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Lors de la rencontre avec les représentants des pays d’Afrique en Guinée à l’occasion du 46e anniversaire de la naissance de l’OUA devenue l’UA, notre Dadis national a encore fait un petit show improvisé, impromptu, au pifomètre. Il y avait eu « masse » quand il avait déclaré « Hassan-V ». L’assistance, dans un silence de cathédrale, était dans les petits souliers. Les Marocains avaient dû avoir les oreilles dressées comme des lapins. Les « souffleurs » n’existeraient pas dans l’entourage du capitaine ? Qu’à cela ne tienne, il s’est débrouillé tout seul pour se rappeler pour se rectifier et pour soulager et libérer tout le monde. L’énigme était « Mohamed V ». Enfin ! Quant à l’effectivité de d’un gouvernement de l’Union Africaine avec cette kyrielle de conflits et un autre tas de différences, on est toujours en droit de dire qu’il faudrait encore plus de maturité… Malgré son apparence courtoise, il y a de la fermeté dans le ton. Il faut avoir du tact et de la psychologie, à tous les niveaux, pour éviter un saut dans l’inconnu ou dans l’irréparable….Il faut vaille que vaille éviter le choc des orgueils. Les Guinéens en ont à revendre. Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara sont tous moulés de la même façon avec de la même mouture.
Poussé dans les retranchements de son orgueil, Dadis décide de sortir de ses gonds pour essayer de tenir parole aux Guinéens, à savoir non seulement nettoyer la Guinée de tous les travers sociaux et économiques, mais aussi et surtout de donner un niveau de vie à ses concitoyens, en dépit du manque de l’aide des bailleurs de fonds. Lui qui croyait faire l’histoire avec l’aide de tous se voit obliger de retrousser les manches et compter sur ses propres moyens. De là, l’observateur attentif peut voir venir deux dangers :
Premièrement : Si le CNDD parvient à se débrouiller tout seul à donner l’électricité et l’eau à la population, s’il arrive à bannir le grand banditisme dans les grands centres et les attaques des coupeurs de route à l’intérieur du pays, s’il arrive à soulager le panier de la ménagère en redressant les finances publiques… on peut se demander ce qu’il a à attendre et à recevoir de l’Extérieur pour suivre les injonctions et le diktat. Les populations mêmes n’accepteront pas de le voir partir. Déjà, rien qu’avec ce qui est amorcé, même inachevé, l’engouement en faveur du CNDD est considérable. Les réalités guinéennes ne sont pas et ne seront pas celles que les pays riches veulent qu’elles soient.
Si un tel cas se produisait, l’histoire va changer de chemin. Et cela peut être facilement envisageable avec l’émergence des pays comme l’Afrique du Sud, le brésil, l’Inde, la chine, sans compter que le Vietnam pointe du nez au moment où le système capitaliste est en train de se remettre difficilement de sa décadence et surtout de sa crédibilité.
Le clientélisme se fait tous azimuts actuellement. Entre la guerre froide qui se réchauffe et la montée en puissance des pays émergents, qui n’ont presque pas d’exigences fondamentales que dans la coopération et les échanges directs, le diktat de l’Occident doit desserrer les pinces pour ne pas voir abandonner par les pays pauvres.
Encore une fois, étymologiquement, la « Communauté Internationale » n’existe pas en français, au vu des divergences si tranchées et si patentes. On ne comprendra pas pourquoi ceux qui manipulent la langue de Molière s’obstinent à utiliser cette formule avec indifférence. Les divergences entre les grands sont si patentes que personne ne peut et ne doit parler de communauté.
La démocratie imposée par les Occidentaux est une contrainte insupportable. Sans tenir compte des mœurs et cultures, l’on impose de donner les droits aux homosexuels d’adopter, le droit d’avortement, la vente d’organes et autres travers ne sont que du ressort de l’humanité de perversion et non de la création…Les Sénégalais n’ont pas exhumé le cadavre d’un homosexuel et le traîner jusque devant sa famille pour montrer à quel point cela est inadmissible dans leur société ?
A part cela, quand on regarde les conditions d’obtention des crédits avec le travail de la dette, on se demande à quoi à servi cette dette sinon qu’à remplir les comptes des chefs d’Etat africains dans des banques occidentales qui ont fait faillite ? hormis ce qui est connu et reconnu de Bongo, de Sassou Nguessou, de Théodoro Nguema, de Dos Santos, de Mobutu, de Sani Abacha, il y a d’autres cas non déclarés et qui n’osent non plus faire des réclamations, au risque de se dénoncer, et ils sont nombreux.
A la mort de Sekou Touré, la dette extérieure de la Guinée ne dépassait pas plus de 3 millions de dollars, actuellement, elle serait dans les 5 milliards. C’est vrai que le visage du pays a quelque peu changé mais par rapport à cette somme, on peut sans conteste dire que des sous ont été engloutis dans des poches sans fond.
Le travail de cette dette va longtemps peser sur les finances des pays africains bien mal en point en ce moment où le cours des matières premières est en chute libre avec le chômage et la crise financière internationale provoqués par les donneurs de leçon. Et l’on ose dire que cette crise ne concerne pas le continent et que la croissance augmente…A qui veut-on faire prendre des vessies pour des lanternes.
A part cela, l’on veut imposer les mêmes méthodes de gestion au Sud comme au Nord. Mais, s’il vous plait, les ajustements structurels imposés par le FMI dans les années après la chute du Mur de Berlin n’ont fait que du mal. Surtout dans le choix des cadres diplômés des universités occidentales, à qui l’on a donné des diplômes de faveur et que l’on a imposés à leurs pays. Ces diplômés ont montré leur limite ou leur incapacité.
Ce qui est aberrant, c’est cette arrogance dans l’éducation : Quand on voit au Canada, aux USA, en Europe, où chaque enfant est avec son ordinateur et qu’en Afrique, on voit des classes avec 200 élèves dans des conditions de dénuement insupportables, on doit se demander pourquoi exiger la démocratie de la même façon ! Avec cette différence astronomique, exiger les mêmes performances est un aveuglement ou une volonté de nuisance inqualifiable.
Deuxièmement, le second danger est celui de pousser la Guinée dans l’inconnu : L’opération eau pour tous enclenchée par le CNDD comporte le revers de la médaille, un revers qui peut donner des frissons. Les Guinéens coincés ont besoin de l’eau, et dans l’urgence, il faut des forages, un danger ! En effet, Conakry se trouve sur une plaque qui commence à bouger. Le 22 décembre 1983, quelques mois avant la mort de Sékou Touré, la terre avait tremblé en Guinée, plus précisément à Koumbia. L’on avait crié à 300 morts et l’aide internationale avait créé un balai aérien jamais connu en Guinée. Etait-ce un signe prémonitoire du décès de Sékou, comme on le disait ? Mais n’empêche que les services de sismographie de Rogbanè avaient détecté une faille qui vise la forêt classée de Kakimbo et qui se prolonge vers le nord-est. Des fentes larges avaient été enregistrées dans les années 1994-95. Actuellement, la zone de Lambandji, qui a reçu le plus grand nombre de forages, lance des SOS. Les fissures ouvertes sur les bâtiments font peur. Selon les habitants, les forages en sont la cause, à cause du pompage sans arrêt.
Le scénario catastrophe
A supposer que cela ne s’arrête qu’à ces fissures, si l’eau est complètement pompée, des cavités, des cavernes creuses qui sont sous nos pieds ne résisteront pas à un tremblement de terre. Et dans ce cas, un effondrement général n’est pas évitable, et ce n’est pas de l’alarmisme. Le même cas pourrait se produire dans les grands pays producteurs de pétrole. Plus la réserve est grande, plus le vide laissé dans les profondeurs est grand et crée la fragilité.
Ensuite, on peut s’imaginer que si les forages sont partout, la réserve d’eau pour les générations futures sera sortie de terre avant terme. La future guerre des hommes est sans doute celle de l’eau. La dégradation de l’environnement et la pollution par des gaz de combustion de toutes sortes, qui vont se combiner à la vapeur d’eau dans l’atmosphère pour former des pluies acides pour détruire les végétations, entraînant un déficit pluviométrique sensible, le traitement des eaux de surface sera d’une autre paire de manches dans les années à venir, autrement plus onéreux qu’actuellement.
Si, par manque de moyen, on se laisse aller à la facilité pour pomper cette eau, nos héritiers auront des mots à nous dire sur les tombes. Pompage, oui dans l’immédiat, mais il faut songer plus tard à exploiter les eaux de surface et ré-pomper l’eau dans les nappes. Ces nappes d’eau sont aussi une sorte de matelas qui absorbe la chaleur pour un équilibre du climat, comme les nappes de pétrole, les minerais....La question qui se pose est de savoir pourquoi il fait plus chaud dans les régions minières et pétrolifères?
Les bévues ne sont pas l’apanage que des pays pauvres qui cherchent par tous les moyens de subsistance, elles sont aussi celui des grandes éminences grises des grandes sociétés qui ont l’outrecuidance de penser et de réfléchir pour le reste de l’humanité. Ces éminences grises sont dans des structures plus huppées et plus en vue, mais sont-elles plus perspicaces et plus lucides que d’autres qui vivotent dans des petits trous noirs et inconnus ?
Encore une autre bévue, c’est l’opération « casse-casse » des bâtiments sur les domaines de l’Etat. Cette opération avait suscité des sentiments mi-figue, mi-raisin. Si les domaines sont récupérés, des pertes sèches sont aussi observées. Sur la question, les avis sont partagés. L’Etat, selon certains, devait conserver les acquis, selon d’autres, il y a deux poids, deux mesures, qu’on a cassé chez certains et pas chez d’autres.
Là-dessus, j’avais eu une petite discussion avec l’ancien ministre de l’intérieur et de la décentralisation, Kiridi Bangoura. C’était le mardi 26 mai courant au »Petit Musée » de la Minière à l’occasion d’un grand spectacle donné par Fifi Niane.
Kiridi, très favorable à la conservation des bâtiments qui ont poussé sur les domaines publics me le faisait remarquer. J’étais assis entre Jeannot williams, le directeur national de la culture et Ibluse Bah, le directeur de publication du « Montagnard », un journal SDF (sans domicile fixe). (Ibluse, pour me provoquer, m’a, à plusieurs reprises, attaqué dans son canard, et il a apporté un exemplaire à chaque fois pour me dire de répondre dans son canard-Montagnard)
Kiridi faisait comprendre que la récupération des bâtiments était une bonne chose. Je lui posais alors la question de savoir si cela ne provoquerait pas des revendications plus tard, parce que les enfants ou héritiers de ces bâtiments se mettront toujours dans la tête que ces bâtiments sont les leurs. Je lui donnais un exemple du domaine sur lequel la Fondis est construite, en face de lycée Donka, dont les héritiers croient dur comme pierre que ce domaine leur appartient jusqu’à l’Au-delà…Comment éviter de telle histoire plus tard ?
Et puis, à Labé, sous les protestations des Labékas, le CNDD a fait marche arrière en se référant à la sagesse du notable. On se demande bien comment le vieux sage de Labé pourra désigner un bâtiment et exclure un autre si tous les bâtiments marqués sont effectivement sur les domaines publics ? Le vieux a des problèmes.
Il est en effet bon de garder ces acquis, mais, et plus tard, un autre gouvernement ne fera pas autant que le CNDD, puisque certains de ces domaines ont été bel et bien cédés par des commis de l’Etat, avec toutes les garanties de l’Etat, même s’ils étaient des prédateurs ?
Peut-on réparer ces bévues ? La question reste en l’air !
A la revoyure !
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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