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Après une dizaine d’années de vie gouvernementale, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo a été officiellement investi en novembre dernier président de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG), l’une des formations politiques de l’opposition. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, il parle de ses ambitions politiques, de l’action gouvernementale, de l’alliance entre l’UFDG et l’UPR, et de la profonde crise que traverse actuellement le pays au triple plan social, politique et économique. L’Indépendant : En cinq mois de présidence à la tête de l’UFDG, qu’est-ce que Cellou Dalein a pu apporter à ce parti et quels sont ses perspectives dans le cadre des prochaines législatives ? Cellou Dalein Diallo : Ce que Cellou a fait ? Je ne sais pas. J’ai rejoint une équipe. J’ai trouvé sur place une équipe et je suis venu avec beaucoup de chance. Puisqu’ils me faisaient confiance. Et nous nous sommes mis à travailler. Le premier objectif qu’on s’était fixé, c’est de procéder à l’implantation du parti. D’abord à Conakry, ensuite dans les différentes circonscriptions électorales de l’intérieur. Au niveau de Conakry, on a décidé d’implanter d’abord le comité de base. Dans les secteurs des quartiers. Il y a environ 500 secteurs dans les cinq communes urbaines. Nous avons essayé d’implanter dans chaque secteur de chaque quartier, un comité de base de l’UFDG. Aujourd’hui, nous avons implanté plus de 250 comités de base. C’est un premier bilan qui, je pense, est élogieux. Dans la mesure où ces comités de base ont été implantés et validés. Ils fonctionnent dans tous les secteurs. Nous ne nous sommes pas contentés de listes produites par quelques individus et présentées à la Direction. Nous avons mis des commissions. Une commission d’implantation et une commission de validation. Le comité de validation a pour objectif de s’assurer que la diversité de la nation est bien représentée dans le comité de base, s’assurer que la parité jeunes/femmes est respectée dans le comité. Il faut s’assurer que les gens existent réellement parce qu’ils doivent se présenter devant le comité de validation, affirmer leur adhésion au parti et s’engager à le servir de façon désintéressée. Tous ces 250 comités de base sont passés par là. Ils existent. Ils ont un siège et sont engagés à servir l’UFDG. Donc, au niveau de Conakry, c’est très réconfortant de constater qu’il y a ce résultat grâce à l’engouement des populations et à leur confiance. Nous avons envoyé une mission en Haute-Guinée pour essayer d’y implanter le parti. Nous avons une fédération pilote à Banankörö, sous la direction de Docteur Keïta qui a pris l’initiative d’installer le parti en Haute-Guinée. Il faut reconnaître qu’à ce niveau jusqu’à présent, on n’a fait que mettre en place les bureaux fédéraux provisoires aux chefs-lieux des circonscriptions. On a installé quelques sections dans la commune urbaine. Mais on n’est pas encore allés dans toutes les CRD. Le travail continue. En Forêt, c’est la même chose. Aujourd’hui, dans toute la Forêt, on a un bureau fédéral provisoire qui est opérationnel. La preuve, on a senti qu’on est bien représenté dans tous les démembrements de la CENI, en Forêt, en Haute-Guinée, Basse-Guinée, et bien entendu en Moyenne-Guinée. En Guinée, on a innové. Puisque le parti n’a pas eu besoin d’envoyer une délégation. Après mon investiture, les associations des ressortissants de toutes les préfectures étaient passées ici, à mon domicile, m’adresser leur félicitation et m’apporter leur soutien. Ce sont ces associations qui se sont mobilisées pour aller implanter le parti dans leurs préfectures respectives. Cela s’est bien passé. Aujourd’hui, seule la mission de Koundara, en ce qui concerne la Moyenne-Guinée, n’est pas revenue jusque-là. Parce qu’elle a été la dernière à partir. Sinon, Lélouma a été la première préfecture à faire ce travail. On a assisté à un engouement très fort, aussi bien des anciens militants et responsables du PUP que ceux de l’UPR, et de l’UFR, en ce qui concerne la Moyenne-Guinée. Donc dans cette région, on est aujourd’hui implantés jusque dans les districts. Parce que les missions qui sont parties ont implanté non seulement le comité de base dans les districts mais aussi les sections dans les CRD et les Fédérations au niveau des chefs-lieux des circonscriptions. Ce qui explique effectivement qu’on est bien représenté dans les démembrements de la CENI au niveau des sous-préfectures, communes et préfectures. Disons donc que le premier objectif après mon investiture, c’était de combler le déficit d’implantation. Parce que le parti n’avait pas d’organisme à la base. Il y avait quelques Fédérations, 3 ou 4 et puis, il y avait la Direction nationale. Je crois qu’on a fait un progrès important. Quant aux perspectives, il faut savoir qu’il reste à implanter le parti en Forêt. Notamment dans les districts et dans les CRD. En Forêt et en Haute-Guinée, c’est ce travail qui est en train d’être fait actuellement. Je crois qu’au Foutah et en Basse-Guinée, ce travail est effectif déjà. Tout ce qui s’est passé à Boké a suscité un réel engouement. Il y a eu 8 membres du bureau fédéral du PUP qui ont démissionné pour rejoindre l’UFDG. C’est le président de l’UPR qui a aussi démissionné pour revendiquer la direction de la Fédération de Boké. A Boffa également, on a enregistré le même engouement. A Coyah, c’était la même chose. Beaucoup de cadres de l’UFR et de l’UPR ont démissionné pour intégrer l’UFDG. A Forécariah et à Kindia, c’est tout le bureau fédéral de l’UPR qui a rendu le tablier pour l’UFDG. On a un problème : comment concilier tous les anciens responsables fédéraux des autres partis qui veulent tous être membres du bureau fédéral de l’UFDG. Les gens viennent de l’UPR, de l’UFR, parfois du RPG. On vous accuse par ailleurs d’être à la base de la déstabilisation de certains partis politiques à l’intérieur du pays à travers vos comités de soutien. Que répondez-vous à ceux qui soutiennent cette thèse? Oui, peut-être que les gens ont raison. Parce que moi je suis arrivé à la politique à un moment où, pratiquement, tous les citoyens étaient déjà engagés dans un parti ou dans un autre. Aujourd’hui ce sont des résultats, il y a un engouement fort. Les gens viennent d’autres formations politiques. Ils ont peut-être raison de dire que j’ai déstabilisé les partis. Mais non, ça c’est la démocratie. J’essaie de décliner mes priorités. J’essais de vendre mon projet de société et s’il y a des gens qui croient, s’ils étaient dans un autre parti, ils peuvent le quitter. Et puis, j’ai un avantage. Les gens m’ont vu à l’œuvre lorsque j’étais ministre pendant une dizaine d’années. J’ai pu marquer mon passage dans certains départements. Je pense qu’il y a ce facteur aussi. Quelle lecture pouvez-vous nous faire aujourd’hui de la guéguerre entre la Présidence de la République et la Primature. Etant donné que vous aviez été Premier ministre, qui, en son temps, a été objet et sujet d’une crise qui aura finalement entraîné votre départ de la Primature ? Oui, écoutez ! Il faut essayer d’analyser chaque crise et essayer de pouvoir identifier les causes et trouver les solutions. Je ne pense pas que toutes les situations soient les mêmes. Ici, le Premier ministre est arrivé à l’issue d’une profonde crise et par des accords dits tripartites qui ont été signés à l’issue de ladite crise. Alors, je constate que simplement ces accords ne pouvaient prévaloir sur la Constitution. Donc j’ai mon analyse de la situation. Je pense que le président, dès lors que la constitution n’a pas été modifiée, et vous savez que nous sommes dans un régime présidentiel fort, il a tous les pouvoirs. Les accords ne peuvent pas être au dessus de la constitution. Ce sont des problèmes qu’on a vécus en Côte d’Ivoire. Ici aussi c’est vraiment difficile. C’est un pouvoir délégué dans tous les cas par Monsieur le Président. Puisqu’il y a une lettre de mission signée du président. Il y a une délégation du pouvoir. Je pense que les accords n’avaient pas abordé toutes les questions liées à la gestion du pays. Le Président de la République reste président de la République. Il a la légitimité, l’autorité. Il est élu. La constitution lui donne tout le pouvoir. Cette constitution n’ayant pas été modifiée juridiquement, c’est lui qui a le pouvoir. La Guinée traverse en ce moment une crise économique sans précédent. Vous, en tant que leader d’opinion, quel commentaire faites-vous par rapport à cette situation ? Cette crise économique est vraiment préoccupante. Parce qu’elle va toucher profondément le pouvoir d’achat des citoyens. Le niveau de vie risque de baisser fortement. Il conviendrait que le gouvernement prenne cette crise au sérieux, essaie de trouver des solutions pour atténuer son impact sur le niveau de vie des citoyens. Il est vrai qu’il y a des variables qui ne sont pas sous le contrôle du gouvernement. Comme l’inflation mondiale qui touche le prix du riz, du carburant et du blé. Mais il faut rechercher à l’interne des solutions pour atténuer cette crise sur le revenu des populations. Une piste à laquelle je pense. Aujourd’hui nous importons ces trois produits, le pétrole, le riz et la farine. Il y a une flambée des cours de ces produits sur le marché international. Flambée qui ne dépend pas du gouvernement. Mais en même temps la Guinée exporte des produits qui enregistrent aussi une hausse des prix. Nous exportons de la bauxite, de l’or…Est-ce qu’il n’y a pas lieu de voir si le gouvernement ne peut pas tirer de la flambée des cours des produits exportés par le pays des revenus susceptibles de permettre d’atténuer la flambée des cours sur les produits que nous importons ? Je vous donne un exemple. Les conventions avec les sociétés qui exploitent l’or, ont été signées dans les années « 80 » à un moment où l’or coûtait 250 dollars l’once en moyenne. Aujourd’hui, l’or est à 1000$. Est-ce que cette flambée des cours de ce produit extrait des sols guinéens bénéficie à l’Etat ? C’est vrai que peut-être la convention n’a pas prévu, n’a pas indexé les revenus de l’Etat. Peut-être que vous avez suivi ce qui s’est passé au Niger. Lorsque le cours de l’uranium est monté, le gouvernement a demandé une négociation avec la société d’exploitation AREVA. Il ne s’agit pas d’imposer une taxe spéciale, comme on l’a fait dans le temps. Il s’agit de négocier pour qu’on partage la plus-value qui naît de cette flambée des cours des produits exportés. C’est un exemple parmi d’autres. Il y a également la bauxite. On peut regarder de façon lucide et inviter si on peut bénéficier un peu, en tant qu’Etat, des retombées de cette flambée des cours des produits que nous exportons. Que pensez-vous des conclusions partielles des audits des ministères et secrétariats généraux qui sont aujourd’hui disponibles ? Je dois avouer très sincèrement que je n’ai pas lu les rapports d’audits. Si bien que je ne peux pas vous faire un commentaire là-dessus. On m’a dit que c’est sur le net. Déjà le conseil des ministres, dans l’une de ses sessions, en a donné l’esquisse. Je n’ai pas suivi. Je ne sais pas quelle a été la procédure utilisée pour réaliser ces études. Quelles sont les conclusions et dans quelle mesure ces conclusions étaient fiables. Je suppose que l’audit doit se faire suivant des procédures généralement admises. Il y avait certainement des personnes responsables de la gestion. Les rapports doivent être d’abord transmis à ces personnes responsables pour qu’ells fassent leur réaction avant de publier peut-être le rapport. Mais je ne sais pas si la procédure a été suivie. Je n’ai pas vu, vraiment il m’est très difficile de me prononcer là-dessus. Quelles sont vos réactions par rapport aux informations selon lesquelles Cellou Dalein ferait partie des fonctionnaires dont le nom figure dans les conclusions des audits ? Ecoutez ! J’ai assumé des responsabilités au niveau de l’Etat. Si on a des choses à me reprocher, on doit peut-être me poser des questions. Jusqu’à présent, je note qu’on ne m’a posé aucune question. Comme je n’ai pas lu le rapport, je ne sais pas ce qu’on a dit. Que pensez-vous du récent décret du président Conté annulant les arrêtés du Premier ministre par rapport à la cession de certains hôtels guinéens à la Libye ? Je ne sais pas. Je n’ai pas vu l’exposé du motif ni de l’arrêté du Premier ministre ni du décret du Président de la République. Mais je suppose que si on a annulé, c’est que la procédure n’a pas été respectée. Parce que je sais qu’il y a une loi sur la privatisation qui définit les procédures de cession des patrimoines de l’Etat. Je ne sais pas si cela a été ou non respecté. Je ne connais pas les motifs d’annulation. Mais je me dis quelque part qu’il y a peut-être des griefs. Peut-être la procédure n’a pas été respectée. Pour avoir été à un moment donné Premier ministre, est-ce qu’on peut connaître ces procédures ? Bon, il y a d’abord une procédure simple. Lorsque l’Etat achète ou vend, il doit procéder par appel d’offre. Ça c’est dans les différents codes qui sont les lois de la République. Lorsque l’Etat doit privatiser, la règle est qu’il lance un appel d’offre. Que les sociétés compétentes remplissant les conditions exigées dans les cahiers de charges manifestent leur intérêt. Et qu’une commission interministérielle analyse les offres et, finalement, recommande l’adjudication du marché à une entreprise. Après avoir défini le type d’entreprise qu’on veut, quelles sont les charges qui doivent peser sur ces entreprises, quelles sont les obligations qui vont être celles de l’acquéreur vis-à-vis de l’Etat, il y a le paiement du prix. Mais parfois, il y a des investissements à réaliser. Il y a un nombre d’obligations qui sont généralement listées. Est-ce que par rapport à la cession des hôtels, il y a eu appel d’offre ? Je ne sais pas. Est-ce que toutes les procédures ont été respectées ou bien cela a-t-il été fait de gré à gré ? Je ne sais pas et je ne sais pas non plus les motifs pour lesquels cela a été annulé. Mais je me dis sans doute qu’il y a eu peut-être vice de forme ou de procédure. Hier vous étiez l’un des plus proches collaborateurs du président Conté. Aujourd’hui vous passez dans l’opposition. Cinq mois après, quels sont aujourd’hui vos rapports avec le chef de l’Etat ? Mes relations avec le président sont toujours bonnes. Parce qu’on a une relation humaine très forte. Je considère que le président est mon ami. Et jusqu’à preuve du contraire il considère que je suis son ami. Ceci dit, comme je l’ai dit, j’ai fait de la politique. J’ai essayé, à sa demande, de l’aider à mettre en œuvre sa politique suivant sa vision. Aujourd’hui, j’ai envie de participer à la définition de cette vision du programme pour faire suivant ma propre vision. On est un peu différents. On a des tempéraments, on n’est pas de la même génération. C’est sûr qu’il y a une différence de vision, de perception des choses. J’ai envie de faire la chose comme je le pense bon pour le pays. Il y a des nuances, il y a des différences avec lui, je pense qu’il l’accepte comme c’est un démocrate. Qu’en est-il de l’alliance entre l’UFDG et l’UPR ? On a mis en place un comité paritaire qui était chargé d’examiner les conditions de rapprochement entre les deux partis. Je crois que l’UPR avait défini les options possibles : fusion, intégration ou alliance forte. C’est-à-dire avoir des listes communes pour les législatives. Lorsqu’on avait mis en place le comité paritaire, elle a estimé qu’il serait plus judicieux de travailler sur l’intégration des deux partis. Pour qu’il y ait une seule formation politique. Nous, nous avons réagi promptement. On dit qu’on est d’accord. Bon l’UPR avait besoin de consulter et de savoir ce que intégration signifiait, même si elle faisait partie de sa résolution. Mais jusqu’à présent on ne sait pas encore si l’UPR est pour l’intégration. Nous, nous avons dit oui qu’on n’avait pas d’objection. Mais dans l’autre camp, celui de l’UPR, on pense que vous êtes en train de les déstabiliser en débauchant leurs militants ? Oui, mais je pense que j’ai répondu à cette question. J’ai décidé de faire la politique. Je suis à la direction d’un parti, je cherche des militants. Je ne force personne, je ne corromps personne. Ceux qui me font confiance, soit parce qu’ils m’ont vu à l’œuvre ou parce qu’ils font foi à mon discours politique, viennent. Ils viennent de l’UPR, de l’UFR, du PUP ou d’autres partis. Je n’ai pas décidé de déstabiliser l’UPR, je cherche à rassembler et je note avec beaucoup de satisfaction que l’UPR, avec l’UFDG, est en train de se faire à la base. (Rires). Que pensez-vous du programme de concertation sociale en Guinée (Proconsogui) lancé et dont la caravane sillonne en ce moment le pays profond ? Moi je pense qu’il faut dialoguer, il faut échanger. Nous sommes dans une crise profonde, crise institutionnelle, crise économique. La crise a d’autres dimensions. Il faut que les Guinéens se parlent et essaient de trouver une solution. Toute initiative visant à créer les conditions d’un dialogue franc, doit être saluée. Maintenant, il s’agit d’avoir le courage et la lucidité pour faire des propositions qui règlent le problème. Parce que je sais que tout le monde connaît le problème presque. Mais quelles sont les solutions applicables ? C’est là qu’il y a souvent des divergences. Je souhaite que cette concertation débouche sur des solutions applicables et qui puissent sortir la Guinée de la crise ou en tout cas atténuer cette crise qui risque d’avoir un impact très lourd sur le niveau de vie des populations. Gérard Latortue, l’émissaire onusien, facilitateur dans le dialogue inter guinéen, vient de boucler sa mission. A votre avis, était-il nécessaire qu’on fasse recours à un médiateur étranger pour nous sortir de crise ? Vous savez, les Guinéens s’aiment beaucoup mais ils ne se font pas beaucoup confiance. Si on a un facilitateur, ça peut être utile. Parce que face à la crise qui menace aujourd’hui le pays, il ne faut pas exclure qu’un facilitateur extérieur soit utile. Vous vous souvenez dans la crise de janvier et février 2007, le président Babangida et la CEDEAO ont joué un rôle déterminant. Parce qu’entre Guinéens, c’est parfois très difficile qu’on se fasse confiance. Parce que chaque groupe est suspect par rapport à tel préjugé, par rapport à telle réalité. Chaque fois que moi je propose quelque chose, on dira que c’est Cellou, c’est ça et ça… Même si la solution est pertinente. C’est difficile pour l’autre groupe de l’accepter. Mais lorsqu’une personnalité étrangère se prononce favorablement ou soutient la solution, les gens sont mieux à même de l’accepter. C’était utile qu’il fût là. J’ai eu un entretien avec lui. Je sais qu’il a pu évaluer correctement la situation. Je ne sais pas quelles sont les suggestions qu’il a formulées. Mais je pense qu’il a une évaluation correcte de l’état des lieux. Enfin avez-vous un message particulier pour les Guinéens aujourd’hui ? Le peuple de Guinée souffre beaucoup. Je pense qu’il n’y a assez de choses à faire. Mais ce n’est pas difficile de changer la Guinée. Il y a le potentiel et les Guinéens sont des patriotes. Tout le monde aime le pays. Il y a une crise de confiance entre les dirigeants et les citoyens. Je pense qu’il faut combler cette crise. Elle ne sera comblée que lorsque les gens vont accepter de faire don de leur personne à la collectivité nationale. Et que l’exercice du pouvoir soit vraiment le moyen pour un homme, pour un gouvernement, de se donner à la collectivité et de travailler pour changer cette situation, changer les conditions de vie de nos populations. Je pense que c’est possible. Il y a des opportunités énormes à saisir aujourd’hui en matière de développement. Les opportunités extérieures. On vous dira que l’aide au développement a décliné. Mais il y a des ressources. Elles sont destinées aux gouvernements crédibles, aux gouvernements qui ont une vision pour leur pays, qui respectent les règles et les procédures qu’ils se sont imposées à travers les lois de leur Etat. Je pense que c’est possible de le faire. Il y a tellement de possibilités aujourd’hui de financement pour réaliser les infrastructures routières, énergétiques. Il y a tellement d’opportunités pour créer un système éducatif performant qui est la base de la compétition. Ceux qui veulent gagner la compétition, qui oppose aujourd’hui les hommes ou les machines, doivent investir dans les ressources humaines. Et la Guinée a une population dynamique, intelligente. Mais nous devons moderniser notre système éducatif. Nous devons également investir dans les infrastructures. L’eau et l’électricité ne doivent pas être un luxe pour la Guinée. C’est vraiment un droit. On peut le faire. Les ressources sont là. L’eau est là, le potentiel hydroélectrique est là. L’essentiel c’est d’améliorer la gouvernance dans la gestion de ces secteurs. Pour qu’on puisse saisir les opportunités de financement qui existent pour réaliser le barrage sur le Konkouré, sur les différents sites hydroélectriques qui sont parmi les meilleurs au monde. Qu’on ait l’électricité, que ça soit bien géré. L’électricité a un coût qui doit être payé. Propos recueillis par Camara Amara Moro & Samory Kéïta L’Indépendant, partenaire de www.guineeactucom
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