mardi 26 février 2008
Cambriolage nocturne chez Hadja Raby : Banalisation de l’insécurité ou indifférence délibérée ?
Lamarana Petty Diallo

Elle est stupéfiante l’indifférence, voire le mutisme, qui a entouré le cambriolage orchestré contre Hadja Rabiatou Sérah Diallo, Secrétaire Général de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG.). Cette attitude contraste nettement avec les réactions qui avaient suivi un autre fait de ce genre. Mon intention n’est nullement d’insinuer quoi que ce soit contre la ou les victime(s) comme le Secrétaire général de l’USTG et bien d’autres.

Je m’étonne tout simplement de l’écho. Ah ! Je m’excuse, de l’absence d’écho de ce cambriolage, devrais- je dire ! En effet, les autorités guinéennes, notamment gouvernementales ne semblent pas avoir jugé nécessaire de prendre la mesure de l’événement.

Heureusement, il y a des citoyens et quelques sites Internet qui jouent leur rôle

S’il n’y avait pas de citoyens et de sites Internet qui parlent de l’actualité guinéenne, personne n’aurait eu l’information. Ce fait divers qui porte atteinte à la sécurité d’une personne emblématique de notre pays, de surcroît, une femme, est presque passé inaperçu. L’attaque crapuleuse du domicile de Hadja Rabiatou qui aurait pu coûter la vie à l’intéressée ou à des membres de sa famille ne semble pas avoir inquiété ceux dont le devoir est de veiller à la sécurité des citoyens. Les réactions sont plus venues du net et des citoyens que des autorités guinéennes.

Qui peut ignorer qu’un simple hasard : sortir pour des besoins naturels, jeter un coup d’oeil  après avoir entendu du bruit à l’extérieur ou rentrer tard chez soi pour une raison personnelle ou professionnelle, aurait pu tourner à la tragédie. Mort d’homme, blessure grave n’étant pas exclues dans pareille situation.

Pourtant, ceux qui, d’habitude, sont prompts à appeler la Dame de Fer au secours ne semblent pas avoir manifesté le soutien mérité à Hadja. C’est l’intéressée elle-même, sûrement, très ébranlée, qui a expliqué ce qui lui est arrivé. Rien d’étonnant à cela : dans notre Guinée, la coutume d’exhiber le mensonge et d’ériger en règle d’Etat les faux- semblants ne laissent plus la place ni à la vérité ni à la compassion.

Cette femme a cependant accompli, même s’il y a eu quelques erreurs de parcours, ce que beaucoup d’hommes n’ont pu faire. Comment peut-on toucher aux biens de celle-là même qui consacre sa vie à contribuer au bonheur des autres ? La banalisation de l’insécurité atteint des proportions inquiétantes. Nul ne peut nier qu’il s’agit là d’une banalisation très grave de l’insécurité qui règne dans notre pays. Le plus modeste des citoyens et la plus haute personnalité paraît être aussi vulnérable l’un que l’autre. Cambriolage crapuleux, tentative d’intimidation ? Aucune forme de ces deux agissements n’est pardonnable et ne doit rester sans suite.

Les coupables doivent être retrouvés et punis.

La seule règle qui vaille, c’est de retrouver les coupables et les sanctionner à la hauteur de leur acte. La classe politique guinéenne, de quelque bord qu’elle soit, devrait témoigner sa solidarité à Madame Rabiatou. Tous les leaders politiques devraient comprendre que personne n’est à l’abri dans un pays où ce sont les honnêtes citoyens qui se cachent ou se verrouillent à double tour pour échapper aux malfaiteurs. On n’ignore pas que le banditisme fait presque la loi chez nous. Les gens n’osent plus ouvrir la porte. Le plus souvent, un frère, une sœur, un ami qui ont bravé les pannes d’automobiles, les routes caillouteuses ou les peurs nocturnes en provenance de Kindia, Mamou ou N’Zékoré pour la capitale se retrouvent face à une porte fermée. Si l’on n’ose plus ouvrir à un voisin, comment le faire pour quelqu’un qui prétend venir de loin  pour de courtois salamalecs ? On ne risque plus sa vie pour l’imprévu hôte en provenance de nos villages ou régions. Comment pourrait-il en être autrement ? Il semblerait qu’après 8 heures du soir, les habitants de la capitale ont la hantise d’aller chercher de l’eau au puits le plus proche.

Cette denrée si rare au pays du Château d’Eau d’Afrique de l’Ouest ne s’obtient plus que tôt le matin ou au coucher du soleil. Le cas échéant, on s’en passe pour ne pas s’exposer aux malfrats. Les Guinéens ayant bien compris que les robinets resteront fermés malgré la force des promesses préfèrent se terrer avec leur soif.

Drôle de Guinée, notre pays si aimé, où les promesses succédant aux promesses n’enfantent que plus de misère et plus d’insécurité ! Espérons que le bitumage des routes qui est dans l’air du temps n’aura pas le même sort que l’électrification de Conakry ou l’adduction d’eau. Le cas échéant, les orteils se heurteront, pour très longtemps encore, aux cailloux de nos serpentins sentiers.

Hadja Rabiatou serait-elle plus exposée que d’autres citoyens ?

Hadja Raby est certainement très exposée du fait que beaucoup de gens seraient tentées de confondre la personne et sa fonction. Sinon, son statut. Ces gens ignorent lâchement le  combat de cette dame. Heureusement, les honnêtes Guinéens ne sont pas indifférents à ce qu’elle fait, endure et risque. Personne exposée donc, mais invulnérable tant la confiance que lui témoigne la majeure partie de ses compatriotes est forte. Souhaitons que la mutuelle confiance résiste aux aléas du temps et des pièges !

Les autorités guinéennes devraient veiller à la sécurité de tous les citoyens. Elles devraient  assurer, comme cela se fait partout ailleurs, la protection des personnalités syndicales et politiques. Faudrait-il, cependant, que la confiance règne pour qu’on puisse y parvenir ?  Mais, si l’on ne sait pas d’où viendra le danger, comment peut-on se fier à des hommes armés affectés à notre protection ?

Le problème, comme bien d’autres, reste entier. Du moins, il est loin d’être résolu. Les échéances électorales (si élections il y avait un jour) ne sont pas plus rassurantes pour les syndicalistes ou les leaders politiques ! Toute chose pouvant donner matière à réflexion pour une éventuelle grève le 31 mars 2008.

En tout état de cause, Hadja Rabiatou semble être bien entourée par un voisinage qui veille. Espérons qu’elle prend, elle-même, plus que tout (ou plus qu’avant), la mesure du risque. Enfin, l’intrusion dans le domicile de la Secrétaire générale de la CNTG doit interpeller tout citoyen guinéen soucieux de la paix civile et de la sécurité des personnes et des biens.

Lamarana Petty Diallo 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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