vendredi 15 février 2008
Cambriolage nocturne au domicile de Hadja Rabiatou Serah Diallo: témoignage de la syndicaliste
Rabiatou Serah Diallo

Tard dans la nuit de mardi à mercredi, le domicile de Hadja Rabiatou Serah situé à Taouyah dans la commune de Ratoma a fait l’objet d’un cambriolage. Sa voiture Land Cruiser Prado s’est vu dépouillée de ses feux de signalisation avant alors que le poste radio et l’antenne ont été ôtés et la petite fenêtre de la vitre à la portière arrière droite cassée sur la voiture Toyota Camry que son feu époux avait léguée à ses enfants. Tout à fait choquée par cet acte, la secrétaire générale de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) a accordé à guineeactu.com sa réaction à chaud. Dans cette interview exclusive, elle a déclaré que cet acte des hors la loi ne la fera pas reculer dans sa mission de recherche du bonheur pour le peuple de Guinée. Voici l’interview.

GuineeActu.com : Pourquoi vous a-t-on on agressée, s’il faut le dire ainsi ?

Hadja Rabiatou Serah : Je ne peux pas vous dire pourquoi. Moi, je suis dans ce quartier depuis 1988. Ce que j’ai connu dans la nuit de mercredi, c’est la première fois que cela m’arrive. Je ne peux pas m’imaginer aujourd’hui qu’un Guinéen puisse penser à me faire du mal, me faire du tort à mon domicile. Il y avait beaucoup de véhicules dans la cour. Mais ce n’est que mon véhicule et celui de mes enfants qui ont été touchés. Les cambrioleurs sont venus barricader les portes des annexes pour empêcher n’importe qui de sortir de sa chambre pour porter secours. Ils ont arraché les feux de signalisation de devant et cassé la petite fenêtre de la portière arrière pour extraire la radio et son antenne extérieure. Je peux dire que ce sont des gens mal intentionnés qui veulent me donner une autre préoccupation pour me donner du stress ; pour que je m’occupe d’autres problèmes. Peut-être aussi, c’est un signe d’insécurité. Je ne peux pas le définir et je ne peux rien dire là-dessus. Parce que je ne peux pas croire aujourd’hui qu’on puisse me faire du mal. Ce véhicule, ce sont les Suisses qui me l’ont offert pour mener les activités des travailleurs. Si maintenant d’autres Guinéens se lèvent pour détruire cela, je ne comprends pas qu’il y ait des personnes qui veulent détruire les moyens mis à ma disposition pour faire mon travail : la défense des intérêts des travailleurs guinéens.  Je suis très déçue. Et je le dis à qui veut l’entendre, cela ne change en rien mes convictions tant que je respire.



Ces malfrats ont-ils tiré des coups de fusil quand ils sont venus ?

J’avoue qu’ils n’ont pas tiré des coups de feu et je ne sais pas pour quelle raison ils ont barricadé les portes des annexes.

Est-ce à dire qu’aucun membre de votre famille n’a pu identifier ces cambrioleurs ?

Non ! parce qu’ils étaient barricadés dans leurs différentes chambres. Dans ma cour, il y a presque toutes les composantes ethniques guinéennes. C’est une femme qui voulait sortir de sa chambre le matin qui s’est rendu compte que la porte était barricadée par derrière. Ainsi elle a informé son mari en lui disant que leur porte était fermée de l’extérieur. C’est avec son réveil que les autres aussi sont sortis de leur sommeil et se sont rendus compte qu’ils étaient dans la même situation. C’est nous qui sommes sortis de la maison principale pour libérer ceux qui ont été barricadés dans les annexes. Peut-être que ces malfrats voulaient que l’on sorte pour cela, surtout que les chiens aboyaient et les moutons bêlaient, mais nous ne nous sommes réveillés que quand la femme a donné l’alerte. Mais nous sommes habitués aux aboiements et aux bêlements des moutons. Parce que j’ai un puits amélioré où tout le voisinage vient chercher de l’eau. Parmi eux quand c’est la nuit, il y a des inconnus si fait qu’à leur arrivée les chiens aboient car ils se sont faits accompagner de personnes inconnues des chiens. Donc c’est une habitude pour moi. Aussi, il y a six ans qu’il n’y a pas d’eau au robinet dans notre secteur. Beaucoup de voisins viennent donc puiser de l’eau chez moi. Puisqu’il y a ce fait, on ne ferme la porte qu’à l’heure de se coucher. Moi je rentre tôt et dès après le journal télévisé de 20H30, je vais au lit. Quand j’entends ces aboiements, je ne regarde même pas ce qui se passe ni à quelle heure ça on est. Je me dis peut-être que ce sont les gens qui sont venus chercher de l’eau et j’ai toujours dit aux enfants de ne pas détacher les chiens de sitôt pour permettre aux gens de puiser de l’eau.

Est-ce que cela veut dire que vous ignorez à quelle heure ces malfrats se sont introduits dans votre cour pour accomplir leur forfait ?

Non, je ne peux pas le dire. Mais les dégâts sont tels que je ne peux les qualifier. C’est tout de même terrible de penser à venir me nuire comme ça. Je suis croyante, on meurt toujours de quelque chose…



Pouvez-vous nous faire une estimation de la valeur des dommages subits ?

Non ! En tous cas, un seul feux de signalisation coûte actuellement 800.000 GNF quand c’est en occasion. C’étaient des pièces bien scellées mais qu’on a détachées ou extraites. Ce qui est bizarre, c’est qu’il y avait une moto non fermée, mon groupe électrogène de 5 KVa plus et d’autres véhicules appartenant à des voisins et qu’ils ont été épargnés. Ce n’est que mon véhicule et celui légué à mes enfants qui ont été touchés.

Depuis que vous aviez reçu ce véhicule de la Suisse, n’aviez vous jamais reçu des coups de téléphones anonymes pour vous menacer de vous en débarrasser ou de le revendre pour peut-être vous partager l’argent entre syndicalistes ? 

Non, ça n’a été un moment donné qu’un simple quiproquo. Et je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un parmi nous syndicats qui m’en veuille pour ça. Car même mon véhicule personnel est à la disposition de mes collègues syndicalistes. Pour moi, mes biens sont les biens des travailleurs. Car je ne suis pas restée dans mon salon ici pour les obtenir ; il a fallu que je sois au service des travailleurs, grâce à eux je les ais eus ; et ce véhicule a toujours été au service des travailleurs. C’est sur ce véhicule qu’on se déplace à l’intérieur du pays; et quand des étrangers nous rendent visite, on n’a pas besoin de prendre des voitures en location pour leur déplacement. Pas plus tard que la semaine dernière, la CSI-Afrique (Confédération syndicale internationale section Afrique) nous a rendu visite. Et c’est l’une de ces voitures que j’ai mise à la disposition de la délégation au nom de l’inter-centrale syndicale. Car pour moi, c’est un bien acquis grâce à l’effort de tout le monde. Donc je ne peux me l’approprier pour moi toute seule. Il ne faut pas ramener l’esprit par là donc. Aucun syndicaliste ne peut faire ce qui vient de se passer ici l’autre nuit.

Que comptez vous faire maintenant parce que l’acte d’hier signifie que vous vivez dans l’insécurité ?

Vous savez l’inter-centrale a des moyens très limités. Moi je ne peux pas me permettre de prendre un gardien pour surveiller ma concession nuit et jour. Je n’ai pas ces moyens même si cela est une nécessité. Les moyens ne me permettent pas de le faire. Je ne suis d’ailleurs pas la seule personne à être dans cette situation. Aujourd’hui tous les syndicalistes sont dans une insécurité totale et on a eu à le signaler la semaine dernière à la délégation de la CSI venue nous rendre visite. Parce que vous le savez dès que tu contestes, tu dis la vérité, tu dis les défauts des autres, ça dérange les intéressés et on t’indexe parce que c’est très mal vu. Je dis même que tout le peuple est dans l’insécurité avec l’obscurité que nous connaissons. Des gens ont été attaqués ici à 18h. L’année dernière, le domicile de mon collègue Fofana a été attaqué à main armée à 20h, il y a aussi la Secrétaire Générale adjointe de l’ONSLG qui a été attaquée avec son mari et toute sa famille. Les cambrioleurs ont emporté tout ce qu’ils voulaient prendre. On m’a souvent dit de m’entourer d’une sécurité. J’ai toujours dit que je m’entends avec mon voisinage, que je n’ai pas de problème dans mon quartier. Mais si les gens viennent d’ailleurs, ça c’est autre chose. Ils ne peuvent pas être de mon quartier ou de mon voisinage. Car je ne me plains d’aucun d’eux depuis 1988. Je n’ai jamais été inquiétée par quoi que ce soit. Au contraire, ils m’encadrent dans les moments difficiles. Les jeunes de Taouyah, Hamdallaye ou Bambéto et partout à Conakry, chacun fait de son mieux pour ma sécurité. La preuve en est que quand le premier ministre est venu une fois me rendre visite, certains de ces jeunes ont cru que c’était pour m’arrêter. Ils se sont levés avec des cailloux, des gourdins, des couteaux…c’est dire que je suis d’accord avec mon voisinage. Mais l’homme marche avec son destin. C’est pourquoi cet acte ne m’arrêtera pas pour autant, il ne m’affecte pas, mais il me ragaillardit et me donne du courage. Tous mes collègues sont venus le matin…

Justement, qu’est-ce que vous avez décidé avec vos collègues syndicalistes pour votre sécurité ?

Nous allons nous retrouver prochainement pour tirer les leçons et pour préserver la sécurité de tout un chacun, pas seulement nous syndicalistes. Moi je peux aller ailleurs pour ma sécurité, mais je ne peux pas laisser ces enfants orphelins et le peuple de Guinée qui a porté confiance en nous. Donc les camarades sont venus pour compatir avec moi, ils ont déploré cet acte ce mauvaise foi visant à me nuire. Ils se sont mobilisés pour venir chez moi tout comme nous étions mobilisés pour aller chez mon collègue Fofana. Je vous signale aussi que nous étions hier dans l’obscurité. Et on a fait trois mois par le passé sans avoir de lumière. C’est vrai que ce qui s’est passé hier est un mauvais signal pour moi. Si c’était un voleur, j’aurais dit qu’il n’est pas un bon Guinéen car il devait m’encourager dans ce que je fais pour le bonheur de la Guinée.

Propos recueillis par Mohamed Diallo et Kalidou Barry pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
SEKOU CAMARA, lundi 18 février 2008
Les exactions commises dans la nuit du 12 au 13 février au domicile de la SECRETAIRE GENERALE de la CNTG constituent un précédent particulièrement grave. De toute évidence, c’est un avertissement qui vient de lui être adressé de la sorte. Que veulent les commanditaires de ces actes? Il faudrait sans doute tenir compte de la manière dont les actions syndicales récemment entreprises se sont déroulées pour bien situer le contexte de cette agression et en comprendre la portée. Ces méthodes d`intimidation sont la marque même de ceux qui pensent imposer à la SECRETAIRE GENERALE de la CNTG, une ligne de conduite étrangère aux intérêts des travailleurs. Nul doute qu`ils se casseront les dents. SEKOU CAMARA
Millimono Augustin, dimanche 17 février 2008
Rabiatou ne doit en aucune facon se laisser impressionner par ce genre de provocation maquillée en cambriolage.Dans la bataille syndicale, les choses commencent à se décanter et tout le monde sait maintenant qui est qui et qui fait quoi.Il devient clair que Rabiatou est la seule à faire son devoir de vrai syndicaliste. Courage Raby et bonne chance.
Bakary Cissé, dimanche 17 février 2008
Les ennemis du changements (mafia contéïste+nostalgiques du régime tortionnaire de Sékou Touré)n`y pourront rien.PLus personne n`arrêtera la roue de la démocratie en Guinée! Et vous, Madame Rabiatou Séra, vous êtes l`héroïne de ce noble combat. Tenez bon, les "cambrioleurs" de notre liberté seront tous écrasés!Je vous le jure!
Bah Torodo, samedi 16 février 2008
Madame, acceptez tout d’abord mes remerciements pour tout ce vous faites pour le peuple de Guinée. Je vous demande de ne pas baisser les bras, je sais que ce n’est pas facile, surtout que tout le monde sait que ces actes sont des avertissements sournois. Et tous les Guinéens savent très bien que s’il s’étaient agi de vrais bandits, ils auraient emporté tout le matériel. Mais nous mettons le gouvernement de Kouyaté en garde. Si on touche à un de vos cheveux ou de ceux d’un proche, ils finiront leurs jours au tribunal international.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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