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Le président de la République, le capitaine Moussa Dadis Camara n’a eu de cesse de s’en prendre aux anciens collaborateurs du général Lansana Conté, qui ont choisi de militer dans l’opposition sous le règne du défunt président. Allant ainsi jusqu’à jurer qu’ils n’accéderont pas à Sékhoutouréah.
Le président de la République et président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), le capitaine Moussa Dadis Camara était, le lundi 9 février dernier, en face des forces vives de la nation. Cette rencontre qui s’est déroulée au Palais du peuple, a permis au chef de la junte au pouvoir en Guinée depuis le 23 décembre 2008, d’échanger avec les leaders des partis politiques, des syndicats, de la Société civile et des Confessions religieuses. Toujours porté sur le discours tranchant, le capitaine Moussa Dadis Camara a répondu à certains des points protubérants (portant notamment sur la transition) soulevés par le porte parole des forces vives de la Nation, Hadja Rabiatou Serah Diallo, Secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Le chef de l’Etat a saisi l’épervier au vol pour assener l’un de ses morceaux favoris : la disqualification de certains leaders politiques. En effet, le capitaine Dadis n’y est pas allé de main morte pour décocher des flèches acérées contre les anciens collaborateurs du défunt président Lansana Conté, qui ont fini par basculer dans l’opposition.
Parltant de son ton emphatique, le président de la République a tout d’abord rendu hommage aux opposants de la première heure démocratique guinéenne. Il s’agit d’El Hadj Bâ Mamadou, Alpha Condé, Jean-Marie Doré, feu Siradiou Diallo. Cet intermède a d’ailleurs soulevé un tonnerre d’applaudissements dans la Salle des Congrès du Palais du peuple. Quant à ceux qui ont servi le général Lansana Conté avant de se retrouver dans l’opposition, le capitaine Moussa Dadis Camara les range parmi les ‘’gens qui ont trompé’’ le défunt président. Les accusant au passage d’avoir fait preuve de mauvaise gestion en s’enrichissant sur le dos de l’Etat. Le président de la République a juré que le pouvoir à la quête duquel ils se sont lancés leur échappera. « Ça ne marchera pas », martèle-t-il, le plus sérieusement du monde.
Déjà, dans des discours précédents, il avait affirmé que les anciens collaborateurs du général Lansana Conté qui mouillent aujourd’hui leurs chemises dans l’arène politique auront à s’expliquer devant le peuple. Allusion faite aux audits engagés par le CNDD. Comme on le voit, ces propos du chef de la junte guinéenne sont pratiquement un serpent de mer, l’homme ne ratant aucune occasion de dégainer contre ces derniers. Cependant, cette opération de disqualification de certains leaders politiques non des moindres est diversement appréciée. En jetant ainsi le discrédit sur cette catégorie d’hommes politiques, certains observateurs pensent que le capitaine Moussa Dadis Camara les livre ‘’à tort’’ à la vindicte populaire. Les condamnant avant même d’avoir été accusés de quoi que ce soit. Il ne s’agit pas en effet des suspicions folles qui courent les rues et autres lieux publics guinéens, faisant état de malversations de la part de tel ou tel ancien ministre ou ancien Premier ministre. Il s’agit plutôt de faits précis, émanant d’investigations officielles rondement menées par les limiers de l’administration sur la gestion de ces personnes. Mais, pour l’heure, à ce que l’on sache, aucun travail n’a été fait dans ce sens. Alors, en tant que président de la République, qui se doit d’être le garant impartial de cette période de transition, le capitaine Moussa Dadis Camara devrait s’abstenir de jeter l’anathème sur des gens contre lesquels il n’existe, du moins officiellement, aucune preuve matérielle irréfutable de leur mauvaise gestion.
Certains pensent qu’au lieu de se mettre dans la posture d’un ‘’Procureur’’ dont les réquisitoires sont exclusivement à charge, notre jeune Capitaine aurait davantage rassuré de sa bonne foi et de son volontarisme en s’en tenant à son rôle d’arbitre de la bataille politique à venir. Comprenez les échéances électorales qui pointent à l’horizon. En effet, dans une Guinée caractérisée par le pessimisme ambiant de plusieurs de ses fils, certains commencent à voir en Capitaine Dadis un compétiteur potentiel lors de la prochaine présidentielle. C’est ce qui expliquerait, disent-ils, qu’il s’active à exclure, de la course à Sékhoutouréah, certains leaders de poids sur la scène politique. Vrai ou faux ? En tout cas, d’autres chercheurs de poux sur le crâne nu du président du CNDD pensent déjà qu’il est en train de jouer au profit d’un candidat qu’il compte jeter dans la bataille le moment venu. D’où, sa stratégie visant à mettre sur la touche cette catégorie des anciens collaborateurs du général Lansana Conté dont l’aura politique pourrait être un obstacle à la réussite de ce scénario. Une pente qui pourrait s’avérer savonneuse pour la stabilité politique.
En effet, en les condamnant sur la base de ce qu’on pourrait appeler, a priori, des préjugés, une partie de l’opinion pourrait être portée à penser qu’il s’agit d’une exclusion préméditée. Conséquence : quel que soit le résultat des audits et autres investigations sur la gestion antérieure de ces personnalités, on conclura à un montage. Etant entendu que certains de ces leaders, qu’il s’agisse par exemple de Sidya Touré de l’UFR ou de Cellou Dalein Diallo de l’UFDG, tous deux anciens Premiers ministres, il est indéniable aujourd’hui qu’ils jouissent d’une popularité non négligeable depuis leur basculement dans l’opposition. Une popularité bâtie sur, entre autres, le bilan de leur passage dans les gouvernements précédents sous le régime du général Lansana Conté. C’est dire que l’étiquette de ‘’traîtres’’ ainsi que les autres noms d’oiseaux que le capitaine Moussa Dadis Camara leur colle aujourd’hui peuvent ne pas paraître justifiés aux yeux de leurs admirateurs. En ce sens que, pour l’heure, aucune juridiction compétente ne les a reconnus coupables de quelque délit que ce soit. Par ailleurs, en faisant porter ce masque à tous les anciens collaborateurs du défunt président Conté, le chef de la junte guinéenne pourrait dissuader d’autres anciens ministres et anciens Premiers ministres de se jeter à l’eau. Non pas parce qu’ils se sentent coupables de quelque chose mais parce qu’ils perçoivent comme une détermination inébranlable du capitaine Moussa Dadis Camara de leur dénier tout droit d’aspirer à la magistrature suprême de leur pays. Un droit pourtant reconnu à tous les citoyens guinéens. Tant qu’ils jouissent de cette pleine citoyenneté. Et jusqu’à ce jour, les cibles du président de la République n’en sont pas déchues.
Quoi qu’il en soit, c’est le peuple qui aura à choisir son président de la République. A-t-on besoin de le rappeler à Dadis ?
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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