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Depuis l’arrivée des militaires à travers le CNDD, les Guinéens sont divisés dans leurs opinions. Une partie comme moi, qui croit en la bonne foi du Capitaine Président et qui reste convaincue de sa volonté d’organiser son départ à la suite d’une élection avant la fin 2009, et dont il ne sera pas candidat. Et une partie qui reste convaincue qu’un militaire au pouvoir ne lâchera jamais prise et que ceux qui l’ont fait sont des exceptions.
Mais il faut reconnaître qu’à chaque sortie du Président du CNDD, il réconforte ceux et celles qui pensent qu’il ne veut pas partir et qu’il trouvera tous les moyens pour se cramponner au pouvoir.
La Première des choses à montrer cette volonté de s’éterniser est le fait de dresser, dès les premiers jours du pouvoir, un programme de gouvernement qui va nettement au-delà de la durée de transition ;
La Seconde chose est celle qui consiste à s’attaquer, en même temps, à toutes sortes d’activités dont la durée ne peut qu’excéder la durée de transition. C’est le cas de la lutte contre la drogue, les détournements de deniers publics, la restauration de l’autorité de l’Etat et la moralisation de la vie publique, entre autres ;
La Troisième des choses a été celle de commanditer une première série d’audits qui n’est toujours pas terminée six mois plus tard et dont le but n’est pas pour évaluer une gestion à un moment donnée, mais simplement pour chercher à abattre certains concurrents gênants en exhibant à la population des coupables tous faits ;
La Quatrième chose que Dadis avance, est celle de faire comprendre aux guinéens qu’aucun civil ne pourrait faire cet assainissement qui suscite l’adhésion de tout un peuple. Par conséquent, il est important que le militaire en charge continue sa mission ;
La Cinquième chose est de véhiculer le message selon lequel un civil ne prendra jamais le pouvoir en Guinée. Cette vision était celle de Conté qui a tout fait pour qu’un civil ne prenne jamais le pouvoir, ni de son vivant, ni après sa mort ;
La Sixième des choses a été d’avancer et de familiariser les guinéens à l’idée qu’il n’est pas né militaire, mais guinéen et que dans ce cas, il a tout à fait le droit d’ôter sa tenue et de se présenter aux futures échéances électorales ;
La Septième action avait pour but de séduire la population guinéenne dans un projet qui porte le nom de « Eau et Electricité pour tous » afin de recueillir tout le soutien et toute l’adhésion des populations à sa cause et le réconforter pour aller au-delà de 2009 ;
La Huitième chose a été de passer par tous les moyens pour tenter de diviser les forces vives, dans le but d’opposer les uns qui sont pour 2009 et les autres qui disent « 2010 ». Cette action lui permettrait de démontrer que les guinéens sont divisés et que les forces vives ne sont pas représentatives de toutes les sensibilités du pays ;
Aujourd’hui, nous assistons, dans un contexte extrêmement délicat, à un communiqué qui a pour objet de faire des audits de toute l’administration depuis l’avènement du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) un certain 3 Avril 1984, jusqu’à nos jours avec pour point culminant les six mois du CNDD.
Ce Communiqué, à bien des égards, mérite réflexion et considération :
- Du Concept et des Objectifs :
Il faut savoir que l’on ne fait pas des audits pour le plaisir d’en faire. Il y a eu des audits du temps de Kouyaté pour quel résultat ? On parle de faire appel à des cabinets étrangers sans pour autant être capable de définir des Termes De Référence (TDR). I faut que l’on se dise la vérité, ce Comité d’audit, Présider par le Tigre n’a pas les compétences pour gérer un audit et encore moins lire un rapport. On se souvient des audits et contre audits dans l’affaire « Etat contre Futurelec ». Aujourd’hui encore, après avoir dépensé de folles sommes d’argent, le contribuable ne sait toujours pas, objectivement qui doit quoi à qui dans cette affaire. Quel que soit les talents d’un cabinet, il va falloir lui dire ce qu’on attend de cet audit. Nous sommes en face d’individus qui ne sont ni capables de développer des TDR, ni capables de lire les résultats d’un audit et d’en faire un bon usage en y apportant les mesures correctives souhaitées ; Soyons un peu sérieux !
- De l’Opportunité et du Contexte :
Objectivement, est-ce vraiment le moment de parler d’audits des 25 dernières années ? Avons-nous réellement besoin de diviser d’avantage les guinéens entre eux ? Pouvons nous évaluer et mettre effectivement la main sur des « coupables » de mauvaise gestion durant tout le pouvoir de Conté, sans rentrer dans des règlements de comptes et donc faire encore de l’injustice et de l’arbitraire ? Avec un seul maître à bord du navire Guinée qui fût le Général Président, qui a tout décidé durant son règne et qui n’est plus là, peut-on s’attendre à ce que ces audits aboutissent à quelque chose ? Dadis peut-il remettre en cause les différentes décorations et élévation en grade des membres du CMRN si ceux-ci sont coupables de malversations avérées quand ils étaient aux affaires ? Avec plus de 500 Ministres de Conté, peut-on établir une hiérarchie des responsabilités ? Soyons un peu sérieux !
- Des Coûts de ces Audits :
Une chose reste certaine, c’est qu’un audit couvrant 25 ans de gestion engendrera des coûts que le pays ne peut s’offrir dans le contexte actuel. Surtout lorsque l’on fait appel à des cabinets étrangers. Nous avons besoin de mieux gérer les ressources limitées que nous avons et de les utiliser dans des projets porteurs. De plus, on n’annonce pas des audits comme une publicité, car on court le risque de perdre toute trace et documents qui peuvent aider à comprendre ce qui s’est passé à une époque donnée. Cette perte d’archive a également un coût que nul ne peut estimer. Souvenez-vous de l’incendie bizarre de la Douanes. Nous avons la CENI qui n’a pas encore bouclé son budget et nous avons besoin de donner des gages aux partenaires pour nous accompagner aux élections ; Soyons un peu sérieux !
- De la Durée de ces Audits :
Nous avons vu le temps que les audits précédents ont pris pour juste couvrir une petite période de temps. Est-il raisonnable de penser que ces audits des 25 dernières années pourraient se faire juste à temps pour que le CNDD tienne ses engagements de céder le pouvoir en Décembre 2009 ? Soyons un peu sérieux !
Voilà pourquoi, une grande partie du peuple est en droit aujourd’hui de se demander si réellement El Dadis veut quitter le pouvoir ou bien il est tout simplement en train de donner raison à ceux et celles qui disent qu’il veut simplement trouver des raisons et des activités pour s’éterniser au pouvoir. Ces audits de 25 ans en font partie.
Moi, je crois encore et toujours en Dadis et je pense que son amour pour son pays lui donnera toute la force nécessaire pour lui permettre de tenir parole et de ne pas se lancer encore dans un projet qui prendrait plus de temps et plus d’argent que nous n’en avons besoin actuellement.
Monsieur le Président, ne rater pas votre rendez-vous avec l’histoire de votre pays. Le peuple attend de vous de rompre totalement avec les pratiques du passé, ne le décevez donc pas.
Que votre sens de l’honneur guide vos pas !
Mamadou BARRY Analyste Financier
www.guineeactu.com
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