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Décembre 1989, c’est le déclenchement de l’insurrection du NPFL de C. Taylor dans le Nimba au Libéria avec la bénédiction de la Françafrique, avec comme principal maître d’œuvre le Burkina appuyé par la Lybie de Khadafi et la CI d’Houphouët. Véritable entreprise de pillage des ressources du Libéria, puis plus tard des diamants de Sierra Léone avec le RUF, ces guerres meurtrières sont colorées artificiellement par des meurtres ethniques barbares. Mais le projet caché de la Françafrique était la mainmise sur la Guinée.
Lansana Conté en dépit de sa politique libérale avait gardé le réflexe anti-français de son mentor Sékou Touré. C’est ainsi qu’il mit les troupes guinéennes au service de l’Ecomog pour contrecarrer le projet de la Françafrique à qui cependant il avait concédé des petites concessions en Guinée (coopération militaire avec la France, présence de la mafia corse, retour en force des loges maçonniques françaises, ...). Cependant dès le départ du conflit libérien il fut évident qu’il fallait redéployer le commandement de l’armée en Guinée forestière particulièrement car les agents de la Françafrique étaient en place pour renseigner le NPFL sur les mouvements du contingent guinéen.
Précisons à ce stade que le RPG avait des camps d’entrainements dès 1987 au Burkina et que ce sont des jeunes militants Konos de Lola qui convoyaient à Ouaga les hommes du RPG. Après le Libéria et la Sierra Léone, c’est la Guinée qui était dans le collimateur de la Françafrique et de son entreprise de pillage sous couvert de rébellions armées.
Cette phase fut opérationnelle avec les attaques aux frontières de la Guinée en 2000-2001. Certes le chef du RPG était emprisonné à la Sécurité à Conakry. Mais le RPG avait réussi à noyauter solidement les services de police ce qui laisse entrevoir des complicités pour piloter l’opération même derrière les barreaux. Aux frontières, l’armée guinéenne essuya quelques revers au début car des éléments de l’armée guinéenne informaient les agresseurs. Il fallut revoir toute la chaine de commandement à nouveau pour neutraliser les fuites et avec l’aide des puissances anglos - saxonnes, la rébellion fut matée et Charles Taylor chassé du pouvoir. Soulignons cependant que lors de ces attaques, les grands opérateurs peulhs étaient particulièrement ciblés : tueries et assassinats de Guékédou….
Echec donc sur toute la ligne pour prendre la forteresse en attaquant de l’extérieur.
Mais Conté est déjà sérieusement malade. Il envisageait que son fils baron de la drogue en Guinée lui succède. Face au refus des généraux, Conté se tourne vers des jeunes officiers qui acceptent : c’est la naissance du CNDD. La fraction de la junte favorable à la Françafrique réussit à évincer Dadis prisonnier depuis à Ouaga. On connait la suite. Sékouba et ses amis s’emparent du pouvoir et organisent un holdup électoral qui ouvre la route du pouvoir à Alpha et aux réseaux de la Françafrique pour piller le pays. Derrière les manipulations ethniques se cachent de gros intérêts, de gros sous. On parle déjà de l’arrivée d’hommes d’affaires libanais pour évincer les commerçants peuls … Ces mêmes Libanais ont tiré d’énormes profits durant la guerre au Libéria et ils sont des éléments actifs des réseaux de la Françafrique.
Ceci est une esquisse avec beaucoup de lacunes. J’en suis conscient. Mais j’espère que des patriotes mieux qualifiés que moi pourront explorer cette piste et l’enrichir afin de déjouer les complots qui visent à diviser les Guinéens et les spolier de leurs richesses plus facilement… Ne tombons dans le piège des conflits ethniques qui ne profitent en fin de compte qu’aux marchands de canons et aux entreprises néocoloniales qui ont pillé le Libéria, la Sierra Léone, la RDC des décennies durant. Souvenons-nous du grand soulèvement unitaire de janvier-février 2007. Aucun des acteurs majeurs de la scène politique n’étaient au devant des jeunes pour braver les balles des bérets rouges. A la faveur du fameux gouvernement de consensus ou des élections présidentielles récentes, qu’est-ce que le peuple a gagné ? En tout cas quel que soit le futur Président, il devra sérieusement compter avec une armée prédatrice, aux méthodes barbares, indisciplinée et divisée, véritable obstacle au cheminement vers la démocratie. Il devra également compter avec une jeunesse brave qui n’a pas peur, mais à qui il manque seulement une organisation et une direction dignes de ses ambitions et de ses prouesses.
Aboubacar Diallo
Quelques références :
François Xavier Vershave : Françafrique, puis noir silence
Guinée presse info : Sékouba connexion
Tamsirnews : Comment Sékouba, Alpha ont roulé Dadis
www.guineeactu.com
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