde, je ferai valoir mes formations en France et aux USA, mes expériences professionnelles en France, en Guinée et aux USA et non en faisant les éloges d’un politicien.

Continuez à m’attaquer, vous ferez de moi un grand écrivain; ainsi je gagnerai le prix littéraire aminata.com que Me Nadine Bari, M. Thierno Monénembo et le Doyen Bokoum n’ont pas. Lol. Un peu d’humour à la Bokoum. C’est une petite pensée amicale à ces grands de Guinée qui seront mes invités à la radio. A bientôt pour la suite. Désolé d’avoir été un peu long cette fois-ci.


Paul THEA


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Mr KPOGHOMOU William USA, mercredi 15 septembre 2010
Excellent article...!!!
Oury Diallo, samedi 11 septembre 2010
M. THEA, en Guinée ce sont les peureux qui nous rabâchent les oreilles avec ces vieux disques usés. C est le lot d un certain Alpha Conde, qui n’a que l’ethnocentrisme comme fond de commerce pour attirer quelques nostalgiques d une ère pourrie et révolue. Continuez votre travail, et n’écoutez pas ces griots d’une cause perdue.
Saïdou Nour Bokoum, samedi 11 septembre 2010
Fiston Paul – pour ceux qui ne sont pas scotchés à la page commentaire, M. Théa est un neveu d’Odilon Théa, un copain à moi -, donc Jean Gozaga, avec ses courtes culottes, et ses socquettes, rondouillard, fut peut-être le plus grand maître de mes frères aînés, et de tout une époque, dont l’un était toujours premier de sa classe. Jean Gozaga était très accro à la bouteille, - si nous parlons du même -, mais ça le rendait plus génial. Il savait qui j’étais et je ne lâchais jamais les basques de mon frère, même dans ses classes, alors que j’étais petit et loin d’être scolarisé. Il m’arrivait de répondre à des questions d’anatomie, comme cet après-midi à propos du poisson, « ça vit dans l’eau », « bravo petit Bokoum , tu auras un bonbon tout à l’heure ». Je m’endormis. Mais voilà, Gozaga avait horreur des gens qui dormaient en classe, et il avait oublié petit Bokoum et alors « réveillez celui-là ! » Et clac ! Mon voisin n’était pas une lumière. Gozaga : « Espèce de Toto, tu n’as pas vu que c’est petit Bokoum ? ». « Mais M’sieu’.. » A la fin du cours, j’eus droit à plusieurs capitaines fumés ! Une époque où l’on apprenait même en dormant, car les « instits » étaient des Maîtres. Bonne fête !
DIOGO B., samedi 11 septembre 2010
M. Théa, je ne sais pourquoi, mais vous êtes mon favori des écrivains Guinéens sur le net. Je prends toujours un énorme plaisir à vous lire. Gracias
modybhoye, samedi 11 septembre 2010
QUELLE BELLE ANANYLE!MERCI MR TEA,NOUS ATTENDONS LA PROCHAINE HISTOIRE !MERCI ENCORE
Thierno, Cergy, samedi 11 septembre 2010
Vos articles sont toujours remplis d`enseignement. Vous êtes un homme à la fois humble et talentueux. Merci
Paul THEA, samedi 11 septembre 2010
Je viens de me rendre compte que j`ai envoyé à Guineeact et guineemoderne la version non corrigée de mon article alors désolé pour les fautes sinon, je peux envoyer au site le texte corrigé. Paul
Sékou Oumar Camara, vendredi 10 septembre 2010
Les deux articles de Paul THEA me laissent pantois! Chapeau bas, l`Artiste!
kalil diallo, vendredi 10 septembre 2010
merci paul tea ,tu nous a permis d`apprendre beaucoup de chose ici,j`espere que tu seras recompensé par ton courage ,il ne faut pas les repondre ,peut etre dans l`avenir nous pourons au nom de toute la guinee condamner le mal sans condamner une ethnie tant que nous continuerons de soutenir le notre bon ou mauvais nous perderons ensemble les 52ans sont exemplaires.
Baldems, vendredi 10 septembre 2010
M. Paul? Vous êtes un ange!
Abdoulaye Diallo, Rotterdam, vendredi 10 septembre 2010
Pour moi Mr Thea vous avez été plutot très court dans cet article. Je ne voulais pas que cette belle histoire que vous contez si aisement se termine si vite... Si chaque compatriote guinéen faisait valoir ses diplomes et expérences pour avoir un job au lieu de dire : "je suis le fils de...", la guinée serait déjà loing de cet ethnocentrisme gallopant,mais helas! croyez-moi, si c`est les attaques qui vous inspirent vous aurez toujours à écrire car ils cotinuerons à vous attaquer. Excellant article! Merci Paul.
Abdourahmane Diallo, vendredi 10 septembre 2010
10 sur 10 Mr Thea. j`aime vraiment lire vos articles.merci bcp!
Paul THEA, vendredi 10 septembre 2010
Oui frère Sampil, je savais la similitude mais pas le nom. J`en parlais avec tonton Fernand Bangoura de la RTG. Regards. Paul
mohamed sampil, vendredi 10 septembre 2010
Bel article, PAUL...Savez-vous qu`il y a des similtudes entre les Forestiers et le Kakandé. Un exemple le nom TOGBA existe aussi dans le NALOTAYE ( KANFORY TOGBA )..Fraternellement..Mohamed Sampil
Oumar M. Bah, vendredi 10 septembre 2010
Un très bon article et comme toujours, dépourvu de toute passion. Merci Paul Théa !

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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