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« J’ai des valeurs et des normes à défendre et je peux le faire mieux si je reste dans l’opposition. J'ai des divergences de vue avec le professeur Alpha Condé. Je choisis l'opposition pour en devenir le chef. » Dixit Cellou Dalein Diallo, de passage à Dakar chez Abdoulaye Wade. En optant ainsi pour cette alternative, l’ex-Premier ministre confirme ce qui se dit déjà dans certains milieux politiques. Et dans une moindre mesure, certains militants préfèrent que leur leader n’appartienne pas au gouvernement de son tombeur, en dépit de la main tendue par celui-ci afin de former un gouvernement d’union comme souhaité auparavant dans un protocole signé des deux finalistes.
Le leader de l’UFDG estime ainsi qu’il pourra mieux défendre ses intérêts en ramant seul, sans appartenir au bateau Alpha. Rester dans l’opposition ? Oui, peut-être pour mieux mûrir, réfléchir et changer de stratégies. En effet, l’homme, jouissant d’une jeunesse sans commune mesure par rapport à son bourreau, a devant lui tout un avenir, estiment certains. Alpha Condé, Abdoulaye Wade, Laurent Gbagbo, ont tous milités pendant plus de 30 ans dans l’opposition avant de voir leur combat porter des fruits. Cellou Dalein Diallo doit donc comprendre pourquoi il a échoué. C'est vrai que Cellou Dalein et ses conseillers ont été d'une naïveté abyssale et surtout qu’ils se sont enfermés dans leurs certitudes sans écouter ou lire les analyses de ceux qui étaient hors de leur cercle restreint. Mais après tout, l’échec bien analysé est une réussite car elle permet de bien reculer pour mieux sauter. Reste que désormais, c'est cet adversaire lui-même qui fixera certainement les règles du jeu et décidera de la voie à suivre. C’est dire que la tâche sera immense pour le futur chef de l’opposition guinéenne.
Ce qui est évident, partout où on a assisté à des gouvernements d’union, les choses n’ont jamais été si faciles. L’analyse de la situation faite par le tombeur de l’opposant historique « paraît bien valable si l’on se réfère à l’histoire de ces gouvernements d’union nationale sur le continent. La plupart ont toujours mal fini. Des éjections au moment le plus inattendu d’ailleurs, et pour des raisons le plus souvent banales, lesquelles ont toujours caché des desseins inavoués. Diallo semble donc avoir bien manoeuvré en déclinant l’offre d’Alpha Condé. Car, non seulement ce premier mandat sera difficile pour son adversaire, mais encore le « professeur » est vieillissant», commente un confrère burkinabé, estimant que l’ère de l’ouverture démocratique donne à Cellou des chances et qu’il vaut mieux ne pas se presser et prendre les risques de devenir tout aussi comptable que son adversaire d’une gestion ratée de ce premier mandat de Condé, dont les 100 jours de gestion sont attendus. Seulement, ce que Dalein ne doit pas oublier, la démocratie amorcée commande à chacun d’enterrer les replis identitaires et faire face aux défis. Pour y arriver, il faut barrer la rancœur, ressouder les militants et extraire des rangs tous les amateurs politiques pouvant induire en erreur le leader de l’UFDG. C’est dire que l’esprit républicain – la parenthèse doit se refermer sur les épisodes sanglants du passé – doit prévaloir sur tout, en gardant bien entendu la discipline et la cohésion dans la maison. C’est une dure option, mais il faudra l’essayer car, l’avenir politique du prochain chef de file de l’opposition en dépend.
Pour Alpha Condé, le peuple est à lui et il dit n’avoir pas peur des ennemis. « Beaucoup de gens sont inquiets quand ils me voient dire ce que je vais faire. Ils me disent que je vais multiplier le nombre des mes ennemis. Je sais que je ne pourrai vaincre mes ennemis que si le Peuple me sert de bouclier. Moi, je ne suis pas un homme politique, je suis un militant. Ce qui veut dire que ma force, c’est le Peuple qui est intelligent. C’est pourquoi, je ne lui cacherai rien. Et c’est pourquoi, je ne crains pas d’annoncer ce que je vais faire ». Le combat risque donc de se corser. L’essentiel est que le pays dispose d’une opposition forte qui pourrait éventuellement être un sérieux contrepoids aux politiques du gouvernement ne prenant pas en compte toutes les préoccupations des Guinéens. Il suffit de se rappeler le passage au parlement de Bah Mamadou, Alpha Condé, Siradiou, etc. et leur groupe parlementaire. C’est dire que le chemin est bien long, entaché et semé d’embûches.
L’œil de Guineeactu.com
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