lundi 1 septembre 2008
Ca se tasse ou ça casse
Fodé Tass Sylla

Inutile de jouer à l'autruche. Le monde va mal. La planète tremble. L'économique nous étrangle. Le pétrole caracole. Les transports et les denrées s'affolent. Les hommes s'interrogent sur le lendemain. Les nations s'inquiètent de demain.

Alors question : lorsque la planète tremble, et chacun sait parfaitement qu'elle tremble en cet instant précis ; lorsque l'économie dégringole, et elle est déjà au tréfonds de la récession ; lorsque le pétrole nous échappe, et il nous a déjà échappé; lorsque tous les voyants sont au rouge, et ils sont visiblement à l'écarlate ; lorsque le navire tangue et que le gouvernail secoue tous les décideurs, partout dans le monde, quel héroïsme voulons-nous démontrer en rajoutant à la détresse de nos populations par des hauts cris d'oiseaux de malheur ?

Le moment est grave. L'instant est délicat. L'environnement social est explosif. La paix, la quiétude et la sérénité sont si fragiles aujourd'hui que les nuits sont tissées de cauchemars et les journées, chargées d'incertitudes et arides en sourires.

A ce niveau justement, l'intellectuel, dont le rôle essentiel est de réfléchir sur les problèmes de sa société et proposer les solutions idoines, ne devrait-il pas, en toute responsabilité revoir ses copies et faire la mue vers l'utile et le positif ? L'essentiellement utile et le résolument positif ? 

La sagesse aurait voulu que nous, intellectuels, penseurs, écrivains, journalistes, politiques... chaque leader d'opinions accepte de se cultiver une grande dose de lucidité, de recul et de charité pour ne pas sacrifier l'essentiel à la valse légère des humeurs. Il s'agira donc de réinventer, en toute urgence, de nouveaux discours.

Le monde en général et les pays pauvres en particulier ont plus que jamais besoin aujourd'hui de discours apaisants au lieu de harangues incendiaires, de discours rassembleurs au lieu de diatribes anarchistes, de réflexions à des solutions en lieu et place de redondants, dangereux et irresponsables appels au chaos général. L'on a besoin de visions nationales ou planétaires au lieu de mesquineries improductives d'attaques personnalisées, bref l'on a besoin de discours positifs parce que constructifs.

 Les médias en général, et la presse électronique en particulier, donnent aujourd'hui une très grande possibilité et une foultitude d'opportunités pour s'exprimer. Mais l'intervention sur nos tribunes publiques (radios, télévisions, journaux, internet, amphithéâtres, meetings etc...) ne devrait-elle pas imposer des exigences morales et des obligations responsables, dans la mesure où l'oreille des foules engage la quiétude des sociétés.

 Ce qui se passe aujourd'hui dans nos médias, en particulier sur les sites web, crée l'interrogation, l'incompréhension et parfois le désarroi dans l'esprit de nos braves populations. C'est à se demander si parmi les intellectuels guinéens, une certaine catégorie ne s'était pas donné pour mission essentiel de mettre le feu à ce pays. 

 Les raisons de ces comportements ne nous intéressent que peu. Elles peuvent être politiques ou économiques. Elles sont généralement basées sur des jeux d'intérêt difformes et diffus. Elles ne gagneraient rien d'honorable cependant si leur ressort de fond n'est pas le bien-être et la quiétude des Guinéens.

Les motivations subalternes comme l'ethnie, le nihilisme intégral et le négativisme insensé envers toute action qui ne viendrait pas du "parent", ne peuvent rien apporter de bon et de beau à ce pays. La dépréciation aveugle de toute action non cataloguée "régionale", les invectives ciblées, les insanités plates envers des personnes physiques, fussent-elles des dirigeants, les appels au soulèvement et à la vendetta pour des raisons inavouées mais perceptibles dans les trébuchements de langage, tous ces raffuts qui pullulent dans nos écrits ne font honneur ni à la Guinée ni à leurs auteurs.

La Guinée, son peuple si intelligent et si volontaire, méritent mieux que ce sort médiocre réservé à elle par ses dirigeants depuis cinquante ans. J'en conviens ! D'autant plus que ces dits dirigeants proviennent généralement de l'intelligentsia nationale. Mais ce fait donne-t-il le droit de transformer le droit à l'expression en droit de lyncher, de médire, d'injurier ? 

Le drame de la Guinée ne vient-il pas de ses intellectuels, de ses leaders d'opinion, de ses acteurs sociaux dont la plupart se fourvoient fréquemment en pensant faire le héros et l'élite dans la consommation effrénée et carnassière de la vie privée de l'autre ? Cet "autre" qui, en fait, n'est que son frère et n'aurait dû être que son partenaire dans le combat essentiel pour le développement du pays ?

Cinquante ans après son indépendance, la Guinée mérite mieux que ces estocades d'épicerie où la vérité est pour celui qui aura crié plus fort. La Guinée a besoin de réflexions calmes, sereines et lucides pour trouver enfin une voie à son bonheur. Et pour cela, il faudra une nouvelle voix qui balisera cette nouvelle voie. Et non des sempiternels rechignements sur "Sékou Touré, le héros ou le tyran", "Lansana Conté doit se faire un maquillage", "Lansana Kouyaté voyage avec ses chiens" ou "Ahmed Tidiane Souaré fait la pléthore". Non, messieurs ! Veuillons inventer un autre discours loin de nos humeurs étriquées et plus proche des préoccupations de nos populations qui, un jour se sont saignées pour nous fournir ardoises, craies, cahiers et plumes dans l'espoir que nous leur éclairerions plus tard le chemin. Arrêtons de leur assombrir la voie et de leur retourner l'estomac à chaque fois que nous prenons la plume. Non, nous n'avons aucun honneur à retourner la torche dans le visage de ces braves populations pour les éblouir, les étourdir, en un mot les empêcher de vivre dans la paix du cœur et de l'esprit.

A ce jour, ce peuple est menacé de famine par l'étranglement de l'économie mondiale. Nous ferions œuvre utile en cherchant ensemble des idées lumineuses et des voies pragmatiques pour gérer la crise du pétrole qui frappe sans discernement, la crise du riz qui s'annonce, la crise de l'emploi, celle de l'école, de la santé et j'en passe.

Il ne s'agira certainement pas, cette fois encore, de se réfugier derrière des accusations stériles contre un gouvernement qui, en toute honnêteté, est confronté aujourd'hui à un chantier que nul autre gouvernement n'a jamais affronté dans ce pays : le chantier du gigantesque puits que nous avons patiemment creusé, tous ensemble, durant cinquante ans, doublé - oh! Comble de malchance - d'un contexte international spécialement défavorable.

Le doyen Bâ Mamadou de l'UNR l'a souligné dès Avril 2007 sur Familia FM: " Lansana Kouyaté s'est trompé en pensant régler les problèmes de la Guinée en si peu de temps. Il lui faudra des années pour combler le grand trou dans lequel nous avons tous concouru à enfouir notre pays...". Le paradoxe est que tous les intellectuels guinéens qui écrivent aujourd'hui sur les différents sites sont parfaitement conscients de cette réalité. Le dilemme reste cependant que chacun semble jouer à l'autruche et tous cherchent pour parade la délation, l'invective, l'accusation de l'autre. Et le nouveau Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré, après un petit temps de grâce, commence lui aussi à récolter les boulets rouges de ces spécialistes du lynchage médiatique. Oh, Dieu !!!

En définitive, les internautes de Guinée se livrent une guerre qui n'est pas notre guerre. NOTRE guerre à nous, est dirigée contre la pauvreté endémique qui semble devenir notre malédiction. Or, il n'y a aucune fatalité en cela et ce n'est pas en insultant ou en appelant au chaos qu'on aura relevé le défi face aux autres nations. 

On s'y met de bonne foi et ça se tasse. On continue à jouer à l'autruche et ça casse. De toutes les façons, ce qui a été cassé en Janvier-Février 2007 nous attend toujours pour sa restauration. Aucun autre peuple ne viendra le faire à notre place. Et ce qui sera cassé aujourd'hui ou demain, ne se relèvera que par l'investissement de chacun de nous. Aucune baguette magique n'est en notre possession.

Déjà, nos morts sont morts et les prochains attendent. Ces prochains pourraient bien être toi, moi, ton frère ou ma tante. Et cela dans nos centres urbains et même dans nos villages ou hameaux. Mais certainement pas à Paris, Bruxelles ou Washington.

Pourquoi ne pas faire l'économie des casses et des morts. Les nations qui réussiront aujourd'hui à se sortir de cette crise sans effusion de sang ni vandalisme, seront certainement les plus fortes. Elles auront refusé de danser des musiques qu'elles n'ont pas composées. Celles qui s'en iront à l'imitation mécanique des oiseaux de malheur, n'auront fait que porter des uniformes qu'elles n'ont pas commandés. Les intellectuels guinéens auraient mieux fait de nous éviter le chaos. Ils y gagneraient en honneur, la Guinée gagnerait en mieux être et c'est tant mieux pour un peuple si patient, un peuple si intelligent, un peuple si volontaire.

Fodé Tass Sylla, RTG Conakry 
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Fodé Tass Sylla, mercredi 10 septembre 2008
Merci, mon frère Dieng pour vos appréciations. Je sais parfaitement que "ce qui se fait se dira". Et je serai très mal à l`aise si on devrait interdire cela. Parce que je ne vis que de cela: je suis journaliste. Mon souhait est tout simplement que la chasteté épouse les termes de nos communications et que la bonne foi et l`engagement pour la Patrie oriente nos canaux d`analyses. Si le politicien Bâ Mamadou harangue ses foules par "ses slogans", il est dans sa bonne logique et dans son ambiance de mobilisation. Ce qui serait impardonnable, à mon avis, c`est lorsque "l`intellectuel qui doit apprendre à penser avant de parler" veut se servir froidement de ces dérives de campagnes des politiciens pour en faire un fonds de commerce dans l`entreprise de division de la Nation. Nous, les intellectuels honnêtes et patriotes (vous et moi, je crois) devront commencer par nous faire violence, assouplir nos positions, taire nos rancoeurs pour entreprendre sereinement notre rôle d`orientation et d`encadrement de ceux là que tu nomme "analphabètes ou bana bana". C`est notre rôle de "changer ces mentalités" même si "c`est pas chose facile". Vouloir brandir la menace de la revanche et inviter à la table de l`union des filles et fils de Notre pays, c`est "apprendre à raisonner à l`envers".
dieng boubacard, mardi 9 septembre 2008
Vos articles sont si pertinents et si instructifs, les realites sont palpables sur le terrain et cela a tous les niveaux, mais sachez que ce qui se fait se dira ineluctablement. Pensez-vous qu`il est possible d`habiller les infamies de eloges? Comme vous le savez la communication n`est pas chose aisee puisque tres souvent mue par la passion, mais les choses telles qu`elles se passent chez nous sont une alarmante realite. vous avez notez un passage dans un de vos articles qui en est un exemple frappant: "les malinkes ont commande pendant tant nombre d`annees, les soussous pendant tel autre, maintenant c`est notre tour" Bah Mamadou. Dites moi si une personalite politique de son calibre peut avancer de tels propos, que feront les analphabetes qui constituent une majorite de la population? que diront les bana bana de madina? changer ces mentalites n`est pas choses aisees, il faut du moins tout changer, nos "intellectuels" doivent apprendre a penser avant de parler sinon je me demande pourquoi engager toutes ces ressources, ces energies, ce temps si cher pour envoyer les jeunes a l`ecole? si c`est pour aller apprendre a raisonner de travers
tutankhamon, jeudi 4 septembre 2008
N`oublions pas que la RTG a connu et vas connaitre des hommes honnetes et travailleurs,des personnes devouees pour la cause de la nation.Je pense ici a Kabinet Kouyate,Fode Tass,Ibrahim ahmed Barry,yamoussa Sidibe,Pathe Diallo.alors s`il vous plait chers guineans ne mettez pas tout le monde dans le meme sac.il y`en a parmi eux des patriotes pur et durs.
Fodé Tass Sylla, mercredi 3 septembre 2008
Je ne connais pas qui se cache derrière le nom "soul sy savane" encore moins "Fakoly". Mais je prierai les intervenants dans le débat digne et noble sur le destin de la Nation guinéenne de s`abstenir des basses humeurs et de la stigmatisation aveugle. La RTG est une institution de la République de Guinée. Cette institution n`a pas écrit sur guineeactu.com. Ensuite, je croyais pas qu`il était interdit à un guinéen de donner sa contribution intellectuelle sur la Guinée, parce que tout simplement il est journaliste à la RTG. Cela relève de la pure et improductive stigmatisation passionnelle. Or, ce ne sont plus les passions qui pourront gérer la crise guinéenne. Encore moins les insanités. J`attends des contradictions sur les idées et des propositions constructives pour élever le niveau du débat. Les termes comme "bande de complices de faux..." ou encore "...éditorialistes irresponsables" sont des vulgarités dans un débat d`intellectuels sur un sujet aussi important que la crise dans NOTRE pays. Mais, bien sûr, il faut être outillé pour monter dans l`arène du débat national. On ne doit pas s`y installer pour amuser la galerie ou décreter qui doit parler ou pas. "Keske un journaliste de la RTG... bla, bla" Mon oeil!!!
soul sy savané, mercredi 3 septembre 2008
Pourquoi s`en prendre à l`instauration d`une paix ? La RTG est aussi responsable du malheur du peuple guinéen.Heuresement DIEU nous observe tous & continuera pour le moment à nous faire subir les maux ke les pays de guerre n`ont pas subi.Keske un journaliste de la RTG peut nous Dire sur la notion de la paix ? Bande de complice de faux président.
AMADOU DAMARO CAMARA, mercredi 3 septembre 2008
Bienvenu Tass dans le debat.Quelqu`un m`a dit que je le faisait se mefier du terme intello. Tu es une inspiration Merci
Fakoly, mardi 2 septembre 2008
Il ne faut pas détourner le débat. Personne ne souhaite le fin de la Guinée. Ce que nous souhaitons c`est la dénonciation des maux, des responsables de ces actes. Il ne faut pas se réfugier derrière la recherche d`une paix dans la pauvreté et la médiocrité. Le drame de la Guinée sous Lansana CONTE, ce sont l`armée, le PUP et la RTG avec des éditorialistes irresponsables. Que Dieu sauve la Guinée !!!
Fodé Tass Sylla, mardi 2 septembre 2008
Mr Oumar Bah peit-il me relire attentivement et me contacter à sfodetass@yahoo.fr pour ne pas distraire les lecteurs positifs et constructifs!
Oumar Bah, mardi 2 septembre 2008
Qu`il y`ait des brebis gâleuses parmi ceux qui publient sur l`Internet, cela n`est un secret pour personne. Cependant nous devrions éviter de tomber dans la diabolisation des médias Internet. Ils ne sont pas responsables de l`état catastrophique dans lequel se trouve la Guinée. Seuls ceux qui sont aux commandes depuis 58 en sont responsables. En matière de consommation des infos de l`Internet, l`essentiel est de savoir trier le bon grain de l`ivraie.
moussa bah, mardi 2 septembre 2008
Merci Mr. Sylla.Depuis le college j,admirais votre qualité. J,espere que ces rancunés vont prendrent conscience.Ils sont surtout nombreux sur "guineepresse"& boubah.com.Ils font la honte de ce pays. Encore une fois merci
BALDE OUMAR, mardi 2 septembre 2008
La guinée a connu depuis 50 ans la culture de la médiocrité : les moins formés ont dominé les grands intellectuels au nom de la revolution (PRL, CUP, CUM....). Ces médiocres aux discours propagandistes sont toujours les cadres de ce pays dans tous les secteurs et les intellectuels ont eu peur de la politique à cause des faux complots permanents.Comptez le nombre des anciens PDGistes ou leurs descendants( BPN, CC, BF, CN JRDA jeunes, femmes, travailleurs, CA des universités) vous verrez que ce sont les memes qui dirrigent ce pays. Le Peuple de guinée doit s`attaquer à ses responsables ne pas les adorer sans résultats leur mettre la pression à tout moment, s`ils ne peuvent pas qu`ils quittent car ils ne sont pas obligés.Le seul malheur de la guinée c`est bien ces dirigeants incapables et malhonnetes. Regardez ce qu`on a perdu en fevrier 2007 à cause toujours du choix de mentir au peuple pour préserver des intérets personnels.
tutankhamon, lundi 1 septembre 2008
Merci Tass Sylla,voila des propos francs et honnetes d`un intellectuel qui se trouve sur le terrain.jeter de l`huile sur le feu ou mettre de l`eau dans l`acide ne vas en aucun cas arranger les affaires. nous devons nourir l`amour et le respect,nous devons aussi savoir que ce n`est pas la Guinee seulement qui soufre c`est l`humanite entiere.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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