lundi 2 mars 2009
Carton jaune aux Forces Vives : Partis, Syndicats, Société Civile…
Saïdou Nour Bokoum

L’ampleur des opérations coups de poing entreprises par le Chef de l’Etat et le C.N.D.D., nous entraînerait-elle, irrémédiablement, dans un cercle vicieux, au risque de pulvériser l’unité nationale déjà malmenée par un demi-siècle de malgouvernance ?

Quadrature du cercle dans laquelle nous tournons depuis 50 ans, y compris la courte période entamée par le C.N.D.D. Malgré les engagements prometteurs pris, malgré les actions salutaires entamées, malgré le chronogramme incontournable proposé devant « nos bailleurs de fonds », malgré donc cette belle unanimité autour de nos soldats, nous sommes bel et bien sur le sentier qui mène à une impasse si, ou à moins que...

Les petits cailloux qui balisent ce sentier ne sont autres que des idées contradictoires qui, pourtant, tiennent debout, ensemble.

Ainsi, et je ne prendrai que quelques cas exemplaires :

-           Ceux qui sont favorables à la limitation constitutionnelle du nombre des Partis, ont des arguments solides, l’argument des faits, du réel : nos Partis sont par essence, et dans leur grande majorité, des Partis largement ethno-régionaux.

-           Ceux qui sont en face, ont beau jeu de poser la question : « mais qui, en ces temps incertains,  décidera de la modification de la Loi fondamentale qui permet cette fâcheuse démultiplication ?». De quelles techniques démographiques, de quelle clé ethno-faciès dispose-t-on pour empêcher tel quidam de s’inscrire au Parti de son oncle ou de sa tante ?

A propos des élections, il y a la question épineuse de leur date. Les Partis politiques exigent que les nouveaux maîtres se hâtent un peu plus. Appuyés en cela par ceux qui détiennent le nerf de la guerre. Et certains Guinéens qui soupçonnent nos soldats de se hâter lentement, ont des raisons de redouter une transition qui s’éternise. Mais les mêmes sont contents des chantiers entrepris par nos frères en armes, qui nous ont enlevé l’épine Conté du pied !

Hélas, comme Conté, c’était aussi un appareil, tout le monde veut que le nettoyage des écuries d’Augias continue. Et cela continue avec l’arrestation des narcotrafiquants et de leurs suppôts, aussi haut fussent-ils placés, comme l’arrestation spectaculaire de leur commanditaire, à savoir l’entourage, que dis-je, la famille du défunt Président, que d’aucuns pensaient intouchables, puisque le Président « Dadis » aurait promis de les mettre à l’abri.

Eh bien, Ousmane Conté est sous les verrous, ainsi que semble-t-il, un frère d’Henriette Conté. L’ex Première dame elle-même, serait indexée par des chuchotis de radio magbanas ! Jusqu’où iront-ils ?

Pourtant, on ne saurait accepter dans un Etat de droit, que des audits se transforment malencontreusement en auditons publiques, à la manière du procès des gangs. Même si nos prédateurs n’ont rien à envier à Mathias, Denka Mansaré et le beau Malifa. Ces derniers ont bel et bien été passés par les armes. Mais de Mathias ou de tel  Bandit en col blanc, qu’il soit encore aux affaires ou pantouflard attendant son heure avant de revenir au sommet, qui a fait plus de mal à l’économie du pays ? Tous courent encore, non pas en rasant les murs, mais encombrent les allées du pouvoir ou les sentiers qui y conduisent.

Or, si l’on ne continue pas ces audits, si un pouvoir fort ne démantèle pas l’appareil politico-administratif, le meilleur que l’Afrique ait connu en matière de fraudes électorales, à quel Etat de droit voudrait-on nous faire croire, et à la solde de qui ?

On nous parle des pouvoirs renforcés de la C.E.N.I. (ou de Ben Sylla ?). Des pouvoirs sur le papier ! En effet, ces pouvoirs lui assurent-ils la formation en trois mois (c’est le minimum exigé par les spécialistes), du personnel requis pour meubler 8000 bureaux de votes, chiffre à multiplier par deux ou trois représentants de tous ces partis politiques, dont le caractère pléthorique est justement déploré ?

On peut schématiser en disant : « Que les militaires se dépêchent ! ». Au risque de laisser le pays dans l’anarchie. Ou qu’ils aillent jusqu’au bout de certains chantiers très populaires, et alors, l’appétit venant en mangeant, le premier (ou le dernier) d’entre eux pourra dire : « je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu ». Et ajouter aux candidats à la succession : « circulez, il n’y a rien à voir ! ».

La contradiction est là, insurmontable !

Il y a cependant un phénomène nouveau (1), une nouvelle donnée qui semble nous sortir de la crise de leadership, et que nous n’avions cessé d’appeler de nos vœux, à longueur d’articles, au risque de la lassitude, de la monotonie : que les forces vives se mettent autour d’une table !!!

Une table ronde. Et je ne pense pas du tout à ce faux dialogue de ces 33 Partis en face de MM. Solano ou Kiri Di Bangoura, qui n’ont abouti qu’au perfectionnement des techniques de fraudes et de mystification, précédées justement de réunions dilatoires entre gouvernement et Partis.

Je parle d’un débat national à mi-chemin entre la Conférence nationale et une Commission Justice Vérité et Réconciliation (comme en Afrique du sud), solennellement évoquée par le Chef d’Etat.

La structure en gestation depuis quelque deux jours, qui sera mise en place par les Partis, les syndicats et la Société civile, élargie aux Coordinations (religieuse, régionales), augure bien du départ d’un véritable débat national non truqué par une des composantes ainsi nommées, face au gouvernement, au C.N.D.D.

A condition que l’obsession des élections ne fasse pas oublier à ce Forum des Forces Vives de Guinée en gestation, cette  composante : les 2/3 de la nation trop longtemps marginalisée (dixit le chef de l’Etat lui-même), à savoir les Guinéens de l’Extérieur, sans qui la Guinée ne sera jamais réconciliée avec sa cinquième région naturelle éparpillée sur toute la planète.

Hier, on parlait d’Ani-guinéens. La deuxième République disait : « ils sont venus nous mélanger ! » (dixit le Président défunt).

Il y a même des leaders de Partis, ceux-là mêmes qui ont passé le plus clair de leur temps à l’Extérieur, qui sont tentés par les raccourcis d’une « diaspophobie » camouflée dans l’euphémisme : « vous n’êtes pas sur le terrain ! », oubliant au passage leurs nombreux militants de l’Extérieur !

Il faut illico, intégrer dans ce Forum, qui devrait être une des prémices de toutes les institutions de la transition, une Représentation des Guinéens de l’Extérieur. Condition sine qua non pour ouvrir un véritable débat national.

Car, il ne s’agit pas d’organiser un face-à face, ni même un dialogue entre deux parties, deux adversaires.

Les Guinéens, à quelques exceptions près, ont fait de l’idée d’un débat national, un tabou. Ils oublient qu’il y a un moment dans l’histoire des peuples et des nations, qu’après Dieu, seul le peuple a solution à tout. Que la Raison dans l’Histoire n’est point hégélienne. Elle n’est peut-être plus cartésienne, ni wébérienne, ni  marxiste...

Ne serait-elle pas africaine, peut-être même, ivoirienne ? Elle aurait même un nom : Moussa(2), qui dit :

« A un carrefour à grande circulation où il n’y a pas de feux, ni de policiers, quand deux véhicules se croisent, la priorité appartient au plus gros. »

Nous sommes aujourd’hui à ce rond-point historique, où la priorité appartient au plus gros gbaka (magbana ivoirien), que dis-je, au plus gros camion : le peuple debout.

Il l’a prouvé en juin 2006, il l’a encore montré les mains nues, en janvier-février 2007. Je n’ai jamais entendu dire qu’un rond-point se trouvait sur le Net ou dans un cabinet de juristes.

Ce débat riche et contradictoire ne tiendra que dans un espace où le peuple debout s’invitera, non pas avec des cocktails Molotov, ou avec des pneus brûlés, mais dans le palais qui porte son nom, pour des débats qui iront jusqu’au bout des questions posées depuis 1956 (date des premiers pogromes guinéens à Kaloum), jusqu’au 22 décembre 2009.

En bref, on ne saurait briser un cercle vicieux. On le transforme en cercle vertueux. Cela est possible, à condition que tout le monde y mette du sien. Et c’est une proposition concrète que je fais.

A la place d’une conférence nation interminable, il y a place pour une table ronde, qui ne saurait excéder un mois ou deux.

Avec, sans exclusive, toutes les composantes nationales, sans frontières géographiques ou partisanes. Sans oublier les représentants de nos « Golfe persique » de tous les faubourgs de la nation, de Bambéto à Yomou. Une table ronde sous haute surveillante patriotique de nos soldats, à qui l’on rappellera qu’un lavage du linge sale familial au marigot, n‘est pas un tribunal révolutionnaire.

Surtout, surtout, Une « Commission Justice, Vérité et Réconciliation », ne doit pas commencer par les évènements de janvier-février et s’arrêter là. Conduire ce débat en remontant le cours de notre mémoire en faillite, serait la plus noble preuve du courage politique de nos soldats et de nos acteurs sociopolitiques. Cela a un nom : patriotisme.

Si le cœur y est, le temps ayant fait son travail, le deuil est possible, le pardon aussi, cela en deux mois, voire moins.

C’est la mise sur des rails arrachés par qui vous savez, d’un train vétuste sans chef de gare, ni conducteur, ni aiguilleur, c’est le relèvement de ce pays en lambeaux qui prendra du temps.

En attendant, que  les initiateurs de ce Forum, composé des forces vives, reçoivent ici le carton jaune, pour avoir oublié d’associer à ce Comité ou Groupe, le cinquième membre du corps désarticulé de la nation, ce carrosse branlant, qui pourtant depuis cinquante ans, n’a pu avancer cahin-caha que grâce à sa cinquième roue, qui apporte quotidiennement du dehors, le tiers-manquant du minimum vital des familles. Cette cinquième part de nous-mêmes : les Guinéens de l’extérieur.

Wa salam !

 

El Hajj Saïdou Nour Bokoum
pour www.guineeactu.com


Notes 

(1) Le soubassement théorique de mes propos désordonnés et hâtifs pour cause d‘urgence, est accessible dans les archives des sites suivants :

(« L’Observateur-guinee », « guineenews », « tamsirsnews », « kibarou » : « L’Ultime choix historique de la Guinée », etc.)

(2) En Côte d’Ivoire, il y a un idiome dit « Français de Moussa ». Coïncidence significative, dirait l’inventeur de la psychologie des profondeurs, le grand psychiatre suisse Carl Gustave Jung. En tout cas, c’est un Moussa, le Capitaine  Dadis Camara, chef de l’Etat, Président du C.N.D.D., qui vient de lever un verrou mental, voire un tabou, en évoquant la marginalisation des Guinéens de l’Extérieur. Nous n’attendons plus que le passage aux actes.


P.S :
Au sujet de l’Appel :

Pour signer la pétition allez sur le lien URL suivant : http://www.lapetition.be/sign_petition.php?petid=3333

Pour voir les signataires allez sur lien URL suivant : http://www.lapetition.be/list_signs.php?petid=3333&page=1

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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