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Autant le pays était unanime sur les bienfaits de ta volonté d’instaurer l’autorité de l’Etat, l’assainissement des finances publiques, la lutte contre les narco trafiquants et la moralisation de nos mœurs, autant de nos jours, les observateurs les plus optimistes se posent la question de savoir ce qui se passe dans cette gestion.
Autant le CNDD avait montré, au début, une certaine cohésion dans les actions et une certaine solidarité entre les membres de la junte, autant l’opinion sent, de nos jours, une certaine fébrilité et surtout des attitudes du « chacun pour soi » au sein même de cette équipe qui paraissait si soudée.
Nous faisons face aujourd’hui à un désordre qui ne dit pas son nom. Un Premier Ministre qui ne sait même pas pourquoi il est là et quel est son niveau de responsabilité dans toute cette gestion. Par ricochet, le gouvernement se retrouve dans une situation qui ne donne aucune chance à la Guinée de renouer avec les partenaires au développement.
Toute la gestion et toute la responsabilité des affaires publiques se trouvent donc entre les mains des membres du CNDD et de son Président.
LA GESTION D’UN PAYS NE S’IMPROVISE PAS !
Aujourd’hui, le désordre est total et nous avons besoin de mettre un arrêt à tout ceci, de se mettre autour d’une table et de redéfinir les priorités pour repartir sur de nouvelles bases. L’opinion a tendance à croire et à dire que les choses vont de mal en pis.
Voyons un peu quelques agissements qui sèment le doute dans l’esprit du citoyen normal :
1. De la Destruction des Bâtiments : Dans un passé si récent, l’Etat avait reconnu son tort dans la destruction des Bâtiments à Kaporo-Rails en 1998. Il était question d’envisager une démarche de dédommagement des victimes. La responsabilité de l’Etat, à l’époque, était totale et sans équivoque. Et de nos jours encore, 11 ans après, rien n’a été construit sur les lieux et les victimes attendent toujours les dédommagements. Nous vivons exactement les mêmes exactions et augmentons le nombre de victimes sans pour autant indemniser les premières. Il faut donc prendre le temps de situer toutes les responsabilités dans les attributions de parcelles qui relèvent du domaine de l’Etat. Ensuite, lorsque la propriété de l’Etat est établie, la saisie peut se faire sans avoir besoin de détruire, parce qu’il y a forcément des coûts liés à cela.
2. De la Saisie des Biens des Citoyens : Tous les citoyens sont au courant des saisies unilatérales des véhicules personnels dans les rues ou à domicile par un certain nombre de militaires armés. Ces véhicules se retrouvent au camp Alpha Yaya DIALLO et les propriétaires les plus chanceux doivent débloquer un montant assez important pour récupérer leur véhicule. Il arrive même que ces véhicules soient confisqués par les plus hautes personnalités du CNDD ;
3. De la Gestion des Compétences : Nous avons suivi à la télévision une colère de Dadis CAMARA sur le domaine qu’occupait DIALLO Sadakadji au point de donner instruction au Ministre en charge de lutter contre le grand banditisme, d’aller détruire le mur de ce domaine. Depuis cette action, se Ministre, en dehors de toute concertation et cohésion avec le Ministre d’Etat en charge de la construction, de l’Aménagement du Territoire et du Patrimoine Bâti Public. Dans un passé très récent, le Ministre des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’Information avait procédé, de sa pleine initiative, au déguerpissement des domaines qui relèvent de son département. La procédure voudrait que ce dernier identifie lesdits domaines et demande au Ministre de tutelle de prendre les dispositions qui s’imposent. Nul n’a le droit de se faire justice.
4. De la Destruction des Cabarets, Maisons Closes et Autres Motels : Nul ne peut être contre la moralisation des mœurs pour la sécurité de nos enfants. Mais encore une fois, il s’agit ici de la méthode utilisée. Pour information, il faut savoir que dans les projets de développement, en relation avec les bailleurs de fonds et le Ministère de la Santé, des actions avaient été prises pour la localisation de ces endroits pour les cibler et en faire des repères de sensibilisation et de d’identification des zones à risque pour la propagation du virus du Sida. Si aujourd’hui, sur un coup de tête des militaires déguerpissent les filles qui y travaillent et qui sont suivies, elles vont se retrouver disperser dans les quartiers de Conakry. Chacun peut imaginer les enjeux de Santé publique que cela comporte particulièrement pour ce qui concerne la propagation du virus ;
5. De la Capacité des Autorités à faire face aux besoins de l’Administration : Les mêmes causes entraînant toujours les mêmes effets, nous aurons à vivre des temps de plus en plus durs. Les militaires font la belle vie avec des fonds publics sans aucune discipline ni rigueur, et les salaires des fonctionnaires retardent un peu plus chaque mois. Nous avons une échéance assez importante qui arrive. Celle de la gestion des examens des enfants. Pouvons nous imaginer les conditions dans lesquelles nos enseignants vont préparer les examens de nos enfants sans leurs salaires qu’ils attendent pour faire face à leurs besoins au quotidien ?
6. De la Gestion de la vie de tous les jours : La confiance et l’espoir suscités pendant les premiers jours de la prise de pouvoir des militaires, sont arrivés à maturité. C’est ce qu’on appelle la période des 100 jours de grâce. Le citoyen se rend de plus en plus compte que les gesticulations, les grands discours et la démagogie des premiers moments ne peuvent convaincre que s’ils sont suivis de mesures concrètes et d’actions susceptibles de mettre les bases d’une amélioration progressive de la situation. Les prix des denrées de premières nécessités recommencent à flamber pour le commun des guinéens et pendant ce temps, les militaires se trouvent dans des conditions très confortables. La question qui reste posée avec la plus grande insistance est celle de savoir jusqu’à quand durera cette situation ?
7. De la Gestion de la Transition : Nous voyons bien que les vieux démons se battent pour nous faire le coup de dire que rien ne peut être prêt pour faire des élections d’ici la fin de l’année. Il faut tout simplement rappeler à ces vieux démons que nous ne reviendrons plus en arrière. Ce qui est, dit est dit. On se rappelle que très tôt dans la prise de pouvoir des militaires, la CENI avait été directement rattachée à la Présidence du CNDD. A ce titre, toute la responsabilité des élections incombe à Moussa Dadis CAMARA. Si on met autant d’efforts pour faire travailler la CENI que ce qui a été fourni pour mettre hors d’état de nuire les barons de la Drogue et les destructions des bâtiments, c’est sûr que nous aurons les élections en fin 2009. Tout est une question de volonté. Et je pense que cette volonté anime toujours le Président du CNDD.
A son arrivée au pouvoir et à chacune de ses interventions, le Président du CNDD prend le temps de dire qu’il n’aime pas l’injustice et l’iniquité. A travers les agissements de certains militaires contres des civiles, la destruction de certaines maisons et pas d’autres, on se rend bien compte que l’injustice est présente. Ces agissements qui ne sont pas basés sur le droit et une procédure administrative rigoureuse ouvrent les portes à toutes sortes de règlements de compte.
Monsieur le Président, si la volonté de réparer les torts des anciens régimes était le cheval de bataille du CNDD, aujourd’hui, on se pose de sérieuses questions sur cette volonté réelle. Il faut donc savoir que ces actions du CNDD ou de ces membres accentuent le sentiment d’injustice que le guinéen a toujours connu dans sa vie et cela compromet sérieusement le processus de réconciliation nationale tant souhaitée par tous.
Monsieur le Président, il ne peut y avoir de paix sans justice, et les guinéens n’ont plus besoin de se voir diviser les uns les autres comme par le passé.
Mamadou BARRY, Analyste Financier pour www.guineeactu.com
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