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Peu avant son départ pour le périple devant le mener au Sommet de l’UA à Addis-Abeba (Ethiopie), en passant par Ouagadougou, Tripoli et Luanda, le Pr Alpha Condé a accordé une audience aux opérateurs économiques, à travers une délégation de la Confédération patronale des entrepreneurs de Guinée (CEPEG).
Les représentants de la CEPEG ont mis cette rencontre à profit pour affirmer leur engagement à accompagner le nouveau chef de l’Etat ainsi que son gouvernement dans la mise en œuvre de son projet de société, censé sortir les Guinéens de la pauvreté. Le porte-parole des opérateurs économiques Elhadj Nana Kourouma s’est évertué à expliquer longuement les effets de la conjoncture sur le fonctionnement du secteur privé guinéen. Dans cette foulée, les raisons de la dernière crise de carburant qui a paralysé les activités dans la capitale, ont été fournies au président. Selon Nana Kourouma, loin d’être un acte de sabotage comme l’ont fait entendre certains individus, cette crise serait survenue suite à une simple incompréhension entre les camionneurs et les autorités. Après cet exercice, Alpha Condé n’y est pas allé du dos de la cuillère, en faisant savoir à la délégation de la CEPEG les contours du pacte qu’il compte sceller avec les investisseurs privés guinéens et étrangers ainsi qu’avec le mouvement social durant son quinquennat.
Selon le président, autant il est conscient du rôle moteur que joue le secteur privé dans le développement d’un pays autant il dit avoir la conviction qu’il ne peut jamais avoir un secteur privé puissant et efficace sans ‘’l’intervention’’ de l’Etat dans une certaine mesure. C’est pourquoi il en appelle à une franche collaboration, un partenariat gagnant-gagnant entre les deux entités surtout en ces moments critiques pour l’économie du pays.
« La Guinée ne peut pas se développer s’il n’y a pas un secteur privé fort. Mais cela n’est réalisable qu’avec une certaine intervention de l’Etat dans le développement. C’est pourquoi il est créé un secteur mixte formé par le gouvernement guinéen et l’étranger et un autre composé de Guinéens et d’étrangers’’, a souligné Alpha Condé. Cependant, rappelle le président de la République, cette ouverture aux secteurs privés ne doit pas être synonyme du retrait de l’Etat ou d’abandon de son droit sur son patrimoine.
« Lorsque récemment, les Indiens m’ont posé une demande d’acheter des terrains en Guinée pour faire l’agriculture, je leur ai dit que s’ils veulent cultiver chez nous, il est hors de question qu’on leur vende ou loue nos terres. Si vous voulez réellement cultiver, venez-vous associer à nous pour le faire. Parce que ces terres font partie de nos patrimoines. On peut bien travailler en partenariat et réaliser un bénéfice. Mais il n’est pas question de vendre ou de louer un mètre carré à un étranger », a-t-il martelé.
Tout en précisant qu’il n’a rien contre les étrangers, Alpha Condé affirme qu’il entend simplement sauvegarder l’intérêt du peuple de Guinée.
« Ce combat, je le mènerai avec ou sans vous (opérateurs économiques, NDRL). Il faut que cela soit clair. C’est vous qui écoutez les histoires du genre : Alpha est contre les peuls, il est contre les commerçants… Mais moi, ça ne me fait ni chaud ni froid », a-t-il soutenu.
Pour le chef de l’Etat, le commerce n’a jamais développé un pays. Un Etat ne peut se développer que s’il y a une industrie. Mais comment peut-on avoir des usines s’il n’y a pas d’eau et d’électricité ? « C’est la raison pour laquelle, explique le Pr Alpha Condé, la préoccupation majeure de mon gouvernement est de faire en sorte aujourd’hui qu’il y ait de l’électricité et de l’eau pour alimenter les usines dont les productions contribueront à accéder aux denrées alimentaires à des prix abordables pour les populations. »
Le président de la République qui n’a guère caché sa détermination et sa volonté à relever le challenge du changement en Guinée, a fait savoir que les difficultés actuelles qui ne seront que de lointains souvenirs dans quelques mois, ne doivent pas désemparer les Guinéens.
« Je n’ai pas caché au peuple qu’on va avoir trois ou quatre mois difficiles. On apprend que Dieu a mis six jours pour faire le monde, donc on ne doit pas penser que je pourrai changer la Guinée en trois jours… Les gens qui veulent saboter, qu’ils fassent ce qu’ils veulent. S’il plaît à Dieu, d’ici huit à dix mois, en Guinée ce sera autre chose. Ce n’est pas parce que c’est moi Alpha. Mais parce que c’est le contexte qui nous l’impose. Aujourd’hui, nous sommes un pays convoité par le monde entier », a déclaré Alpha Condé.
Et pour créer un environnement propice à ces investissements étrangers et montrer que la Guinée n’est plus un pays à risques pour les bailleurs de fonds en termes de sécurité, Alpha Condé a indiqué qu’il est en train, progressivement, de démilitariser la capitale.
Selon lui, Conakry doit être entièrement débarrassée des artilleries lourdes, des chars qui campent autour de certains hôtels ainsi que des militaires en armes dans moins de deux mois. Au profit, dira-t-il, des forces de sécurité et de la gendarmerie comme il se doit dans tous les états démocratiques normaux. Résolument décidé à mettre fin aux tracasseries dont sont l’objet les investisseurs étrangers au niveau des différentes structures de l’administration, le Pr Alpha Condé souhaite développer des relations bilatérales avec les nouveaux pays émergents tels que le Brésil, la Chine, l’Inde où il vient de reconduire l’ancien consul qui représentait la Guinée et qui avait dû démissionner parce qu’il ne percevait pas de salaire.
« Il faut qu’on se donne la main pour mettre un terme à ces mauvais comportements qui caractérisent le fonctionnement de l’administration et le secteur privé en respectant les lois du pays. Si vous êtes prêts à vous inscrire dans cette logique avec moi, il n’y a aucune raison pour qu’on ne s’entende pas. Mais, si ce n’est pas le cas, nous ne nous entendrons jamais. Dans les autres pays en Europe ou ailleurs, les gens font le commerce et gagnent leur argent tout en s’acquittant normalement de leurs taxes vis-à-vis de l’Etat qui, à son tour crée les conditions qu’il faut », a précisé le président.
Faute d’une Banque d’investissement dans le pays, capable d’assurer des gros financements, Alpha Condé estime que nos opérateurs économiques sont aujourd’hui incapables de s’associer à des grandes firmes ou sociétés. C’est pourquoi il serait indispensable d’ouvrir une banque d’investissement qui, poursuit-il, aidera davantage les opérateurs économiques.
« Je n’ai rien contre les commerçants. Je n’ai rien contre personne. Cependant je veux que la Guinée marche sur ses deux jambes. C’est ce que je vous demande. Si vous voulez qu’on soit ensemble, respectez les normes juridiques. Si ce n’est pas le cas, je me mettrai à l’écart de vous. Et je n’ai peur de personne. J’ai enlevé les chantiers de l’immeuble de l’ancien secrétariat général de la Police ainsi que l’hôtel de l’unité à KPC, j’ai écrit une lettre pour récupérer 40 des villas de la cité des Nations, construites pour loger les chefs d’Etat. Parce que je ne pouvais pas inviter beaucoup de chefs d’Etat, faute de logements. Alors qu’on avait des villas qui étaient destinées à cela. Mais puisque je suis respectueux des lois, j’ai demandé pour ceux qui ont des papiers de bail avec l’Etat, excepté les ambassades, de prendre un avocat et on négocie. Si à l’issue de ces confrontations, il est établi que l’Etat vous doit encore alors, il vous remboursera et rentrera en possession de ses villas. Au lieu de chercher à comprendre le bien-fondé de cette démarche, on dit ça et là : on est contre nous. Je me demande pourquoi on construit des villas pour loger des chefs d’Etat et les autres vont loger leurs maîtresses là-bas… Mais cela ne m’effraie pas. Je ne suis pas venu pour plaire. J’ai pris un engagement devant le peuple de Guinée et cet engagement, tant que je suis vivant, je le tiendrai. Que vous m’aimiez ou pas, c’est votre problème. Vous voulez qu’on développe la Guinée, faire des affaires, je serai avec vous. Mais… comment vous pouvez développer le pays lorsque vous ne payez que 18 ou 20% à la banque. C’est ce que je déteste. Je souhaite qu’il n’y ait pas de malentendu. Que personne ne vienne me raconter quoi que ce soit sur vous. Je discuterai avec les diamantaires pour obtenir un pacte. Idem avec les commerçants, les syndicats…
Mais je n’accepterai jamais par exemple de négocier un contrat de livraison de carburant avec une société dans laquelle le gouvernement n’aura que 7% seulement et le reste entre les mains des sociétés étrangères. Nous voulons avoir des contrats où la Guinée va être majoritaire à travers le gouvernement et les nationaux », a conclu Alpha Condé.
Camara Moro Amara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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