mercredi 16 septembre 2009
Candidature de Dadis: Faut-il blâmer Wade ?
Abdoulaye Wade

« Ce qui se passe à l’intérieur de la Guinée, vraiment je ne peux pas me mêler de ça. Je suis un père, un conseiller mais pas d’immixtion dans les affaires intérieurs de la Guinée », ainsi s’exprimait le chef de l’Etat Sénégalais lors de son séjour à Conakry au près du chef de la junte la semaine dernière. Des propos qui visaient sans doute à lever toute ambiguïté sur la position du président Abdoulaye Wade face à la nouvelle donne politique qui prévaut en ce moment en Guinée, avec un capitaine Moussa Dadis Camara plus que déterminé à se maintenir au pouvoir.

 

Le chef de la junte le dit désormais à qui veut l’entendre qu’il revient en dernier ressort au peuple de Guinée de se prononcer « si oui ou non il doit être candidat à la prochaine présidentielle». Ce qui pourrait éventuellement déboucher sur la tenue d’un Référendum comme ce fut le cas au Niger où bien que décrié par la majorité des Nigériens, Mamadou Tanja n’a pas hésité à tripatouiller la constitution pour se maintenir au pouvoir.

 

Pour revenir au cas Dadis, il faut reconnaître son revirement pose problème, d’autant que les Forces vives ont décidé de se replier sur elles mêmes, rompant tout dialogue avec le gouvernement.

 

C’est dans cette atmosphère qu’est intervenue la visite de Me Abdoulaye Wade, du Sénégal et Mme Ellen Jonhson du Liberia, la semaine dernière. Une visite inscrite dans registre des concertations périodiques entre les chefs d’Etats de la sous région. Mais en réalité leur venue a été motivée par la crise qui affecte la transition en Guinée. Le Groupe de contact international sur la Guinée ayant essuyé un sérieux revers lors de sa 6ème réunion qui s’est tenue les 3 et 4 septembre 2009 à Conakry, face au désir du président de la Ré ; publique de figurer parmi les acteurs qui vont s’affronter le 31 janvier 2010 pour briguer la présidentielle.

 

Les deux chefs d’Etat seraient donc venus pour s’enquérir de la situation qui prévaut sur l’échiquier politique, afin de voir dans quelles mesures ils allaient pouvoir sauver le pays d’une implosion.

 

Abdoulaye Wade étant perçu comme le père spirituel de Dadis, tout ce qui touche désormais à la Guinée ne pourrait que l’interpeller.

 

Certains n’ont d’ailleurs pas manqué de dire que le chef de la junte serait encouragé dans sa nouvelle décision par Dakar. Ce qui reste à prouver. En tout cas, Me Abdoulaye Wade a tenu à couper court à toutes ces allégations à son arrivée à Conakry, en disant qu’il « s’interdisait d’intervenir dans les affaires intérieures de la Guinée ». Dans son intervention au palais du peuple, Wade a lancé à la foule : « Je suis venu en Guinée pour voir ce qui se passe au niveau de la transition. Et pour amener la CEDEAO et l’Union Africaine à venir voir ce qui se passe en Guinée comme moi je le fais aujourd’hui ».

 

Il invitera ensuite les Guinéens à travailler dans l’unité et la cohésion, et à éviter la division, qui selon lui n’est bonne pour aucun pays, ni la Guinée ni le Sénégal.

 

Un passage du discours de Me Wade a retenu l’attention des observateurs, lorsqu’il dit que son cameraman va filmer la cérémonie du palais du peuple, et qu’il allait porter ce film avec lui. Comme une preuve tangible de la réalité guinéenne.

 

Bien des gens pensent que ce groupe de femmes qui se trouvaient à cette réception des chefs d’Etat n’était pas représentatif du peuple de Guinée dans son entièreté. Pour eux, elles avaient été triées sur le volet par le gouverneur de Conakry rompu à cette tâche, pour aller chanter les louanges de Dadis devant ses hôtes de marque.

 

Ceux-ci n’étant pas au fait des réalités du terrain, ne pouvant que considérer cela comme le vœu du peuple de Guinée. Il y aurait donc selon ces observateurs de la manipulation quelque part pour camoufler ce que les Guinéens ressentent aujourd’hui vis-à-vis du CNDD.

 

En effet, il sera injuste de ne pas reconnaître l’engouement qu’a suscité l’avènement de la junte au pouvoir au lendemain du décès du président Conté. Et la ferveur populaire qu’a provoquée la croisade contre les narcotrafiquants par cette même junte et des bandits à cols blancs.

 

Le CNDD aurait donc pu s’en tenir à sa feuille de route, mais ne pas céder aux démons de la division pour avoir des visées ambitieuses, concernant la chose politique.

 

Cela pourrait porter préjudice à la notoriété de Moussa Dadis Camara qui aurait pu suivre bonnement l’exemple d’ATT du Mali. Céder les manettes, marquer une pose et revenir s’il le faut, sous une autre étiquette.

 

Mais en voulant faire du forcing, pour se porter candidat en 2010, il y a lieu de craindre que cela n’attise les braises. Et que l’on ne soit amené à nous retrouver dans des scénarios-catastrophes, que certains états de la sous région ont vécus.

 

En tout état de cause, il ne sert à rien de jeter la pierre aux chefs d’Etat étrangers, en voyant en eux des ennemis du peuple de Guinée. C’est aux Guinéens de résoudre leurs problèmes.

 

Dadis a en tout cas le choix, entre demeurer neutre en organisant des élections régulières ou troquer le treillis militaire contre le costume civil. Ceci ressemble bien à un dilemme cornélien.

  

 

Mamadou Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com 
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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