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Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) réagit à travers cet entretien qu’il nous a accordé, aux événements qui ont marqué la fin de ce mois de décembre, ayant conduit à un changement de régime, avec la prise du pouvoir par le CNDD.
L’indépendant : On vient de nommer un nouveau Premier ministre en la personne de M. Kabiné Komara. Quelles sont vos impressions suite à cette nomination M. Diallo?
Cellou Dalein Diallo : Je connais personnellement Kabiné Komara qui vient d’être nommé. C’est un cadre compétent qui a une grande expérience de l’administration guinéenne. Il a dirigé des services importants au sein de cette administration. Il a été directeur de la Coopération internationale, directeur des investissements publics au ministère du Plan et à la coopération, conseiller du ministre du Plan et des Finances. Je pense qu’il a les capacités et les compétences requises pour diriger cette transition. Mais il faut le juger aux actes, sur son programme. Sinon il a les atouts qu’il faut. S’il a la volonté politique de bien faire, je crois qu’il est en mesure d’aider le CNDD à prendre de bonnes décisions. Parce qu’il sait ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. En matière de coopération internationale, il connaît parfaitement les bailleurs de fonds, leur règle et leur procédure. Il est en même de développer une politique susceptible de rassurer nos partenaires au développement en terme de gestion publique. Maintenant il faut attendre qu’il se mette à l’œuvre pour connaître effectivement quels sont ses projets, son programme et quelles sont ses actons. Et c’est en cela qu’il faudra le juger.
Que retenez-vous de feu président Lansana Conté que vous avez côtoyé durant une longue période ?
Je retiens de lui l’humilité, la simplicité. Un homme profondément humain avec lequel j’ai eu de solides relations humaines, des relations de collaboration au sein de son propre gouvernement. Il aimait la Guinée et il en était attaché, très humble et d’une très grande simplicité.
Au lendemain de l’annonce de son décès survenu le 22 décembre dernier, une junte militaire a pris le pouvoir. Quels sont vos sentiments suite au changement de régime survenu en Guinée ?
J’ai pris acte, en tant qu’acteur politique, de la prise du pouvoir par le conseil national de démocratie et de développement (CNDD). J’ai noté à partir des déclarations qui ont été faites, une volonté de conduire la transition. J’ai noté également une évolution dans la mesure où le CNDD a indiqué qu’il laissait aux partis politiques le soin de proposer une date pour l’organisation des élections législatives. C’est une avancée par rapport aux premières déclarations. Parce qu’il y a eu une volonté d’ouvrir le dialogue avec les forces vives afin de définir la feuille de route de la transition. Si cela se concrétisait, je pense que ça va être une très bonne chose pour le pays dans la mesure où ils s’engageaient à organiser des élections libres et transparentes dans des délais à convenir.
A votre avis, était-ce la seule alternative pour éviter des troubles sociaux en Guinée ?
Non c’est une option. Là on n’a pas le choix hein. Les militaires ont pris le pouvoir. Il faut le constater et en prendre acte. Maintenant tous ceux qui sont attachés à la démocratie, au droit du peuple de Guinée de désigner ses dirigeants doivent travailler avec la junte pour que le plus rapidement possible, le peuple guinéen puisse choisir librement ses dirigeants pour qu’on puisse mettre en place des institutions légitimes et crédibles.
La junte militaire promet 18 mois pour la tenue des élections présidentielles. Ne trouvez vous pas que c’est trop ?
Personnellement j’estime que ce délai est trop long pour la tenue des élections. Dans la mesure où comme je l’ai dit tantôt, nous étions déjà dans le processus d’organisation des élections législatives. Les outils créés, ou qui sont en train d’être créés dans le cadre de ce processus, peuvent être utilisés pour organiser les élections présidentielles. Ce sont les mêmes électeurs, on peut aussi utiliser les mêmes urnes, la même CENI et ses démembrements, le même fichier qui va résulter des travaux des commissions administratives pour la révision des listes électorales. Si on n’était pas dans un processus d’élections législatives, c’est sûr on aurait eu besoin d’un délai plus long. Mais depuis un an déjà, on est en train de travailler pour créer les conditions d’organiser des élections législatives et une date était fixée pour le 31 mai 2009 pour le scrutin. Il faut évaluer le niveau d’avancement de ce processus, confirmer cette date du 31 mai ou alors rapporter légèrement en fonction d’une évaluation objective.
Au cas où cette volonté ne se concrétiserait pas, quelle date proposeriez-vous au CNDD pour la tenue des élections législatives ?
S’il y a une volonté politique réelle, il y a une autorité de l’Etat qui, s’exerce sur la CENI, sur les agents recenseurs pour qu’ils diligentent cette opération de recensement, je pense qu’à défaut de coupler les législatives et la présidentielle au mois de juin 2009, on pourrait organiser les législatives au mois de juin et au plus tard, l’élection présidentielle en fin décembre 2009. Je propose donc que les élections législatives se tiennent en 2009. Parce que je pense que les conditions sont réunies pour le faire. Mais si le dialogue est ouvert avec les forces vives, les autres partis politiques, la société civile, il est possible de trouver un calendrier satisfaisant pour tout le monde dès lors que nous partageons l’objectif de rendre au peuple le droit de choisir ses dirigeants dans les plus brefs délais. Si c’est un objectif partagé, on regarde le niveau du processus qui était enclenché déjà et on verra quelle est la date la plus indiquée pour que des élections transparentes et crédibles soient organisées.
Est-ce que votre parti prendra-t-il part au prochain gouvernement dont la formation est déjà enclenchée par le CNDD ?
Il faut demander au CNDD s’il veut ouvrir ce gouvernement aux partis politiques. Si le parti était sollicité, on examinerait au sein du parti pour savoir s’il y a lieu d’être dans le gouvernement. Mais notre priorité c’est la tenue des élections crédibles dans le pays. Et nous sommes, en tant que parti, prêts à participer à ces élections et on souhaite qu’elles soient organisées le plutôt que possible.
En tant qu’ancien Premier ministre, n’avez-vous pas peur des audits annoncés par le CNDD surtout que Sydia Touré demande à ce que les anciens Premiers ministres ne soient pas épargnés par ce contrôle ?
Je souhaite que ces audits soient faits pour que les Guinéens soient fixés par rapport à la responsabilité de chacun dans les détournements dont on parle. Je suis prêt. Si je me suis engagé en politique c’est parce que je suis prêt à répondre de ma gestion au sein du gouvernement auquel j’ai appartenu. Il n’y a aucun problème du tout. Je n’ai pas peur du tout. Au contraire s’ils ont lieu, ça fixera peut-être un peu les gens.
Votre mot de la fin peut-être ?
Je souhaite que les Guinéens se mettent au travail pour assister peut-être le CNDD afin que les élections aient lieu le plutôt que possible.
Propos recueillis par Mamadou Siré Diallo L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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