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Journée faste pour Cellou Dalein Diallo à Paris que ce samedi 27 mars 2010. Plus d’un millier de personnes de la diaspora guinéenne sont venues écouter son message à l’auditorium du 124 de la rue de Bagnolet dans l’est parisien. Le président de l’UFDG, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, était accompagné notamment du vice-président du parti chargé des Affaires sociales et juridiques, le Dr Fodé Oussou Fofana, du Dr Ben Youssouf Kéïta, membre du Conseil politique, d’El Hadj Djouma Bah, membre du Bureau exécutif et président de la Fédération du Canada, d’El Hadj Saïdou Diallo, également membre du Bureau exécutif, et de son épouse, Hadja Halimatou Diallo.
A l’ouverture du meeting, à 15 heures, la salle était archicomble. Des centaines de personnes n’ayant pu trouver de place assise sont restées debout tandis que beaucoup d’autres ont dû se masser devant la porte d’entrée. A la tribune, le président de l’UFDG et sa délégation étaient entourés, entre autres, des présidents des Fédérations de France, de Belgique, d’Autriche et de Grande-Bretagne. Un véritable sommet de l’UFDG-Europe.
C’est le président de la Fédération hôte, en l’occurrence Abdoulaye-Baïlo Diallo, qui a pris la parole le premier, comme il se doit, pour souhaiter la bienvenue à tous les participants au meeting. Avant d’entamer son speech très attendu par l’assistance, Cellou Dalein a tenu à ce que le Dr Ben Youssouf Kéïta apporte un témoignage sur les brutalités dont celui-ci a été victime lors des massacres perpétrés le 28 septembre 2009 par la junte militaire guinéenne. Comme plus de 1 000 autres de nos compatriotes, le Dr Kéïta a été sauvagement agressé ce jour-là au stade par les soudards de Dadis. On n’oubliera jamais que lors de ces événements de triste mémoire, outre ces blessés, 159 personnes ont été assassinées. Cellou Dalein lui-même n’a été sauvé que par miracle. Par la grâce de Dieu, dira-t-il au cours de son allocution. De fait, il s’en sorti avec quatre côtes cassées, un traumatisme crânien et des blessures au visage. S’étant interposé, son garde du corps a reçu une première balle à l’épaule gauche. Le tueur s’est retourné pour l’achever, lui tirant une seconde balle qui l’atteignit à l’autre épaule. Après quoi, le criminel déguerpit, laissant Cellou et son garde du corps pour morts. Fort heureusement, ceux-ci se remettront de leurs blessures. Est-ce le simple fait du hasard si le chauffeur de Dadis, qui est l’auteur de ces méfaits, a été exécuté le 3 décembre suivant, à la suite de l’agression contre l’ancien chef de la junte ?
Le vice-président Fodé Oussou Fofana, par ailleurs président de l’Ordre des pharmaciens de Guinée et de celui d’Afrique de l’Ouest, a ensuite pris la parole. Il a tenu à souligner que parmi les militaires guinéens, il y a des démocrates, des patriotes, comme le général Sékouba Konaté et que, pour la première fois en Guinée, le Président va être élu démocratiquement. Il révèle qu’à l’âge de 50 ans, après avoir mûrement réfléchi, il a décidé de s’engager en politique et pour cela, il a choisi de le faire auprès de Cellou Dalein Diallo en raison de deux qualités essentielles qu’il reconnaît au président de l’UFDG, à savoir le respect quasi-religieux que celui-ci a pour la personne humaine et son haut niveau de compétence. Pour le Dr Fofana, il ne fait aucun doute que Cellou Dalein est l’homme idoine pour diriger la Guinée et qu’il y parviendra car, de Conakry à Diecké, en passant par Boké, Kindia, Labé, Siguiri, Kankan, Kissidougou, N’Zérékoré… la majorité des Guinées sont derrière le leader de l’UFDG, faisant de celle-ci le premier parti politique guinéen. Dans la foulée, le Dr Fofana retrace les réalisations à l’actif de Cellou Dalein, de la Banque centrale aux Grands travaux, jusqu’aux ministères des Transports ou de l’Equipement et à la Primature, notamment les infrastructures routières, l’introduction de la téléphonie mobile et de l’Internet… Passant du français au soussou, au malinké et au peul avec une facilité qui a laissé l’assistance ébahie, le Dr Fofana a, sans aucun doute, séduit l’auditoire. C’est par un tonnerre d’applaudissements que son intervention a été saluée. Beaucoup n’hésitent pas à prédire qu’il sera le directeur de campagne de Cellou lorsque cette dernière s’ouvrira le mois prochain et, probablement, le futur premier ministre, en cas de victoire.
L’animateur des débats, Abdoulaye DT Diallo, secrétaire administratif de la Fédération UFDG-France, n’a pas voulu laisser Hadja Halimatou Diallo en reste. Celle-ci n’est pas seulement la compagne du président du parti. Elle est aussi une militante active et la conseillère politique de son mari. Dans une allocution brève mais fort pertinente, elle s’est exprimée successivement dans trois des principales langues nationales, appelant à voter massivement lors de l’élection présidentielle du 27 juin 2010 en faveur du changement que tous les Guinéens réclament depuis si longtemps, changement qui sera porté par Cellou Dalein. Que la Première Dame de l’UFDG - en attendant d’être celle du pays tout entier -, soit polyglotte n’est pas étonnant, sachant qu’elle est native de Kindia, le melting pot guinéen.
Vint alors le moment tant attendu, l’adresse de Cellou Dalein. De taille moyenne, le visage quelque peu diaphane chaussé de lunettes, aux traits fins, mais ne portant plus les marques des violences qu’il a subies le 28 septembre 2009, le cheveu ras, une écharpe verte (l’une des trois couleurs nationales) sur les épaules, costume bleu marine et cravate rayée, il s’avance vers le micro. Avec le temps, il a affermi sa voix et affûté les arguments. De tous les candidats à la prochaine élection présidentielle, il a la plus longue expérience gouvernementale et il est à la tête de la plus importante formation politique. Il est aussi celui, parmi eux, qui connaît le mieux la Guinée, ayant été amené de par ses fonctions successives à sillonner le pays d’est en ouest, du nord au sud, allant jusque dans les villages les plus reculés. Il a, à son actif, près de 35 ans au sein de la haute administration guinéenne. « C’est le plus important meeting que j’ai l’honneur de tenir à Paris », lance-t-il dès l’abord. Et de dérouler, avec minutie, une heure durant, dans un langage concis et clair, sans fioritures ni langue de bois, les grandes lignes de son programme présidentiel.
« Nous avons en partage une Guinée verdoyante, belle, riche d’énormes potentialités », dit-il. « En Guinée, il y a tout, mais les gens n’ont rien. Tout est donc prioritaire », enchaîne-t-il, « mais par-dessus tout, nous avons besoin d’un Etat de droit ».
La première des priorités est, par conséquent, l’Etat de droit. Il faut, avant tout, réhabiliter le mérite, trouver des hommes et des femmes capables de renoncer à leurs intérêts particuliers pour l’intérêt général, fixer des règles transparentes qui soient respectées, rétablir une administration efficace, une justice indépendante, intègre, qui rend des arrêts conformes aux lois. Face au pouvoir exécutif, il faut des contre-pouvoirs. Il nous faut une police bien équipée mais avec des agents bien formés. De quelle armée avons-nous besoin ? Quel effectif ? Quel type de casernement ? Tout cela est à définir clairement. Le citoyen doit être informé de ses droits, des droits qui doivent être respectés.
Le plus grand mal guinéen est la corruption de l’administration. Les recrutements s’y font, par exemple, moyennant finance. Le fait vécu suivant illustre éloquemment la situation actuelle. Un concours est organisé à la Banque centrale. Un jeune se présente pour y prendre part, mais la carte d’identité nationale est exigée à l’entrée. Ne la possédant pas, le candidat est refoulé. Qu’à cela ne tienne. Il court au commissariat de police tout proche, paie aux policiers un montant faramineux et se fait délivrer illico presto une carte d’identité en bonne et due forme. Le voilà qui revient aussitôt à la Banque, exhibe le précieux viatique et participe aux épreuves. Sans commentaire…
La tâche à accomplir est immense, mais faisable. Car, ce n’est qu’une question de leadership. Si nous avons à la magistrature suprême un patriote, un homme intègre, prêt à faire passer l’intérêt général avant ses intérêts particuliers, tout le reste suivra. Abdoulaye-Baïlo et le Dr Fofana affirment, d’une même voix, que Cellou dalein a exactement ce profil.
Cellou Dalein donne alors la meilleure définition qui soit de l’Etat de droit : « Ka mo bonna houla », c’est-à-dire l’Etat « dans lequel celui qui n’a pas commis d’infraction n’a peur de rien ».
La deuxième priorité absolue est, selon Cellou Dalein, l’Education et la Santé publique. Des réformes profondes doivent être opérées pour un système éducatif performant, en commençant par l’enseignement de base. Le chômage dans notre pays est insoutenable, mais nous importons de la main-d’œuvre. Aujourd’hui, près de 70% des ouvriers qualifiés viennent des pays voisins, signe que notre système est totalement inadapté.
Troisième priorité, les infrastructures. Cellou Dalein est d’accord avec les économistes du développement les plus hardis, qui considèrent que les infrastructures constituent la richesse indispensable d’une nation. Ce sont les routes, les autoroutes, les chemins de fer, les barrages hydroélectriques, les télécommunications, les ports, les aéroports, les édifices publics… Elles ne peuvent être importées. De même, les investisseurs étrangers ne peuvent les porter sur leur dos et les emporter avec eux. C’est un sujet que Cellou connaît sur le bout des doigts et sur lequel il est intarissable. La Guinée compte, à l’heure actuelle, 1 950 km de routes bitumées. Il était prévu de doubler ce stock en 10 ans. Avec la volonté politique, ce programme est réalisable sur une période quinquennale, affirme-t-il.
A l’heure actuelle, la délocalisation est impossible en Guinée, faute d’infrastructures adéquates. Mais, le potentiel hydroélectrique du Konkouré, par exemple, peut approvisionner en électricité toute la sous-région ouest-africaine. Le barrage de Souapiti (750 MW) coûte 1 milliard de dollars. Ce financement est mobilisable. D’autant que le kilowatt/heure y reviendrait à 4 F CFA seulement contre 24 F CFA pour le barrage sénégalo-malien de Manantali.
Au chapitre des mines, le plateau bauxitique guinéen est au niveau de la mer et il est exploitable à ciel ouvert, un atout maître. C’est la plus importante réserve mondiale de ce minerai. Quant au Nimba-Simandou, il peut induire en amont le chemin de fer trans-guinéen et avoir des effets d’entraînement inestimables.
Quatrième priorité, la lutte contre la pauvreté rurale, donc l’agriculture. Du fait de l’exode rural, nombre de villages sont aujourd’hui menacés de disparition. Il est impératif d’assister les paysans en mettant à leur disposition les outils agricoles modernes. A titre d’exemple, le barrage de Fomi, dans la région de Kouroussa, ne sera pas qu’à des fins d’électrification. Il comportera un important volet hydro-agricole pour irriguer les vastes plaines de la Haute Guinée. A l’heure actuelle, les rendements en Guinée sont de l’ordre de 1 tonne à l’hectare contre 7 t/ha en Asie. Il faut rattraper et combler cet retard énorme.
Les débats qui ont suivi cet exposé magistral ramènent Cellou Dalein sur le terrain politique.
Quid des alliances dans ce domaine ? « Nous n’avons aucune préférence particulière », répond-il.
Pourquoi n’avez-vous pas démissionné sous Lansana Conté lorsque vous vous êtes aperçu que vous n’aviez pas les moyens de votre politique ?, lui demande un journaliste. Cellou affirme qu’il a tenu à persévérer à la Primature jusqu’à ce qu’il obtienne le gouvernement de son choix. « Quand je l’ai obtenu, j’ai été bloqué ».
Allez-vous gracier Toumba Diakité, si vous êtes élu ? C’est le doyen Soumah James qui intervient pour répondre - non sans avoir exhorté Cellou avec véhémence à s’engager au respect absolu des droits humains -, qu’on ne peut pas gracier quelqu’un qui a supervisé les viols des femmes. Cependant, la Constitution autorise le chef de l’Etat à gracier un condamné, ajoute Cellou.
Comment allez-vous traiter la diaspora ? Les Guinéens vivant à l’extérieur se sentent étrangers quand ils rentrent au pays. En raison, en particulier, d’une grande crise de confiance à l’égard de l’Etat. Il faudrait créer des structures d’accueil pour faciliter le retour. Créer, par exemple, en France, la Maison de Guinée, à Paris…
Le doyen des journalistes guinéens, Lanciné Camara, qui ne manque jamais un tel rendez-vous, clôt les débats en préconisant un mandat présidentiel renouvelable une seule fois et appelant à voter pour le meilleur. Il termine par cette impertinence dont il a le secret : Comment éviter le vote ethnique ? Mais les débats sont arrivés à leur terme.
Encore un peu de patience, car voilà que s’avance Sadou Diallo, membre de la commission « Communication » de la Fédération UFDG-France. Rappelant qu’il se sera écoulé neuf mois du 28 septembre 2009 au 27 juin 2010, il déclare avec force que Cellou Dalein sera le vainqueur de l’élection présidentielle. Dans une grande envolée oratoire et très lyrique, il déclame un poème inspiré de la chanson de Charles Trénet, « Douce France », qu’il a intitulé « Douce Guinée ». Il amène l’assistance alors, déjà debout, du tapis vert de la mangrove maritime aux cours d’eau tumultueux des hauts-plateaux, aux savanes arborées jusqu’aux majestueuses forêts de Diecké.
C’est dans une effroyable bousculade que Cellou Dalein est extrait de la foule par le service d’ordre et conduit vers la sortie pour d’interminables séances de photo avec les militants, qui se disperseront en ayant la ferme conviction que leur champion l’emportera haut la main le 27 juin 2010.
Alpha Sidoux Barry Directeur de publication de www.guineeactu.com
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